เข้าสู่ระบบElly resta devant son écran jusqu’à ce que les mots du message cessent presque de lui sembler réels. Elle agrandit la photographie, examina le visage de son père, puis le bâtiment derrière lui. Elle connaissait cet entrepôt : il figurait dans les anciens plans immobiliers du groupe et devait, selon les documents les plus récents, être inutilisé depuis des années. Pourtant, la date de la photographie racontait une tout autre histoire. Si l’image n’avait pas été truquée, Gabriel Varenne se trouvait encore là dix jours après le jour où l’on avait annoncé sa mort.
Elle téléchargea la photographie, conserva le message original et consulta les archives internes de Varenne & Co. Le dossier de l’entrepôt était étonnamment mince. Une note administrative interdisait l’accès au sous-sol pour raisons de sécurité, mais le rapport censé justifier cette interdiction avait disparu.
Elly sentit la fatigue de la journée se muer en une vigilance froide. Elle copia les documents disponibles sur une clé USB, prit son manteau et glissa une petite lampe dans son sac. Avant de quitter le bureau, elle hésita devant le nom de Maëlle Saint-Clair, sa meilleure amie et directrice juridique du groupe. Elle lui envoya simplement un message indiquant qu’elle devait régler une affaire urgente et qu’elle serait injoignable quelque temps.
Peu avant minuit, elle gara sa voiture à quelques rues de l’entrepôt. La pluie avait cessé, mais l’humidité s’accrochait au bitume et les lampadaires se reflétaient dans les flaques. Le quartier semblait désert, mais repartir sans avoir vu le lieu de ses propres yeux lui aurait été impossible. Elle prit son téléphone, activa l’enregistrement vocal au cas où quelque chose tournerait mal, puis descendit de la voiture.
La grille de l’entrepôt était entrouverte. Une porte latérale résistait à peine lorsqu’elle la poussa, révélant un vaste hall qui sentait la poussière, le métal humide et l’huile ancienne. Elle alluma sa lampe et balaya les lieux du regard. Des caisses éventrées s’entassaient contre les murs, des bâches recouvraient des machines inutilisées et des traces de pas se distinguaient dans la poussière près d’un escalier. Quelqu’un était venu récemment.
— Vous avez fini par venir, dit une voix d’homme.
Elle se retourna vivement. Un homme se tenait à quelques mètres, les mains visibles, vêtu d’un manteau sombre sur un costume impeccable.
— Gabriel Morel. L’avocat qui essaie de racheter nos filiales.
— Je représente des investisseurs qui pensent que Varenne & Co. est bien plus vulnérable que votre conseil ne veut l’admettre, répondit-il. Mais je suppose que vous n’êtes pas venue discuter de stratégie financière.
— Je suis venue à cause de la photographie de mon père. Est-ce vous qui me l’avez envoyée ?
Gabriel secoua la tête. Il ne semblait ni surpris de la question ni désireux d’éluder ce qu’elle impliquait.
— Non. Mais je savais qu’un jour vous finiriez par chercher des réponses ici.
Elly resserra la prise sur son téléphone.
— Vous allez devoir être plus précis. Vous êtes lié à une offre de rachat qui menace mon entreprise, vous m’attendez dans un entrepôt désaffecté et vous prétendez savoir ce que je vais faire avant même que je le décide. Pour l’instant, vous ressemblez davantage à un suspect qu’à quelqu’un qui peut m’aider.
— Vous avez raison de vous méfier. Ne me faites pas confiance simplement parce que je connais le nom de votre père.
Il sortit une enveloppe de la poche intérieure de son manteau et la posa sur une caisse entre eux. Le nom d’Éléonore était inscrit sur le devant, dans une écriture qu’elle reconnut immédiatement. La gorge serrée, elle prit l’enveloppe et en sortit une feuille pliée. Les quelques lignes avaient été écrites par son père : « Ma chère Elly, si cette lettre est entre tes mains, c’est que tu as commencé à poser les bonnes questions. Ne fais confiance ni à ceux qui prétendent vouloir te protéger ni à ceux qui te promettent la vérité. Pour comprendre ce qui s’est passé, tu dois découvrir ce qui se cache sous l’entrepôt. »
Elle relut la lettre, puis leva les yeux vers Gabriel.
— Comment avez-vous obtenu ça ?
— Votre père me l’a confiée avant de disparaître. Il m’a demandé de veiller sur vous, mais il m’a aussi demandé de ne pas intervenir tant que vous ne chercheriez pas vous-même la vérité.
— Vous voulez que je croie qu’il vous a confié ma protection, mais que vous avez attendu toutes ces années ?
— Je ne vous demande pas de le croire. Je vous demande de regarder ce qu’il a laissé.
Gabriel désigna l’escalier qui descendait vers le sous-sol. Elly sentit la peur monter, mêlée à une colère plus ancienne : celle d’avoir été tenue à l’écart de sa propre histoire. Elle rangea la lettre dans son sac et s’avança vers les marches, sans pour autant se rapprocher de l’homme.
— Si vous me mentez, je vous le ferai regretter, dit-elle.
— C’est justement pour cela que votre père pensait que vous finiriez par trouver la vérité, répondit Gabriel. Vous n’avez jamais été aussi docile que votre famille le prétend.
Elly ne répondit pas. Elle descendit la première marche, puis la suivante. Au-dessous d’eux, une faible lumière filtrait sous une porte métallique. Pour la première fois de la soirée, elle eut la certitude que la photographie n’était pas la seule preuve de ce qu’on lui avait caché. Quelqu’un avait préservé une partie de la vérité dans cet endroit, et ce quelqu’un avait attendu qu’elle soit prête à la découvrir. Il lui restait à savoir si son père avait voulu la protéger de ce qui se trouvait derrière cette porte, ou s’il l’avait préparée à l’affronter.
À dix-neuf heures précises, Éléonore entra dans le restaurant choisi par Adrien. Elle portait un tailleur sombre et avait laissé ses bijoux à la maison, à l’exception d’une montre discrète offerte par sa mère. Elle avait prévenu Maëlle de l’heure du rendez-vous et convenu avec elle d’un message à envoyer si la conversation devenait inquiétante.Adrien l’attendait près d’une fenêtre, une bouteille d’eau devant lui. Il se leva lorsqu’elle approcha, lui tira la chaise et lui adressa un sourire qui ressemblait davantage à une habitude familiale qu’à une véritable marque de sympathie.— Tu as accepté de venir, dit-il.— Tu as dit que tu voulais parler de mon père.Il se rassit.— Tu n’as jamais été très patiente.&
Le message d’Adrien resta affiché sur l’écran d’Éléonore jusqu’à ce qu’elle décide enfin d’y répondre.« Demain, 19 heures. Je serai là. »Elle ne précisa ni le lieu ni ses conditions. Adrien lui envoya aussitôt l’adresse d’un restaurant discret, situé dans une rue tranquille du huitième arrondissement. Il ajouta une dernière phrase : « Il est temps que nous parlions de ton père. »Éléonore relut ces mots plusieurs fois. Son cousin n’avait jamais évoqué Gabriel autrement qu’en termes vagues, comme si le sujet était devenu un élément embarrassant de l’histoire familiale. Pourquoi décidait-il soudain d’en parler maintenant, alors que les recherches d’Éléonore devenaient de plus en plus visibles ?
Le prestataire qui avait récupéré le mobilier de l’ancien centre d’archives accepta de répondre à leurs questions après plusieurs échanges administratifs. Maëlle avait obtenu un rendez-vous avec son responsable, un homme nommé Laurent Bessières, qui se montra immédiatement méfiant lorsqu’Éléonore prononça le nom de Gabriel Varenne.— Nous conservons des documents pour de nombreuses entreprises, expliqua-t-il. Nous ne pouvons pas communiquer librement sur les fonds de nos clients.— Nous ne vous demandons pas de nous révéler le contenu de dossiers confidentiels, répondit Éléonore. Nous cherchons à savoir si une armoire provenant de l’ancien centre administratif a été transférée dans vos locaux.Bessières consulta un inventaire sur son écran.
Maëlle arriva moins de vingt minutes après l’appel. Elle trouva Éléonore dans une petite brasserie, assise dos au mur, son sac posé sur ses genoux. Elle ne posa aucune question avant d’avoir vérifié que personne ne semblait s’intéresser à elles. Puis elle s’installa en face de son amie et tendit la main.— L’enveloppe.Éléonore la lui donna.Maëlle examina le papier sous plusieurs angles. Le rabat avait été scellé avec une bande adhésive transparente, et aucune trace visible ne permettait de savoir si le contenu avait été manipulé. Elle prit plusieurs photographies de l’enveloppe avant de l’ouvrir avec précaution.À l’intérieur se trouvait une petite clé métallique, une feuille pliée et une photographie abîmée.&Ea
Le nom de Paul Garnier ne donna presque rien à Éléonore.Les registres commerciaux confirmaient qu’il avait travaillé pour Médical Assistance Nord jusqu’à la dissolution de la société. Une ancienne adresse professionnelle conduisait à un immeuble désormais occupé par plusieurs entreprises. Quant aux archives sociales, elles avaient été transférées vers un organisme qui conservait les dossiers des sociétés liquidées, sans toutefois garantir que chaque pièce avait été préservée.Maëlle passa la matinée à vérifier les informations. Éléonore, elle, se rendit au siège de Varenne & Co., où elle avait demandé à consulter les anciens documents de transport encore accessibles aux services administratifs.Elle savait que sa présence serait remarquée. Depuis sa mise à l’écart lors de la dernière promotion, certains collègues évitaient de lui parler, tandis que d’autres semblaient soudain s’intéresser à ses déplacements. Elle avait cessé de confondre la politesse avec l
Éléonore ne retourna pas directement chez elle.Après avoir quitté le café, elle suivit Maëlle jusqu’à un petit restaurant situé à plusieurs rues de là. Elles s’installèrent près de la fenêtre, commandèrent deux cafés qu’elles touchèrent à peine et attendirent que Gabriel Morel les rejoigne. Le véhicule noir avait disparu, mais cette absence ne les rassurait pas. Il pouvait s’agir d’une coïncidence. Il pouvait aussi s’agir d’un avertissement soigneusement calculé.— Nous devons cesser de réagir à chaque mouvement suspect, déclara Maëlle. Si nous commençons à interpréter chaque voiture comme une menace, nous finirons par ne plus distinguer les faits de nos craintes.— Je sais.— Est-ce que tu le sais vraiment ?







