MasukElena
Le cottage etait exceptionnellement calme cet apres-midi-la. Marisol etait allee en ville pour acheter des commissions et les medicaments que le docteur Whitfield avait prescrits. On m avait ordonne de me reposer et je etais donc assise dans le salon avec une couverture sur les jambes et un verre d eau sur la table a cote de moi. Mon corps etait fatigue, mais pas mon esprit. Il n arretait pas de retourner a l hopital. Les moniteurs, les lumieres vives, le son du rythme cardiaque d Amara et Adrian. Surtout Adrian. Ses messages etaient toujours ouverts sur mon telephone. J aurais aime y etre moi aussi etait une phrase que j avais lue tant de fois que je pouvais presque imaginer sa voix me la lire. Il n y avait aucune exigence dans ses mots, ni aucune tentative de me faire culpabiliser pour que je reponde. Ils enonçaient simplement la verite, et cette verite etait difficile a ignorer. J ai pris mon telephone. Son nom etait tout en haut de mes messages recents. Je l ai fixe. L appeler serait simple. Une touche. Une sonnerie. Puis sa voix serait a l autre bout de la ligne. Je me demandais ce qu il dirait. Peut-etre me demanderait-il comment je me sentais? Peut-etre demanderait-il si Amara bougeait? Peut-etre resterait-il simplement en silence pour me laisser parler? J ai imagine entendre sa voix prononcer mon prénom, et mon cœur s est serre dans ma poitrine. J ai appuye sur son nom. Son contact s est ouvert. Mon pouce a survole l icone d appel. Je pouvais le faire. Je lui avais deja dit la verite sur l hopital. Appeler etait-il vraiment un si grand pas? J ai regarde mon ventre. Serait-ce si grave? ai-je murmure. La question n avait pas de reponse. J ai appuye sur le bouton d appel. L ecran a change. Appel d Adrian en cours... Mon cœur a immediatement commence a battre la chamade. Une sonnerie. Deux. J ai raccroche. J ai fixe l ecran. Qu est-ce que je fais? J ai pose le telephone. Trente secondes plus tard, je l ai repris. Il n y avait pas d appel manque pour l instant. Bien sur que non, j avais a peine laisse le telephone sonner. J ai ri doucement de moi-meme. Tu es ridicule. Je ne etais pas sûre de savoir si c etait de moi-meme ou de toute la situation dont je parlais. Pendant des mois, j avais voulu qu Adrian comprenne a quel point son absence m avait blessee. Maintenant qu il ecoutait enfin, j etais terrifiee a l idee de le laisser assez proche pour me blesser a nouveau. C etait cela le probleme. L amour n avait pas disparu. La confiance, si. Et la confiance n etait pas quelque chose que je pouvais reconstruire simplement parce que quelqu un me manquait. Elle devait etre reconstruite, lentement et prudemment, par des preuves et du temps. J ai rouvert notre conversation. J ai tape: Es-tu reveille? Je l ai fixe. Puis je l ai efface. J ai tape: Puis-je t appeler? Efface. J ai failli t appeler. J ai efface cela aussi. Finalement, j ai verrouille mon telephone. Je l ai pose, face contre la table. Cinq minutes ont passe et je l ai repris. Cette fois, je n ai pas ouvert notre conversation. Au lieu de cela, je suis allee dans la chambre du bebe. La piece sentait legerement le coton frais et le sachet de lavande que Marisol avait glisse dans le tiroir. Je me suis assise dans le fauteuil a bascule. La lumière de l apres-midi touchait le petit berceau. Tout etait pret. Ou presque pret. Il y avait encore des choses a acheter. Des choses a laver. Des choses a organiser. Mais les choses importantes etaient la. Un endroit sûr. Un lit. De petits vêtements. Et de l amour. Tellement d amour. J ai pose mes deux mains sur mon ventre. Ton pere t aime. Les mots etaient faciles a dire. Je ne savais pas si cela rendait les choses plus faciles ou plus difficiles. Probablement les deux. Un doux mouvement s est presse contre ma paume. J ai souri. Je sais. Un autre coup de pied a suivi. Tu as ete tres active aujourd hui. Je me suis adossee. Peut-etre es-tu en train de me dire quelque chose. Cette pensee m a fait rire. Si seulement les bebes pouvaient donner des conseils. Je me demandais ce qu Amara penserait un jour si elle savait a quel point le debut de l histoire de ses parents avait ete complique. Comprendrait-elle? Demanderait-elle pourquoi je suis partie? Demanderait-elle pourquoi son pere n est pas venu me chercher plus tôt? Demanderait-elle pourquoi nous nous aimions tout en reussissant a nous faire si mal? Je n avais pas encore ces reponses. Mais je n en avais peut-etre pas besoin aujourd hui. Mon telephone a vibre dans l autre piece. Je me suis figee. Je ne m etais pas rendue compte a quel point j avais appris rapidement a reconnaître ce son. Je suis retournee dans le salon. C etait Adrian. Pas un appel. Un message. Adrian: Comment te sens-tu aujourd hui? J ai souri malgre moi. Il n avait pas demande des nouvelles du bebe en premier. Il avait demande des nouvelles de moi. J ai tape: Elena: Mieux. Fatiguee, mais mieux. Sa reponse est venue quelques minutes plus tard. Adrian: Repose-toi. S il te plaît. J ai souri. Puis un autre message est apparu. Adrian: Et ne t inquiete pas de repondre rapidement. Je l ai fixe pendant un long moment. Il apprenait. Peut-etre que moi aussi. J ai pose le telephone. Puis je l ai repris. Cette fois, j ai ouvert son contact. Mon pouce s est dirige vers le bouton d appel. Je me suis arretee. Pas parce que je ne voulais pas l entendre. Je le voulais. Plus que je ne voulais l admettre. Mais j ai realise quelque chose. Je n avais pas besoin de l appeler simplement parce que je me sentais seule. Et je n avais pas besoin de prouver que je tenais toujours a lui. Il le savait deja. Ce dont j avais besoin, c etait de comprendre ce que j attendais de cet appel. Voulais-je du réconfort? Des reponses? Sa voix? Des excuses? Voulais-je l entendre dire qu il m aimait? Ou voulais-je simplement la sensation familiere d avoir quelqu un a mes cotes? Je ne savais pas. Tant que je ne le saurais pas, passer cet appel ne ferait que me rendre plus confuse. J ai donc verrouille le telephone. Cette fois, je l ai laisse sur la table. Quand Marisol est revenue, elle m a trouvee assise dans la chambre du bebe. Elle a pose les sacs de courses sur le sol. Tu as l air pensive. J ai failli appeler Adrian. Elle s est arretee. Presque? J ai hoche la tete. Qu est-ce qui t a arretee? J ai regarde vers le berceau. Je ne sais pas. Marisol s est assise a cote de moi. Peut-etre que tu n as pas encore besoin de le savoir. J ai souri. Cela devient ta reponse preferee. Parce que tu continues d essayer de tout resoudre en un jour. Absolument pas. Mais tout a fait. J ai ri. Puis mon expression s est adoucie. Je voulais entendre sa voix. Marisol ne s est pas moquee de moi. C est normal. Je n ai quand meme pas appele. C est normal aussi. J ai regarde mes mains. Je pense que j ai besoin d apprendre la difference entre le vouloir et avoir besoin de lui. Marisol a hoche la tete. Et? Et peut-etre que je peux le vouloir sans retourner en courant vers lui. Son sourire etait doux. C est une prise de conscience tres importante. J ai regarde vers la fenetre. Dehors, le ciel du soir commençait a changer. Pour la premiere fois, je n avais pas honte d avoir tendu la main vers mon telephone. Je ne me sentais pas faible parce que je voulais Adrian. Et je ne me sentais pas coupable de m etre arretee. L appel pouvait attendre. Peut-etre le passerais-je demain. Peut-etre la semaine prochaine. Peut-etre pas avant d etre prête. Mais ce soir, j avais compris quelque chose que je n avais pas compris auparavant. Choisir de ne pas appeler n etait pas la meme chose que choisir de ne plus l aimer. Parfois, cela signifiait simplement me donner suffisamment de temps pour comprendre ce que mon cœur demandait. J ai pose ma main sur les mouvements d Amara. Un jour a la fois, bebe. Le telephone est reste sur la table. Silencieux. En attente. Et pour une fois, cela me convenait.CherylL enveloppe n avait rien de special. C est pourquoi j y ai prete attention. Si vous cherchez des informations sur Elena, les indices les plus vitaux s annoncent rarement. Ils peuvent apparaître dans une base de donnees, un reçu oublie, ou une adresse anodine griffonnee sur le coin d une enveloppe professionnelle.Je me suis adossee a un dossier sur mon bureau. Bellflower. Voss Textiles. Dossiers de distribution. Factures. Rien d anormal. Rien qui suggererait ou chercher des informations sur Elena Marisol Voss. Pas avant les informations d expedition. L adresse n etait pas le cottage d Elena. Ce n etait pas non plus l adresse de Marisol. C etait un petit centre d affaires a Havenridge.Je me suis penchee en avant et j ai jete un coup d œil au nom associe au compte. Bellflower Design Studio. J ai verifie la date sur l enveloppe, puis un autre document avec la meme adresse mais une date differente. Puis un autre. Il etait assez clair qu Elena recevait de la correspondance professi
AdrianLa chambre de bebe etait prete. C etait bien cela le probleme. Elle etait entierement prete pour un enfant qui n y avait jamais mis les pieds. J etais debout sur le seuil de la porte ce soir-la, une main pressee contre le cadre, observant la piece. Le berceau etait place sous la fenetre. La petite couverture blanche pliee soigneusement a ses pieds. La petite robe que j avais achetee il y a des mois etait toujours placee dans la vitrine a l interieur. Sur le mur, la plaque en bois proclamait: Vous etes aimee.J avais pense a ces mots comme a la promesse la plus simple que je pouvais faire. Ce soir, cependant, ces mots ressemblaient a un poids. Je suis entre dans la piece. Elle etait silencieuse. Pas paisible, mais en attente. Je me suis approche du berceau et j ai pose ma main sur le rebord en bois. Pendant des mois, j avais imagine cette piece remplie de sons. Les pleurs d un enfant a deux heures du matin. De petits pas a mesure qu elle grandissait. Des rires. Elena me disant q
ElenaLe cottage etait exceptionnellement calme cet apres-midi-la. Marisol etait allee en ville pour acheter des commissions et les medicaments que le docteur Whitfield avait prescrits. On m avait ordonne de me reposer et je etais donc assise dans le salon avec une couverture sur les jambes et un verre d eau sur la table a cote de moi. Mon corps etait fatigue, mais pas mon esprit. Il n arretait pas de retourner a l hopital. Les moniteurs, les lumieres vives, le son du rythme cardiaque d Amara et Adrian. Surtout Adrian.Ses messages etaient toujours ouverts sur mon telephone. J aurais aime y etre moi aussi etait une phrase que j avais lue tant de fois que je pouvais presque imaginer sa voix me la lire. Il n y avait aucune exigence dans ses mots, ni aucune tentative de me faire culpabiliser pour que je reponde. Ils enonçaient simplement la verite, et cette verite etait difficile a ignorer. J ai pris mon telephone. Son nom etait tout en haut de mes messages recents. Je l ai fixe.L appel
ElenaLe matin est venu, calme. Je me suis reveillee au doux son de pas dans le couloir et au bip du moniteur a cote de mon lit. J ai oublie ou je me trouvais. Puis j ai vu le plafond de l hopital. La perfusion dans mon bras. Le moniteur enroule autour de mon ventre. Et Marisol endormie dans le fauteuil a cote de moi. Je me suis souvenue de tout. La peur. Le trajet. Les questions. La longue nuit a attendre chaque nouveau resultat.Ma main s est immediatement dirigee vers mon ventre. Bonjour. J ai entendu un doux mouvement en reponse. J ai souri. Tu es toujours la. Mais bien sur qu elle l est. J ai regarde vers la porte. Le docteur Whitfield etait la, une tablette a la main. Je me suis redressee legerement. Comment va-t-elle? Le docteur a souri. Elle va tres bien. Le souffle suivant qui est sorti de moi etait du soulagement.Vraiment? Vraiment. Son rythme cardiaque s est maintenu toute la nuit. Votre examen est rassurant et nous ne voyons pas de signes indiquant que vous avez commence
ElenaA dix heures ce soir-la, je etais convaincue que le pire de la journee etait derriere moi. J avais pris le medicament que le docteur Whitfield avait recommande, j avais bu plus d eau et j avais passe la soiree allongee sur le canape avec les pieds mesures élevés. Marisol n avait presque pas quitte mon regard pendant tout ce temps. Elle a fait de la soupe. Elle s est penchee au-dessus de moi toutes les vingt minutes. Elle a meme réagencé les coussins tout autour de moi comme si le bon ordre ou la bonne disposition allait d une certaine maniere garantir que rien d autre de grave ne se produirait. J ai apprecie cela. Plus que tu ne pourrais jamais le savoir.Tu as besoin de dormir, ai-je dit a Marisol. Toi aussi. C est ce que je fais! Tu fixes la meme partie du plafond depuis quinze minutes. J aime cette partie du plafond. Elle a leve les yeux au ciel. Elle le faisait toujours. J ai souri. Pour la premiere fois depuis le matin, j avais une lueur de normalite, le quotidien banal que
ElenaLa journee a commence normalement. C est ce qui a rendu la frayeur encore plus effrayante. Je me reveillais avant l aube presque chaque jour maintenant, une main sur le ventre. Je restais la pendant quelques secondes en regardant autour du cottage vide sous la douce couverture. Les oiseaux etaient occupes dehors et, quelque part plus loin, une voiture passait de temps en temps. J ai souri en reconnaissant cette sensation familiere sous ma main. Bonjour, petite fille. Il n y a pas eu de coup de pied en reponse.Je ne etais pas trop inquiete parce que ce n etait pas comme si Amara n avait pas un emploi du temps. Du moins, c etait ce que je me disais. Je me suis levee, j ai mis des vêtements confortables et j ai rejoint Marisol dans la cuisine qui preparait deja le petit-dejeuner. Tu as l air fatiguee, a-t-elle dit en m observant. Je le suis. Tu m as dit cela chaque jour cette semaine. Parce que je suis enceinte chaque jour cette semaine. Elle a ri doucement puis m a fait un sourir







