ISADORALe téléphone est retombé sur la table avec un bruit sec, un bruit presque banal, mais qui m’arrache encore des frissons. J’ai l’impression que cet objet est devenu vivant, chargé d’un courant invisible qui pourrait repartir à tout instant.Max n’a pas bougé depuis qu’il l’a jeté. Il reste là, debout, les épaules raides, les yeux fixés sur un point invisible au mur. Ses poings serrés blanchissent ses phalanges. Il ne parle pas. Et ce silence, après ses éclats, m’effraie plus que ses cris.Je reste assise, incapable de me lever. Mes doigts froissent machinalement le carton du message que je serre encore contre moi. Je devrais le lâcher, le poser, mais je n’y arrive pas. J’ai besoin de sentir cette menace tangible entre mes mains. Parce que l’autre , la voix , je ne peux pas la saisir.La maison entière paraît retenir son souffle. Chaque craquement du bois, chaque soupir du vent dehors prend soudain une ampleur anormale. J’entends les battements de mon cœur résonner dans mes temp
ISADORALe silence s’est installé de nouveau, lourd et collant comme une seconde peau. Max reste assis, le visage enfoui dans ses mains, et moi je serre toujours le message contre moi, incapable de le lâcher, incapable de le brûler.Je crois que nous pourrions rester ainsi des heures, figés dans cette impasse, si le téléphone ne s’était pas mis à vibrer.Le bruit est sec, soudain, presque obscène dans ce silence. Une sonnerie brève, mécanique, qui résonne à travers les murs de la maison comme un cri étranglé. Elle coupe l’air comme une lame, fait tressauter mes nerfs déjà à vif.Max relève aussitôt la tête, ses yeux agrandis par un mélange de colère et de peur. Ses mains tremblent légèrement, mais il les cache en les serrant l’une contre l’autre.— Ne décroche pas, dit-il aussitôt, d’une voix tranchante, autoritaire, presque implorante derrière la dureté.Je reste immobile, pétrifiée. Mais la sonnerie continue, obstinée, comme un doigt qui frappe encore et encore sur une porte invisib
ISADORALe message est toujours là, étalé sur la table comme une plaie ouverte. Max fait les cent pas dans le salon, sa silhouette découpée par la lampe encore allumée, ses gestes nerveux, saccadés, presque violents. Moi je reste assise, recroquevillée dans le canapé, la couverture serrée contre moi comme une peau de secours.Le silence s’étire, insoutenable, jusqu’à ce qu’il explose :— On doit s’en débarrasser, dit-il brusquement, en désignant la feuille du doigt. Brûler ça. Tout de suite.Sa voix est dure, tranchante, mais derrière l’ordre je devine la panique.— Et après ? dis-je, la gorge serrée. Tu crois que ça va effacer ce qui est écrit dessus ?Il s’arrête net, me fusille du regard.— Ce papier est une arme. Tant qu’il existe, on est vulnérables. Tu comprends ça, Isa ?— On l’est déjà, je murmure. Même sans ce papier. Quelqu’un sait.Mes mots tombent comme des pierres. Max détourne les yeux, passe une main sur sa nuque, il lutte contre quelque chose, je le sens, une colère qu
ISADORALa maison est noyée dans le silence quand j’ouvre les yeux, je ne sais pas quelle heure il est mais la nuit paraît plus lourde qu’avant, comme si elle s’était épaissie autour de nous, je distingue à peine les contours du canapé, la couverture serrée contre moi, et le souffle de Max, régulier mais trop profond pour être un vrai sommeil, un souffle qui imite le repos mais qui trahit l’inquiétude, car même dans son inconscience, je sens la tension qui ne le quitte pas.Puis un bruit sec fend l’air, trois coups rapides frappés contre la porte d’entrée, si soudains que je me redresse d’un bond, le cœur au bord de la gorge, Max aussi s’éveille d’un mouvement brusque, ses yeux s’écarquillent, et pendant quelques secondes on ne respire même plus, figés, à l’écoute du moindre signe, comme si le moindre mouvement pouvait attirer ce qui rôde derrière la porte.Le silence revient aussitôt, mais il n’a plus la même texture, il est tranchant, oppressant, un silence qui cache quelque chose d
ISADORALa voiture est silencieuse tout le trajet, seuls les clignotants et le frottement régulier des essuie-glaces sur le pare-brise troublent parfois le vide entre nous, je garde le front appuyé contre la vitre froide, à moitié endormie, à moitié prisonnière de mes propres pensées, et je sens sa main sur le volant, crispée, chaque articulation blanchie par l’effort de se contenir .Quand on arrive, je monte directement à l’étage sans un mot, mes jambes lourdes me traînent jusqu’au lit et je m’allonge sur le côté, toujours une main sur mon ventre, mes yeux brûlent mais aucune larme ne tombe, c’est une fatigue plus vaste que le corps, une lassitude qui me noie .En bas j’entends ses pas, mesurés, hésitants, puis le son bref de son téléphone, ses doigts tapant vite sur l’écran, il commande à manger pour deux, je le sais parce que Max n’oublie jamais ces détails-là, même quand il est ailleurs, même quand il est brisé, il pense encore à nourrir, à tenir un semblant de quotidien .Je fer
ISADORAIl ne bouge pas vraiment, il reste là, adossé à cette fenêtre trop propre, les bras croisés sur sa poitrine comme une armure invisible, et pourtant je sens tout, la tension dans ses épaules, la crispation dans sa mâchoire, le souffle qu’il retient à moitié comme pour ne pas dire ce qui brûle au bord de sa gorge, et moi je suis toujours assise sur ce fauteuil blanc qui n’a rien d’accueillant, le corps penché, une main posée instinctivement sur mon ventre, comme si le geste seul pouvait faire écran, me protéger ou protéger… je ne sais même pas qui.Il ne parle pas, et ce silence est pire que les mots, pire qu’une accusation, pire qu’un cri, parce que dans ce vide-là, tout est possible, et je sens la distance se creuser comme une fissure qui ne fait pas de bruit mais qui s’élargit à chaque seconde, une faille sous nos pieds qui nous sépare déjà même si on est encore dans la même pièce.— Max… dis quelque chose, soufflé-je, ma voix plus tremblante que je ne le voudrais.Il met un