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Chapitre 8 — Le vertige

Author: Dledition
last update publish date: 2026-08-24 22:06:13

Valentina

La nuit s'étire, interminable. Je n'ai pas dormi. Pas par insomnie. Par choix. Je me suis allongée dans mon lit, les draps rejetés au pied du lit, la fenêtre ouverte sur la ville. La chaleur de novembre est écrasante, moite. Ma peau est couverte d'une fine couche de sueur. Et mon esprit est en feu.

La joute avec Joaquín ne s'est pas arrêtée à la fin du cours. Elle a continué dans ma tête, dans mon corps. Ses mots, sa voix, son regard posé sur ma bouche. La tension qui vibrait entre no
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    Il a fermé les yeux. Une larme a roulé sur sa joue. Une seule. Elle a glissé lentement, comme une goutte de pluie sur une vitre, comme une larme qui avait mis des années à monter et qui tombait enfin. Je l'ai regardée couler. Je l'ai regardée tomber. Je l'ai regardée disparaître dans le col de sa chemise. Et quelque chose en moi s'est déchiré. Quelque chose de plus profond que tout ce que j'avais ressenti jusqu'ici. Parce que cette larme, c'était sa vérité. Sa vérité qu'il essayait de cacher. Sa vérité qu'il refusait de dire. Sa vérité qui le dévorait vivant.J'ai posé mes deux mains sur sa poitrine. Je sentais son cœur sous mes paumes. Il battait vite. Trop vite. Comme un oiseau pris au piège. Comme un cœur qui veut vivre. Comme un cœur qui veut aimer. J'ai appuyé. J'ai senti sa chaleur. J'ai senti sa peau à travers le tissu. J'ai senti son corps qui tremblait. Un tremblement minuscule. Presque invisible. Mais je l'ai senti. Je l'ai senti parce que je connaissais ce corps.

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    ValentinaJe n'aurais pas dû revenir. Je le savais en montant les escaliers. Je le savais en posant le pied sur la première marche. Je le savais avant même de sortir de chez moi, avant même de fermer ma porte, avant même de décider de venir. Mais je suis revenue. Parce que je n'avais pas tout dit. Parce qu'il restait des mots dans ma gorge, des mots qui m'étouffaient, des mots qui grattaient mes parois, des mots que je n'avais pas pu prononcer la première fois et qui réclamaient leur chance. Parce que je ne pouvais pas accepter que la dernière image de nous soit celle d'un homme adossé à un mur, regardant une fenêtre, refusant de me voir.J'ai frappé. Doucement d'abord. Puis plus fort. Puis à coups de poing. Le bois résonnait sous mes phalanges. Ma peau se marquait. J'avais mal. Je m'en fichais. La porte s'est ouverte. Il était là. Même visage fermé. Même regard éteint. Même corps tendu. Il n'a pas dit un mot. Il s'est écarté. Je suis entrée. L'appartemen

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    Silence.— Dis-le. Si c'est vrai. Si tout ça n'était qu'une erreur, si je n'étais qu'une illusion, dis-le. Dis-moi que tu ne m'aimes plus. Regarde-moi dans les yeux et dis-le. Et je partirai. Je te le jure. Je partirai et je ne reviendrai jamais. Mais dis-le. Dis-le vraiment. Pas avec cette voix. Pas avec ce masque. Dis-le avec ta voix. Avec ta vraie voix. Celle que tu utilises quand tu es nu. Celle que tu utilises quand tu as peur. Celle que tu utilises quand tu m'appelles dans le noir. Dis-le.Il n'a rien dit. Il a fermé les yeux. Une seconde. Deux. Ses lèvres ont tremblé. À peine. Un frémissement. Un souffle. Puis il les a serrées. Il a rouvert les yeux. Et il a regardé ailleurs. Encore. Toujours. Cet ailleurs qui n'était pas moi. Ce point dans le vide. Cette fuite silencieuse.— Tu vois, j'ai dit. Tu ne peux pas. Tu ne peux pas le dire. Parce que ce n'est pas vrai. Parce que tu m'aimes encore. Parce que tu m'aimes toujours. Et tu le sais. Et c'est pour ça que tu détournes les yeux

  • LEÇONS INTERDITES    Chapitre 86 — La convocation

    Valentina Le message est arrivé à quatorze heures dix-sept. Un SMS. Un seul. Trois mots. Viens. Maintenant. Signé de son prénom, comme si j'avais pu l'oublier, comme si mon téléphone n'avait pas conservé chaque lettre de lui depuis des mois, comme si je n'avais pas relu cent fois ses messages précédents, ceux où il m'appelait mon cœur, ma douce, ceux où il me disait des choses qu'on ne dit pas à une erreur. J'ai regardé l'écran. J'ai lu. J'ai relu. Le mot maintenant m'a frappée en plein plexus. Pas d'explication. Pas de tendresse. Pas de point d'interrogation. Une convocation. Comme on convoque un témoin. Comme on convoque un accusé. J'ai mis dix minutes à sortir de chez moi. Dix minutes à tourner dans la chambre, à chercher une veste, à la reposer, à la reprendre, à me regarder dans le miroir, à détourner les yeux. Je ne savais pas ce qui m'attendait. Je le savais. Je ne voulais pas le savoir. Mon corps, lui, savait. Mes jambes tremblaient déjà dans l'escalier. Mes mains étaient m

  • LEÇONS INTERDITES    Chapitre 85 — Le souvenir 2

    Je me souviens du matin. Du premier matin. La lumière était douce, timide, elle entrait par la fenêtre en biais, elle tombait sur le lit, elle tombait sur lui. Il dormait. Je l'ai regardé dormir. Je l'ai regardé longtemps. J'ai posé ma main sur son torse, j'ai senti son cœur, j'ai senti sa chaleur, j'ai senti son souffle. Et pendant un moment, ce moment-là, j'ai cru que la vie serait autre chose. J'ai cru que, désormais, tout serait différent. J'ai cru que ce bonheur-là allait durer. J'ai cru. C'est ça, le pire. J'ai cru.Je me touche. Je ne sais pas pourquoi. Je ne peux pas m'en empêcher. C'est plus fort que moi. Je veux retrouver quelque chose, même un morceau, même une ombre, même le souvenir d'un souvenir. Ma main descend, doucement, elle se pose, elle se glisse, mes doigts font ce qu'ils savent faire. Je pense à lui. Je pense à ses mains à lui, à sa bouche à lui, à son corps à lui. Et pour la première fois depuis des jours, pour la première fois depuis cette rue,

  • LEÇONS INTERDITES    Chapitre 84 — Le souvenir

    ValentinaJe me réveille sur le sol. Le jour s'est levé. Une lumière grise, laide, entre par la fenêtre mal fermée. Mon corps est courbaturé. J'ai dormi dans mes vêtements, dans une position impossible, la joue collée au parquet. J'ai mal au dos, mal à la nuque, mal partout. Je me redresse. Je m'assois contre le pied du lit. Je me frotte les yeux. Ils sont gonflés, brûlants. J'ai la bouche pâteuse. J'ai soif. Mais je ne me lève pas tout de suite. Je reste là, une minute, à écouter le silence. Le silence est total. C'est un silence de dimanche. C'est un silence d'après-guerre.Je pense à notre première nuit. Ce n'est pas un choix. C'est un réflexe. Quand on a mal, on cherche là où ça a fait le moins mal. Et la première nuit, c'est là où ça a fait le moins mal. C'est là où tout a commencé, là où tout était possible, là où l'avenir n'existait pas encore et où le présent était tout. Je ferme les yeux, et la mémoire me revient, par vagues, par morceaux, par od

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