FAZER LOGINMayaSix semaines ont passé depuis que j'ai franchi la porte de la maison blanche pour la dernière fois. Six semaines depuis que Victoria m'a arraché le collier et m'a jetée dehors comme une chose usée. Six semaines à me reconstruire, brique après brique, larme après larme, souvenir après souvenir. Aujourd'hui, je suis assise à la terrasse d'un café du Marais, emmitouflée dans un manteau de laine que j'ai acheté avec mes premiers salaires, un café crème fumant devant moi, le carnet de croquis que j'ai racheté sur les quais de Seine ouvert sur mes genoux. Je dessine les passants, les toits de zinc, les nuages qui courent dans le ciel de janvier. Je dessine pour ne pas penser. Je dessine pour ne pas pleurer. Je dessine pour survivre.Ma mère va mieux. Les traitements payés par le contrat de Victoria ont fonctionné, la tumeur a diminué, les médecins parlent de rémission partielle, peut-être totale un jour. Elle m'a demandé, la semaine dernière, d'où venait l'argent, comment j'avais pu pa
Mon pouce effleure l'écran, et une notification apparaît. Supprimer ce message ? La question est presque insultante, presque obscène. Supprimer ce message. Effacer sa voix. Effacer son amour. Effacer la seule preuve que quelqu'un, quelque part, m'a aimée vraiment, sincèrement, totalement. Tourner la page, comme j'ai toujours fait, comme j'ai fait avec Léa, comme j'ai fait avec toutes les autres. Supprimer, oublier, continuer. Continuer à fuir, à repousser, à détruire. Mon doigt reste suspendu au-dessus de la touche, tremblant, hésitant. La tentation est là, immense, dévorante. Supprimer le message, ce serait tellement plus facile. Ce serait effacer la douleur, effacer la culpabilité, effacer la honte. Ce serait redevenir la femme que j'étais avant elle, la femme froide et distante et intouchable. La femme qui ne tremble pas, qui ne pleure pas, qui n'aime pas. Mais je ne peux pas. Pour une fois dans ma vie, je ne peux pas. Ce message est tout ce qui me reste de Maya. Ces quelques
Victoria Ce matin, j'ai trouvé son message. Je ne l'ai pas trouvé tout de suite. Il était caché dans ma boîte vocale, noyé parmi les appels professionnels, les messages de mon assistant, les notifications de la banque, les relances de la clinique qui continuait d'envoyer les factures à mon nom. J'ai failli le supprimer sans l'écouter, comme je supprime tous les messages sans les écouter, comme je supprime tout ce qui pourrait me faire souffrir, tout ce qui pourrait me faire ressentir. Mais quelque chose m'a retenue. Un pressentiment. Une intuition. Son nom sur l'écran, affiché en toutes lettres, comme un fantôme qui revient hanter sa meurtrière. Maya. Elle m'a appelée. Elle m'a laissé un message. Et je ne l'ai même pas entendue. Je ne l'ai même pas écoutée. J'étais trop occupée à me terrer dans mon bureau, à me convaincre que j'avais raison, que je ne l'aimais pas, que je ne méritais pas son amour. Je m'as
Je feuillette le carnet, les larmes aux yeux, et à la dernière page, je trouve une inscription. Son écriture, petite et serrée, à l'encre noire, cette écriture appliquée des enfants sages, des filles studieuses, des amantes patientes. Victoria, si tu trouves ce carnet, c'est que je suis partie. Je te laisse ces dessins pour que tu n'oublies jamais que quelqu'un t'a aimée. Vraiment aimée. Pas pour ton argent, pas pour ton pouvoir, pas pour tes contrats. Pour toi. Juste pour toi. Pour la femme qui pleure en silence, pour la femme qui a peur de l'amour, pour la femme qui se cache derrière son masque. Je t'aime, Victoria. Je t'aimerai toujours. Maya Je ferme le carnet, le serre contre ma poitrine, et je pleure. Des sanglots cette fois, de vrais sanglots, qui montent du plus profond de mes entrailles et qui déchirent le silence de la maison vide. Des sanglots comme je n'en ai jamais eu, comme je ne savais pas que je po
Relève-toi, Victoria. Rattrape-la. Dis-lui que tu l'aimes. Dis-lui que tu as menti. Dis-lui que tu as peur, mais que tu veux essayer. Dis-lui la vérité. Dis-lui que tu ne sais pas aimer, mais qu'avec elle, tu veux apprendre. Dis-lui que tu ne mérites pas son amour, mais que tu veux quand même le recevoir. Dis-lui que tu es brisée, mais qu'elle est la seule qui puisse te réparer. Mais je ne me relève pas. Je ne la rattrape pas. Parce que la peur est plus forte que l'amour. Parce que la peur est tout ce que je connais, tout ce que je maîtrise, tout ce que je mérite. Parce que courir après Maya, ce serait admettre que j'ai tort, que j'ai toujours eu tort, que Léa avait raison, que je l'aime et que je l'ai chassée par lâcheté. Et ça, c'est trop dur. C'est trop dur d'affronter ses propres démons. C'est plus facile de les laisser gagner, de les laisser tout détruire, de les laisser faire de moi ce que je suis vraiment : une femme seule, une femme vide
Victoria La porte a claqué. Le silence est retombé. Et je suis seule. Je suis assise dans mon bureau, la porte fermée à clé, le visage enfoui dans mes mains, les coudes appuyés sur le sous-main en cuir qui a coûté plus cher que le salaire mensuel de Maya. J'ai entendu ses pas dans l'escalier, ces pas légers que j'avais appris à reconnaître, qui me faisaient battre le cœur chaque fois qu'ils s'approchaient de ma chambre. J'ai entendu ses pas dans le couloir, une pause devant la porte du bureau, un silence lourd de tout ce qu'elle ne dira pas, de tout ce que je ne lui dirai jamais. J'ai entendu la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer, le déclic de la serrure, le bruit sourd du battant contre le chambranle. Et puis le silence. Un silence atroce, définitif, un silence de tombeau. Maya est partie. Maya est vraiment partie. Et c'est moi qui l'ai chassée. Je me lève, j'ouvre la porte du bureau, je traverse le couloir comme
Tu l'aimes, Victoria. Tu l'aimes vraiment. Pas comme une chose, pas comme une propriété, pas comme une contractante. Tu l'aimes comme un être humain, comme une femme, comme une égale. Je l'ai vu dans tes yeux quand tu la regardes, cette lueur que je n'ai jamais vue quand tu me regardais moi, cette
Victoria, Je pars. Pour de bon cette fois. Pas d'avion annulé, pas de grève imaginaire, pas de retour précipité. Je pars, et je ne reviendrai pas. Ne me cherche pas. Ne m'appelle pas. Ne m'écris pas. Laisse-moi partir, comme j'aurais dû le faire il y a cinq ans, comme j'aurais dû le faire la prem
Victoria La maison est silencieuse ce matin, d'un silence qui n'a rien de paisible. C'est le silence des fins, le silence des ruptures, le silence de ce qui se défait et ne se refera jamais. Je suis assise à la table de la cuisine, les coudes sur le bois froid, une tasse de café noir devant moi,
VictoriaLe matin est une chape de plomb sur la maison. Je n'ai pas dormi. Je suis restée allongée dans mon lit, les yeux ouverts dans le noir, à écouter le silence. Léa est repartie hier soir, Maya s'est enfermée dans sa chambre, et moi je s







