ログインLe matin est une chape de plomb sur la maison. Je n'ai pas dormi. Je suis restée allongée dans mon lit, les yeux ouverts dans le noir, à écouter le silence. Léa est repartie hier soir, Maya s'est enfermée dans sa chambre, et moi je suis restée seule avec cette question qui me hante, qui me torture, qui m'empêche de respirer.
Laquelle ?
Je n'arrive pas à choisir. Je n'ai jamais su choisir. Ma vie
Damiana s'approche de moi, me prend dans ses bras, me serre contre elle de toutes ses forces. Elle pleure, je le sens à ses épaules qui tremblent, à son souffle qui saccade contre mon cou. — Pardonne-moi, murmure-t-elle. Pardonne-moi de t'avoir entraînée dans tout cela. Pardonne-moi de t'avoir coûté ta carrière, ta réputation, ta vie. — Je ne regrette rien, Damiana. Rien. Si c'était à refaire, je le referais. Sans hésitation. Marcus nous rejoint, nous enlace toutes les deux, nous serre contre sa poitrine puissante. — Tu es libre, maintenant, dit-il. Libre de ce métier, libre de cette vie, libre de tout. Tu peux recommencer à zéro, devenir qui tu veux, faire ce que tu veux. — Je veux rester avec vous, dis-je. Je veux vivre avec vous, au Cercle, pour toujours. C'est tout ce que je veux. — Alors tu l'auras, dit Damiana en relevant la tête, les yeux rougis mais le regard déterminé. Tu l'
Martin Chaville nous observe en silence, les sourcils froncés, les lèvres pincées. Puis il hausse les épaules, comme s'il se désintéressait soudain de la conversation, comme si notre drame personnel n'était qu'un détail insignifiant dans la grande machine du journalisme.— Très bien, dit-il. Si tu veux te renier toi-même, libre à toi. Mais sache une chose, Léna. Si tu fais cette déclaration, tu ne travailleras plus jamais dans le journalisme. Aucune rédaction ne voudra d'une journaliste qui a avoué publiquement avoir menti, avoir inventé des accusations, avoir trahi la déontologie de la profession. Tu seras finie, grillée, morte professionnellement.— Je sais, Martin. Je sais tout cela. Mais je n'ai pas le choix.— Tu as toujours le choix, Léna. Tu choisis simplement de te sacrifier pour des gens qui ne le méritent peut-être pas.— Ils le méritent, dis-je en regardant Damiana et Marcus. Ils le méritent plus que tout au monde.Martin
Nous prenons place sur les chaises disposées devant le bureau. Damiana s'assoit avec une grâce étudiée, le dos droit, les mains posées sur les genoux. Marcus reste debout derrière elle, les bras croisés, le visage fermé.— Monsieur Chaville, commence Damiana d'une voix calme et posée, je suis venue vous parler d'Étienne Moreau. L'homme qui vous a envoyé ces documents. L'homme qui veut détruire le Cercle et me détruire avec lui.— Étienne Moreau, le député ? s'étonne Martin. Quel rapport avec cette affaire ?— Étienne Moreau est mon ex-mari. Pendant dix ans, il m'a battue, humiliée, violée. Il m'a brisé les os, il m'a enfermée dans une cave, il m'a traitée comme un animal. J'ai fui il y a vingt ans, j'ai changé de nom, j'ai refait ma vie. Et maintenant, il m'a retrouvée, et il veut me récupérer. Ces documents, ces enregistrements, il les a volés dans mon coffre personnel. Il les a envoyés à votre rédaction pour se venger de moi, parce que j'ai refusé d
Il raccroche. Je reste immobile, le téléphone à la main, les yeux fixés sur les rayonnages de livres anciens qui m'entourent. Ma carrière, ma réputation, ma vie entière sont sur le point de s'effondrer. Mais ce n'est pas cela qui m'angoisse le plus. Ce qui me terrifie, c'est l'idée que Damiana et Marcus vont être détruits par ma faute, par mes mots, par ma voix. C'est l'idée qu'ils vont croire que je les ai trahis, que toute cette histoire d'amour n'était qu'une mise en scène, que je n'ai jamais cessé d'être la journaliste infiltrée qui cherchait à les faire tomber.Je retourne dans notre chambre. Damiana dort encore, ses cheveux sombres répandus sur l'oreiller, son visage apaisé par le sommeil, ses lèvres légèrement entrouvertes. Marcus est à côté d'elle, un bras passé autour de sa taille, la respiration lente et régulière. Ils sont beaux, ils sont paisibles, ils sont vulnérables. Et c'est moi qui vais attirer la foudre sur eux.Je m'assois sur le bord du lit
LénaLe téléphone vibre sur la table de nuit. Je l'attrape avant qu'il ne réveille Damiana et Marcus, endormis dans notre lit, enlacés l'un à l'autre, épuisés par des jours de tension, de peur, de lutte acharnée contre un ennemi invisible qui semble toujours avoir un coup d'avance sur nous. Je regarde l'écran, et mon sang se glace dans mes veines. Rédacteur en chef, Nouvel Observateur. Je sais ce que cet appel signifie. Je le redoute depuis des semaines, depuis que j'ai cessé de donner des nouvelles à ma rédaction, depuis que j'ai cessé d'envoyer des articles, depuis que j'ai trahi mon métier pour l'amour de deux êtres qui sont devenus toute ma vie.Je me glisse hors du lit, enfile une robe de chambre, et sors dans le couloir sur la pointe des pieds. Le Cercle est silencieux à cette heure matinale, les couloirs sont déserts, les lampes tamisées diffusent une lumière dorée qui danse sur les tapisseries murales. Je trouve refuge dans la bibliothèque, cette
La cassette. La cassette que j'ai cachée sous la latte du plancher, il y a des semaines, quand j'étais encore une journaliste infiltrée, quand je ne savais pas encore que j'aimais Damiana et Marcus. La cassette qui contient tout le détail de mon enquête, toutes les preuves que j'avais accumulées contre le Cercle, toutes les notes, tous les enregistrements, toutes les photos. La cassette que Damiana a confisquée dans son coffre, et que j'ai cachée ici, en secret, pour me protéger au cas où les choses tourneraient mal.J'avais oublié cette cassette. Avec tout ce qui s'est passé, avec l'amour, la fuite, le retour, la confrontation, j'avais complètement oublié qu'elle existait encore. Mais lui, le policier, il ne l'a pas oubliée. Il sait exactement où elle se trouve. Étienne le lui a dit. Étienne sait tout, Étienne a tout prévu, &Eac
MayaSa maison est immense, une façade haussmannienne avec des fenêtres hautes comme des portes d'église, des balcons en fer forgé, un digicode avec des chiffres qui brillent dans la lumière grise du soir, et je sonne avec un doigt qui tremble.Une femme de ménage m'ouvre, une femme brune sans âge,
MayaLa signature a lieu dans son bureau, et Victoria a sorti une plume, une vraie plume, pas un stylo banal, avec une plume d'oie blanche comme neige et de l'encre noire dans un petit encrier de cristal taillé qui doit valoir plus que tout ce que j'ai possédé dans ma vie.— Parce que c'est plus sy
Maya— La première clause, Maya, est la clause de silence, dit Victoria en se levant et en faisant le tour de son bureau, ses talons claquent sur le parquet comme des secondes qui s'égrènent dans un compte à rebours inexorable, et elle s'arrête devant moi, si proche que je peux sentir son parfum, u
MayaJe regarde mes comptes pour la dixième fois aujourd'hui, et le chiffre rouge ne change pas, il tourne dans ma tête comme un couteau qu'on retourne dans une plaie qui ne veut pas cicatriser, et je sais que je suis au bord du gouffre parce que le loyer est impayé depuis deux mois, le prêt étudia







