Faire tomber mon compagnon dans la boue a sans doute été le moment fort de ma soirée.
À vrai dire, je savais qu'il ne déployait même pas la moitié de sa force, mais j'ai savouré chaque instant. J'ai peut-être un peu triché en invoquant la brise pour me déplacer plus vite. Juste assez subtilement pour qu'il ne s'en aperçoive pas, mais suffisamment pour me donner un léger avantage. Le vent m'a vraiment aidée à le faire basculer par-dessus mon épaule. Même avec notre force surnaturelle, soulever un colosse musclé d'un mètre quatre-vingt-quinze n'était pas une mince affaire.
Quand sa main s'est refermée sur ma gorge et que j'ai ressenti ces picotements, mon corps a réagi instinctivement. Une vague de désir m'a submergée et mon odeur a rapidement envahi la clairière. Bien que mon sang royal de Reine des loups coule dans mes veines, l'idée d'être dominée par mon compagnon a réveillé en moi une facette inconnue. Son aura d'Alpha pur résonnait directement avec mon intimité, comme si elle prenait vie pour la première fois.
J'oubliais trop facilement mon rôle en sa présence. Je me sentais moi-même, comme si une partie de mon être que je croyais éteinte renaissait. Depuis si longtemps, je jouais un personnage, portais un masque... je ne savais même plus qui j'étais vraiment. Depuis dix ans, je n'avais rencontré personne devant qui je pouvais être authentique : cette prise de conscience m'écrasait.
Ses paroles ont fait écho en moi, quand il saisissait mon menton et m'a dit que je l'aidais à retrouver celui qu'il était avant que les responsabilités ne pèsent sur ses épaules. Je voyais qu'il pouvait devenir cette personne pour moi aussi.
Quelqu'un qui m'aiderait à me redécouvrir.
Une grande partie de moi voulait tout oublier et céder à notre lien de compagnon, aux sensations qu'il éveillait en moi, lui offrir un souvenir avant son départ demain... mais cela n'aurait fait qu'agrandir le vide en moi.
La lignée Royale trouvait toujours son compagnon, le destin nous réunirait donc un jour. J'espérais seulement que ce serait une fois ma mission accomplie, pour que nous puissions enfin nous abandonner l'un à l'autre.
Malgré mon envie dévorante de l'embrasser, je devais résister. Ça m'a déchiré le cœur de m'éloigner de lui, alors que mon corps réclamait ses caresses, ses baisers.
« Il se fait tard. Je devrais aller me coucher. Luna Christiane ne serait pas ravie, si j'avais une mine de déterrée au petit-déjeuner demain. »
Ces mots m'ont arraché les entrailles.
Xander a cligné des yeux, comme s'il sortait d'une imagination et m'a fait un petit signe de tête.
« Je te raccompagne. »
Le retour s'est fait en silence, chacun plongé dans nos pensées. Il devait se demander pourquoi il réagissait ainsi envers une Oméga qui n'était pas sa compagne, ignorant que notre lien de compagnon agissait déjà.
Je nous ai guidés hors de la forêt jusqu'au perron de la maison de meute.
« Tu pourrais me montrer ma chambre ? Je ne me souviens plus où elle se trouve. »
J'ai levé les yeux vers Xander et remarqué la lueur espiègle qu'il tentait de dissimuler. Mais je la voyais. Ah, cet homme...
« Bien sûr, Alpha Xander. Suivez-moi. »
Malgré mon besoin urgent de m'éloigner, je ne pouvais refuser. Ça aurait été irrespectueux, même si je savais qu'il pouvait facilement retrouver sa chambre. Non seulement elle n'était qu'à l'étage, mais son flair d'Alpha l'y aurait mené sans problème.
Il m'a suivie de près jusqu'au premier étage où se trouvaient les chambres d'invités. J'ignorais laquelle était la sienne, mais mon odorat m'a guidée. Une fois devant celle qui portait le plus son odeur, je me suis retournée en baissant la tête.
« Voici votre chambre, Alpha Xander. Le petit-déjeuner sera servi à sept heures demain. »
Je fixais mes chaussures quand j'ai senti son doigt relever mon menton. Ses yeux argentés ont capturé les miens, tandis que ses lèvres se plissaient.
« Que t'ai-je dit à propos de baisser les yeux devant moi ? Je veux voir tes magnifiques yeux bleus. »
Il s'est rapproché et mon souffle s'est coupé. Nos corps n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, chaque millimètre de distance était une torture. Son odeur m'enveloppait, pendant que mon âme me suppliait de combler l'espace entre nous. Une pulsion de plus en plus difficile à ignorer.
« Pardonnez-moi, Alpha. Je tâcherai de m'en souvenir. »
Ma voix haletante trahissait son effet sur moi. Nous jouions un jeu dangereux dont personne ne sortirait vainqueur.
Ses lèvres se sont étirées en un sourire narquois. « Bonne fille. »
Ces simples mots ont envoyé des frissons le long de ma colonne vertébrale jusqu'à mes orteils, se concentrant dans mon bas-ventre. J'ai dû serrer les cuisses pour empêcher mon excitation de parfumer l'air. Déesse, comment un seul homme pouvait-il être aussi séduisant ? C'était injuste.
Aucun homme n'avait jamais éveillé de telles sensations en moi en dix-huit ans. C'était aussi grisant qu'effrayant.
Sa main a glissé de mon menton pour caresser ma joue, ravivant ces étincelles enivrantes. Si elles étaient déjà si intenses sans que notre lien soit scellé, j'osais à peine imaginer leur puissance une fois le lien accompli. Elles devenaient addictives.
« Bonne nuit. »
Avant que je puisse répondre, il s'est penché pour déposer un baiser sur mon front. Avec un dernier sourire en coin, il est entré dans sa chambre, me laissant abasourdie.
J'ai réussi à me ressaisir et à rejoindre le sous-sol, mon cœur battant toujours la chamade.
« Ah, n'est-il pas charmant ? » a lancé Météo.
« Dis donc, où étais-tu passée ? »
Météo avait été étrangement silencieuse pendant tout cela avec Xander, ce qui ne lui ressemblait pas. Elle était d'habitude si bavarde. Je n'avais même pas remarqué l'absence de ses commentaires habituels.
« Je voulais te laisser un moment seule avec notre compagnon, sans mon influence. Même si ça n'a pas changé grand-chose, vu qu'il t'a déjà conquise. » Elle s'est vantée avec un clin d'œil.
« Tu sais bien que c'est juste le lien de compagnon, Météo. »
« Un lien de compagnon dont il n'a même pas conscience. » Elle a eu l'audace de lever les yeux au ciel. « Et pourtant, il est déjà sous notre charme. »
Je la sentais se pavaner dans ma tête à cause du baiser sur le front. Je devais malheureusement doucher son enthousiasme, mais je n'avais pas le choix.
« Ses sentiments n'ont pas d'importance. Il part demain. »
Météo est redevenue silencieuse. Son départ après sa rencontre avec Alpha David me blessait aussi, mais que pouvais-je y faire ? Lui demander de m'emmener ? Impossible.
Je ne pouvais pas non plus prétendre miraculeusement retrouver ma louve demain pour qu'il me reconnaisse comme sa compagne. Je le connaissais à peine et j'étais loin d'être une louve ordinaire. Ma vie était extrêmement dangereuse et je refusais de l'y mêler. Je ne voulais pas qu'il soit blessé. Antoine détruirait tout et tous ceux qui se mettraient entre lui et moi. Xander ne méritait pas ça.
Je suis retournée au sous-sol, dans la petite chambre qui m'était assignée. Elle était simple avec juste un lit, une commode et un miroir, mais c'était suffisant. Le luxe était le cadet de mes soucis. Ma survie était ma seule priorité.
Je me suis changée, enfilant un short et un t-shirt avant de me glisser sur le matelas bosselé. Même si j'avais la chance de dormir sur un lit de plumes, ça n'aurait rien changé. Je me réveillerais quand même en sueur et en hurlant au milieu de la nuit, quel que soit le cauchemar qui me visiterait.
Je me suis endormie avec des yeux argentés hantant mes pensées.