เข้าสู่ระบบLe trajet jusqu’à l’ancien site prit trente-sept minutes.
Elly connaissait la route, mais elle ne l’avait pas empruntée depuis des années. Elle se souvenait vaguement des entrepôts, des grues et des longues rangées de bâtiments industriels qui entouraient autrefois la zone.
À l’époque, son père l’emmenait parfois travailler avec lui le samedi.
Elle se souvenait de son rire.
De ses chemises toujours impeccables.
De cette façon qu’il avait de s’agenouiller devant elle pour lui expliquer quelque chose comme si ce qu’elle pensait était réellement important.
À neuf ans, elle avait cru que son père était invincible.
Puis il était mort.
Du moins, c’était ce qu’on lui avait dit.
Elle gara sa voiture à distance du bâtiment.
La grille principale était ouverte.
Elly sortit.
L’air était froid et humide.
Elle avança lentement.
Chaque pas produisait un léger écho sur le sol bétonné.
Le bâtiment était plus imposant qu’elle ne l’imaginait. Une partie du toit s’était effondrée, mais la façade principale était encore debout.
Une vieille inscription apparaissait au-dessus de l’entrée.
VARENNE & CO. — LOGISTIQUE 17
Elly sentit quelque chose se contracter dans sa poitrine.
Elle poussa la porte.
À l’intérieur, l’obscurité était presque totale.
Elle alluma la lampe de son téléphone.
Des palettes abandonnées étaient empilées contre les murs. De vieux classeurs reposaient sur des étagères rongées par l’humidité. Le silence était oppressant.
Elle s’avança jusqu’à une cage d’escalier.
Un panneau indiquait :
SOUS-SOL — ACCÈS INTERDIT
Elle commença à descendre.
Elle était arrivée à la moitié de l’escalier lorsqu’elle entendit une voix.
— Je vous conseille de repartir.
Elle s’arrêta.
— Qui êtes-vous ?
Aucune réponse.
Elle se retourna.
Un homme se tenait quelques mètres plus haut.
Grand.
Costume sombre.
Manteau noir.
Visage parfaitement calme.
Elle le reconnut immédiatement.
— Gabriel Morel.
Il esquissa un sourire.
— Vous connaissez mon nom.
— Tout le monde dans mon secteur connaît votre nom.
Gabriel Morel était l’un des avocats d’affaires les plus redoutés de la place parisienne. Il avait représenté plusieurs groupes internationaux dans des acquisitions complexes et dirigeait actuellement l’équipe juridique de Montrose Capital.
Montrose cherchait justement à racheter plusieurs filiales stratégiques de Varenne & Co.
— Que faites-vous ici ? demanda Elly.
— Je pourrais vous retourner la question.
— Je suis chez moi.
Il regarda autour de lui.
— Ici ?
— Cet entrepôt appartient à ma famille.
— Plus officiellement.
— Qu’est-ce que ça signifie ?
Il descendit quelques marches.
— Vous savez donc pourquoi vous êtes ici.
— Une personne m’a envoyé une photographie.
Gabriel s’immobilisa.
— La photographie de votre père ?
Elly sentit son attention se tendre.
— Vous la connaissez ?
Il ne répondit pas.
— Vous la connaissez, répéta-t-elle.
— Oui.
— Comment ?
— Parce que je l’ai déjà vue.
— Quand ?
Gabriel hésita.
— Il y a longtemps.
Elle descendit d’une marche.
— Vous connaissiez mon père ?
— Oui.
Le mot fut prononcé sans détour.
Elly sentit son cœur s'accélérer.
— Et vous avez choisi de ne jamais me le dire ?
— Je ne vous connaissais pas.
— Vous saviez qui j’étais.
— Oui.
— Depuis combien de temps ?
Gabriel la fixa.
— Depuis dix-neuf ans.
Le monde sembla se figer autour d’elle.
— Qu’est-ce que vous racontez ?
— Je vous dis que votre père m’a demandé quelque chose avant sa mort.
Elly s’avança encore.
— Quoi ?
Gabriel descendit les dernières marches.
Il se retrouva face à elle.
— De vous surveiller.
Elle eut un rire incrédule.
— Pardon ?
— Il savait qu’il ne pourrait peut-être pas vous protéger lui-même.
— Il vous a demandé de me surveiller ?
— Oui.
— Et vous avez accepté ?
— Oui.
Elle secoua la tête.
— Vous êtes un inconnu.
— Pour vous.
— Vous êtes l’avocat d’un groupe qui veut acheter mon entreprise.
— C’est exact.
— Et vous me dites que mon père vous a demandé de veiller sur moi pendant dix-neuf ans ?
Gabriel soutint son regard.
— Je vous dis que je n’aurais probablement pas dû vous le dire aussi tôt.
— Alors pourquoi maintenant ?
Il se tut.
Puis il répondit :
— Parce que quelqu’un vous a envoyé cette photographie, et cette personne savait exactement ce qu’elle faisait.
Elly sentit la colère remplacer la peur.
— Vous savez qui ?
Gabriel ne répondit pas.
— Vous savez qui m’a envoyé le message ?
Silence.
— Gabriel.
Il la regarda droit dans les yeux.
— Oui.
Gabriel ne révéla pas le nom.Pas ce jour-là.Il savait qu’Elly le lui reprocherait.Elle ne lui faisait pas confiance, et il ne pouvait pas lui en vouloir. À sa place, il aurait probablement ressenti la même chose.Il avait observé Éléonore Varenne pendant plus longtemps qu’elle ne pouvait l’imaginer.Il avait suivi son parcours professionnel à travers les rapports internes de Varenne & Co.Il avait lu les analyses de ses opérations.Il savait comment elle travaillait.Il savait qu’elle arrivait au bureau avant ses équipes.Qu’elle refusait régulièrement des invitations mondaines.Qu’elle détestait les réunions inutiles.Qu’elle prenait toujours deux minutes avant de répondre à une question importante, même lorsqu’elle connaissait déjà la réponse.Mais il ignorait quelque chose.Il ignorait ce qu’elle ferait lorsqu’elle apprendrait la vérité.C’était cela qui inquiétait son père.Et peut-être aussi ce qui inquiétait Gabriel.Il la retrouva dans le café du rez-de-chaussée.Elle avait
Le lendemain matin, Elly entra dans le siège de Varenne & Co. avec une détermination froide qui ne laissait à personne l’impression qu’elle avait passé la nuit à douter d’elle-même.Elle traversa le hall sans ralentir.Les employés la saluaient.Certains murmuraient encore à propos de la promotion d’Adrien.Elle entendit même son nom derrière elle.Elle ne se retourna pas.Dans l’ascenseur, elle reçut un message de Gabriel.Je suis au sous-sol.Elle lui répondit :J’arrive.Le parking souterrain était presque vide.Gabriel se tenait à côté d’une porte de sécurité.— Vous êtes en avance, dit-il.— Je déteste perdre du temps.— Je commence à m’en rendre compte.Il passa son badge.La porte s’ouvrit.Ils descendirent encore d’un niveau.— Pourquoi le groupe possède-t-il un sous-sol que je ne connaissais pas ?— Parce qu’il n’apparaît pas dans les plans accessibles au conseil.— Donc quelqu’un vous a donné l’accès.— Oui.— Qui ?Gabriel sourit légèrement.— Vous posez énormément de quest
Le lendemain, Elly ne retourna pas au siège de Varenne & Co.Elle travailla depuis chez elle, entourée de documents qu’elle avait imprimés pendant la nuit. Son salon ressemblait à un centre de crise improvisé. Des relevés bancaires étaient étalés sur la table basse, des copies de contrats occupaient le canapé et plusieurs feuilles étaient accrochées au mur.Elle avait besoin d’un système.C’était sa manière de survivre à l’inconnu.Transformer le chaos en structure.Elle créa quatre catégories.Famille.
La porte s’ouvrit sur une petite pièce sans fenêtre.Une odeur de papier humide et de métal froid flottait dans l’air. Le faisceau de la lampe du téléphone d’Elly balaya les murs jusqu’à s’arrêter sur une armoire métallique fixée au sol.Il n’y avait rien d’autre.Pas de bureau.Pas de chaise.Pas de lumière.Elly entra.Gabriel resta sur le seuil.— Vous ne venez pas ?— C’est votre pièce.Elle se retourna vers lui.— Vous êtes vraiment agaçant.— On me le dit souvent.Elle s’approcha de l’armoire.Une serrure était installée sur le tiroir du milieu.La clé numéro 17 entra parfaitement.Elly ouvrit.À l’intérieur se trouvait un seul dossier.
Elly fixa Gabriel sans comprendre.Elle détestait les hommes qui contrôlaient l’information. Dans le monde des affaires, c’était une forme de pouvoir qu’elle connaissait trop bien. On ne vous disait pas forcément non. On vous laissait simplement ignorant jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour agir.Elle refusait de subir cela ici.— Qui m’a envoyé le message ?Gabriel resta silencieux.— Vous ne pouvez pas venir ici, me parler de mon père, me dire que vous me surveillez depuis dix-neuf ans et ensuite refuser de répondre à une question aussi simple.— Ce n’est pas simple.— Alors rendez-la simple.— La personne qui vous a envoyé ce message ne veut pas que vous connaissiez son identité.— Et vous ?— Je veux que vous compreniez d’abord ce que vous avez entre les mains.Gabriel sortit une enveloppe de la poche intérieure de son manteau.— Prenez ceci.Elly hésita avant de la saisir.— Qu’est-ce que c’est ?— La raison pour laquelle votre père m’a engagé.Elle ouvrit.À l’intérieur se trouv
Le trajet jusqu’à l’ancien site prit trente-sept minutes.Elly connaissait la route, mais elle ne l’avait pas empruntée depuis des années. Elle se souvenait vaguement des entrepôts, des grues et des longues rangées de bâtiments industriels qui entouraient autrefois la zone.À l’époque, son père l’emmenait parfois travailler avec lui le samedi.Elle se souvenait de son rire.De ses chemises toujours impeccables.De cette façon qu’il avait de s’agenouiller devant elle pour lui expliquer quelque chose comme si ce qu’elle pensait était réellement important.À neuf ans, elle avait cru que son père était invincible.Puis il était mort.Du moins, c’était ce qu’on lui avait dit.Elle gara sa voiture à distance du bâtiment.La grille principale était ouverte.Elly sortit.L’air était froid et humide.Elle avança lentement.Chaque pas produisait un léger écho sur le sol bétonné.Le bâtiment était plus imposant qu’elle ne l’imaginait. Une partie du toit s’était effondrée, mais la façade principa







