로그인Adrian se tenait devant le miroir de la salle de bains et observait son reflet dans la glace. Il était presque minuit. Trois heures plus tôt, il était arrivé à son penthouse, et il ne s était pas encore changé. Sa cravate pendait lâchement autour de son cou, ses manches étaient retroussées jusqu aux coudes, et ses cheveux étaient en désordre à cause du trajet du retour depuis Havenridge.
Son apparence était fatiguée. Son âme l était encore plus. Il n avait pensé qu à une seule personne pendant tout le trajet du retour. Elena. Et maintenant, en se regardant dans le miroir, il devait admettre l évidence. Il devait lui parler. Pas aujourd hui. Pas demain. Pas avant qu elle ne soit prête. Mais finalement, il devrait y avoir une conversation, une seule, dans laquelle aucun d eux ne pourrait se cacher derrière son ego. Adrian se pencha en avant contre le comptoir de la salle de bains. Qu est-ce que je pourrais bien lui dire ? C était une question absurde à se poser, venant d un homme capable de diriger un conseil d administration d investisseurs avec rien d autre qu un regard convaincant et une phrase bien choisie. Mais Elena ne ressemblait en rien à ses collègues, et il en avait toujours été ainsi. Adrian se dirigea vers la chambre et s assit sur le bord du lit. La pièce semblait presque identique au jour où elle était partie, et il ne lui avait jamais permis de la changer. Son côté du dressing restait intact, tout comme le livre qu elle avait laissé sur la table de chevet. Il le ramassa, passant son pouce sur la couverture avant de le reposer. Il ne pouvait pas répéter ses excuses ici ; cet endroit était rempli de trop de souvenirs. Adrian alla dans le bureau et ouvrit son ordinateur portable. Une page blanche le fixait, et il hésita avant de taper la première phrase. Elena, je suis désolé. Il effaça la phrase et essaya à nouveau. Je n ai jamais cessé de t aimer. Il effaça la nouvelle phrase et fixa la page blanche. Je sais que je t ai fait du mal. La troisième phrase resta sur la page. Il essaya d imaginer une quatrième formule. Je sais que dire désolé n effacera pas ce qui s est passé. Cela semblait bien, mais c était encore insuffisant. Je ne m attends pas à ce que tu me pardones. Une fois de plus, il s interrompit, incertain de la suite. Adrian referma l ordinateur portable d un clic résolu. Non. Il se leva. Je ne peux pas faire ça comme une sorte de présentation d affaires. Adrian commença à faire les cent pas dans le bureau. Lorsqu il s agissait de négociations, il avait toujours des objectifs, des chiffres, des imprévus, un résultat souhaité. Il n y avait pas de stratégie pour cela, aucun contrat à signer qui pousserait Elena à l écouter. Il n y avait pas de chiffres pour la persuader, de garanties pour lui donner confiance, ni d argent pour la convaincre de rester. Adrian s assit à nouveau au bureau et essaya encore. Elena, je suis venu parce que je veux m expliquer. Il grimaça face à ses propres mots et se leva. Non. Adrian essaya à nouveau. Je sais pourquoi tu es partie. Il s arrêta après quelques mots. Pas complètement. Il secoua la tête. Je ne veux pas te dire ce que je pense que tu as ressenti ; je veux l entendre de ta bouche. Adrian expira lentement et essaya une fois de plus. Je veux écouter. La dernière phrase sonnait bien mieux, et il leva les yeux vers la chaise vide de l autre côté de la pièce. Je veux entendre tout ce que j aurais dû entendre auparavant. Il imagina Elena sur le siège, les bras croisés sur la poitrine dans une posture d attente, que ce soit par colère, déception ou indifférence, il ne savait le dire. La poitrine d Adrian se serra. J avais tort à ton sujet. C était la phrase la plus difficile qu il ait jamais eu à admettre, non seulement en raison de ce qu elle signifiait, mais aussi de ce qu elle impliquait. Elle avait eu raison depuis le début, et il avait été tellement aveugle qu il n avait vu que la surface de ses mots. Il avait supposé que les paroles de la mère d Elena étaient plus importantes que les siennes, que la demande en mariage était un arrangement financier. Il avait vu à quel point elle voulait tendre la main vers lui et avait pensé que c était un subterfuge pour qu il accepte ses avances. Au lieu de l écouter, il l avait punie. Adrian baissa la tête. J aurais dû te demander. Sa voix tremblait. J aurais dû te demander ce que tu voulais. Le silence lui répondit, bien sûr, car il n y avait pas d Elena pour lui répliquer. Il n y avait personne pour lui dire de s arrêter et de réfléchir à ce qu il disait, personne pour lui rappeler que les mots ne suffisaient pas à combler le vide. Adrian prit un bloc-notes et commença à écrire des notes pour la conversation qui aurait inévitablement lieu. Ne te défends pas. Il souligna la première phrase. Ne l interromps pas. Puis, il écrivit : Ne lui demande pas de revenir à la maison. Enfin, il écrivit : Écoute. Adrian fixa les quatre courtes phrases et, pour la première fois, il réalisa qu écouter quelqu un était l une des choses les plus difficiles qu une personne puisse faire. Le lendemain matin, Adrian arriva chez Cole Industries plus tôt qu à son habitude. Daniel l attendait devant son bureau à son arrivée. Tu es en avance. Je n ai pas pu dormir. Daniel haussa un sourcil mais garda ses pensées pour lui. Adrian posa sa mallette sur la table. J ai besoin que tu libères mon emploi du temps demain après-midi. Une autre mission à Havenridge? Adrian regarda Daniel. L expression de l autre homme montrait clairement qu il comprenait ce qu Adrian demandait réellement. Tu penses à lui parler. Finalement. Est-ce qu elle le sait? Non. Daniel hocha la tête. Alors qu attends-tu ? Elle. Daniel l observa pendant un long moment. Tu le penses vraiment. Oui, dit Adrian. Il s avança vers la fenêtre et regarda la rue en contrebas, où les gens se pressaient, chacun avec un sens clair de l orientation. J ai passé ma vie à prendre des décisions avec rapidité et assurance, sans jamais douter de mes choix ni remettre en question mes motivations. J ai toujours pensé que l hésitation était une faiblesse, mais je commence à penser que c est parfois une forme de respect. Daniel sourit. Et maintenant, tu appelles ça quelque chose de bon. Adrian ne sourit pas. Ne dis rien pour l instant. Je n ai encore rien fait qui puisse être qualifié de valable. Plus tard dans l après-midi, Adrian retourna dans la chambre du bébé et se tint à côté du berceau, répétant la conversation qui aurait inévitablement lieu. Cette fois, il ne s entraîna pas à présenter des excuses ; il s entraîna à poser une question. Que veux-tu ? Il imagina la réponse d Elena. Je veux que tu me laisses tranquille. Son cœur lui faisait mal, mais il savait qu il devrait l accepter. Je veux que tu t impliques pour le bébé, mais je ne veux pas que tu reviennes. Pouvait-il accepter cela? Cela ferait mal, mais oui. Une autre possibilité se présenta. Je n ai pas confiance en toi. C était une fatalité, en réalité, et il hocha lentement la tête. Et la possibilité finale. Je ne t aime plus. Ses yeux le brûlèrent, mais il hocha la tête. Pendant si longtemps, il s était battu pour la possibilité de la récupérer, et c était peut-être là l erreur. Peut-être que l amour ne consistait pas à obtenir, mais à donner, à lui donner la liberté de choisir, même si le choix était de partir. Adrian ouvrit les yeux et murmura les mots. Je l accepterai. Adrian baissa les yeux vers la petite robe accrochée au fauteuil à bascule et dit: Je ne sais pas si tu me rencontreras un jour, mais quand tu le feras, je veux que ta mère sache que je l ai affrontée en toute honnêteté. Et pour la première fois, sa conversation répétée ne ressemblait plus du tout à un discours; elle ressemblait à une invitation à entamer une conversation qui changerait sa vie pour toujours.Cheryl fut la première à remarquer qu’Adrian avait cessé de poser des questions. Pendant plusieurs mois, il semblait attendre de ses nouvelles à chaque lever de soleil. Chaque piste. Chaque endroit possible où Elena aurait pu se cacher si elle n’avait pas déjà quitté la ville. Il voulait tout ce qu’elle pouvait lui fournir. Des noms, des dates, des lieux, des contacts, tout ce qui pouvait l’aider à retrouver sa femme. Désormais, même trois jours après son retour en ville, le téléphone de Cheryl restait silencieux sans aucun de ses appels. Elle n’y pensa pas grand-chose au début. Cela aurait pu être une semaine chargée pour lui.Puis une autre semaine passa. Cheryl finit par prendre le téléphone et l’appela. Il répondit à la deuxième sonnerie. Cheryl. Je pensais que tu aimerais avoir des nouvelles. Une pause. À propos d’Elena? Cheryl entendit le soupir à l’autre bout de la ligne avant qu’Adrian ne reprenne la parole. Elle est toujours à Havenridge, dit-elle. Je le sais, répondit-il.El
Elena regarda les trois petits points sous le nom d’Adrian disparaître, puis réapparaître, puis disparaître à nouveau. Elle faillit rire. Il choisissait probablement chaque mot pour ce message, même à travers un écran de téléphone. Elle n’était pas sûre de savoir si cela était un réconfort ou une menace. Finalement, son message arriva. Tu n’es pas obligée de savoir.Elena le fixa, et un autre message arriva. Pas ce soir. Pas demain. Pas tant que tu ne seras pas prête. Sa gorge se serra. Elle s’était attendue à une explication, peut-être à des excuses, peut-être même à une tentative désespérée de la convaincre qu’il était différent de ce qu’elle pensait autrefois. Au lieu de cela, il lui avait donné la permission de ne pas décider. Elena posa le téléphone contre sa poitrine et ferma les yeux.Qu’est-ce qu’il dit? demanda Marisol. Il a dit que je n’étais pas obligée de savoir. La bouche de Marisol esquissa un doux sourire. Cela ressemble bien à Adrian. Non. Elena ouvrit les yeux. Pas du
Elena regarda le message sur son téléphone. Pourquoi es tu ici? Elle avait envoyé le message avant d avoir le temps de se rétracter. Désormais, il ne lui restait plus qu une seule option: attendre. De l autre côté de la pièce, Marisol était blottie dans le coin du canapé, observant chaque battement de cœur et chaque changement sur le visage de son amie. Tu lui as demandé? Elena hocha la tête. Et? Il dit quoi? Il écrit. Marisol s approcha doucement. Alors respire. Je respire. Tu regardes le téléphone comme s il avait commis un meurtre. Un sourire effleura les lèvres d Elena malgré les circonstances.Puis l indicateur de saisie disparut. Un nouveau message le remplaça. Parce que je voulais être assez près pour savoir que tu étais en sécurité. Un souffle de soulagement mêlé au choc séchappa des poumons d Elena. Elle relut la phrase plusieurs fois, comme si elle cherchait quelque chose caché derrière les mots. Puis un autre message apparut. Mais je ne suis pas venu pour te forcer à me voi
Elena était assise sur le bord du lit, observant son téléphone. Le message quelle avait envoyé restait affiché sur lécran: Es tu à Havenridge? Elle ne sétait pas attendue à en arriver là, ni à être celle qui tenterait de réduire la distance quelle avait tant travaillé à créer entre Adrian et elle. Son cœur fit un bond lorsque le téléphone émit un signal sonore, mais une minute passa, puis une autre, puis dix, sans quaucun texte ne vienne. Elena posa lappareil à côté delle et se leva pour sapprocher de la fenêtre, où la ville paisible sétendait devant elle.Quelques porches laissaient filtrer des lumières tamisées, le lac brillait au delà des arbres et plus loin encore, la route par laquelle Adrian était passé demeurait visible. Quelque part dans Havenridge, à seulement quelques rues de là, se trouvait lhomme à qui elle avait autrefois promis de passer sa vie. Cette simple pensée lui tordit lestomac en un nœud de chagrin. Elle posa une main contre la vitre froide et ferma les yeux. Pen
C était un lundi matin quand Elena remarqua quelque chose d anormal pour la première fois. Un événement insignifiant qui, en soi, ne voulait rien dire. Elle revenait de la boulangerie, un sac en papier calé sous le bras, lorsqu elle vit une berline sombre garée près du coin de la rue. Elle ralentit jusqu à s arrêter. La voiture lui était familière. Pas le véhicule exact, mais c en était un qu elle avait déjà vu. Son esprit remonta jusqu à la route devant le cottage, au café et à cet après midi où elle avait eu la curieuse impression d être observée.Elena s arrêta à côté du portail. La berline resta là où elle était. Ses vitres étaient teintées, elle ne pouvait donc pas voir à l intérieur. Elle la fixa pendant quelques secondes avant que la vue ne soit masquée par le passage d une camionnette de livraison. Lorsqu elle fut passée, la berline avait disparu et son cœur battait la chamade. Elle reprit sa marche vers le cottage, chassant déjà ce qu elle venait de voir. Il n était pas rare
Adrian resta à Havenridge. Pas devant le cottage d Elena, pas à surveiller ses fenêtres et pas à demander à Cheryl de garder un œil sur elle. Il trouva un petit hôtel de l autre côté de la ville et sy enregistra sous son propre nom. Il se dit quil resterait quelques jours. Il ny avait pas de raison particulière, du moins pas une quil pouvait expliquer à qui que ce soit. Cétait simplement quil sentait quil nétait pas prêt à quitter la région. Peut-être quêtre proche d Elena, sans pour autant simmiscer dans sa vie, laiderait à comprendre ce que signifiait réellement attendre.Le premier matin, il se réveilla avant le lever du soleil. Pendant un instant, il oublia où il se trouvait. Puis il se rappela. Havenridge. Elena était quelque part dans les environs. Son premier réflexe fut de shabiller et de conduire vers le cottage. Il lutta fortement contre cette impulsion. Au lieu de cela, il descendit et déambula dans la salle à manger de lhôtel. Sa routine habituelle consistait à commander u







