เข้าสู่ระบบ« C’est la montre de mon grand-père, dit-elle d’une voix qui tremblait un peu. Il l’a fabriquée lui-même quand il avait dix-sept ans. Il l’a portée toute sa vie. Avant de mourir, il me l’a donnée. Il m’a dit de la garder précieusement, et de ne l’offrir qu’à une seule personne. »Elle fit une pause, chercha ses mots, les trouva.« La personne avec qui je voulais passer ma vie. »Le silence qui suivit était si profond qu’on aurait pu entendre le tic-tac de la montre s’il n’avait pas été étouffé par l’écrin. Markis ne disait rien. Il regardait la montre, puis Lylie, puis la montre encore. Son visage était indéchiffrable. Ni ému, ni surpris, ni embarrassé. Juste neutre. Comme s’il contemplait un objet dont il ne savait pas encore quoi faire.« Markis ? Tu ne dis rien ? »Il sembla se réveiller d’un songe. Il prit la montre dans ses mains, la tourna, la retourna, ouvrit le fermoir, le referma. Ses gestes étaient lents, presque mécaniques, comme s’il accomplissait une tâche dont il ne comp
Lylie avait conservé la montre dans un écrin de velours bleu, au fond d’un tiroir de sa coiffeuse. Elle ne la portait jamais. Elle avait trop peur de l’abîmer, de la perdre, de la voir s’arrêter un jour comme le cœur de son grand-père s’était arrêté. Mais elle la sortait parfois, le soir, quand elle était seule, et elle la regardait longtemps, se souvenant du vieil homme qui lui apprenait à reconnaître le chant des oiseaux dans le jardin de la maison de campagne.Ce soir-là, elle avait décidé de l’offrir à Markis.La décision n’avait pas été facile. Elle y avait pensé pendant des semaines, avait pesé le pour et le contre, s’était réveillée en pleine nuit avec la certitude que c’était une folie et s’était rendormie avec la conviction que c’était au contraire la chose la plus juste qu’elle ait jamais faite. Offrir la montre de son grand-père à l’homme qu’elle aimait, c’était lui offrir un morceau d’elle-même. C’était lui dire, sans avoir besoin de mots, qu’elle lui confiait son passé, s
Clara le regarda droit dans les yeux. Elle soutint son regard sans ciller, sans reculer, sans baisser la garde. Elle voulait qu’il comprenne qu’elle n’était pas dupe, qu’elle le surveillait, qu’elle ne le laisserait pas faire de mal à son amie sans réagir.« Tant mieux, dit-elle simplement. Tant mieux si vous tenez à elle. Parce que si quelqu’un lui faisait du mal, je ne le lui pardonnerais jamais. »Le sourire de Markis ne vacilla pas. Pas d’un millimètre.« Personne ne lui fera de mal, répondit-il. Je vous le promets. »Il hocha la tête, ajusta son sac sur son épaule, et s’éloigna dans la lumière déclinante de cette fin d’après-midi. Clara le suivit des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse au coin de la rue.Quelques jours plus tard, elle retrouva Lylie pour un déjeuner rapide entre deux rendez-vous. Lylie était toujours aussi radieuse, toujours aussi amoureuse, toujours aussi aveugle. Elle parlait de Markis avec une ferveur qui touchait Clara malgré elle, qui la faisait douter, qui lu
Clara prit une longue inspiration. Elle savait qu’elle s’avançait en terrain miné. Mais elle ne pouvait pas se taire. Elle n’avait jamais su se taire quand elle sentait que quelque chose n’allait pas.« Je veux dire qu’il est lisse, Lylie. Trop lisse. Il ne se met jamais en colère. Il ne contredit jamais personne. Il est toujours d’accord, toujours souriant, toujours parfait. Personne n’est parfait à ce point. Personne. »Lylie secoua la tête, un sourire incrédule aux lèvres.« Tu lui reproches d’être gentil ? D’être attentionné ? C’est ça, son crime ? »« Non. Je lui reproche de ne jamais baisser la garde. De ne jamais laisser voir ce qu’il y a derrière le masque. »« Quel masque ? Il n’y a pas de masque, Clara. Il est comme ça, c’est tout. Il est gentil, il est doux, il est parfait parce que c’est lui. Tu ne le connais pas. »Clara se tut. Elle regarda son amie, cette amie qu’elle aimait comme une sœur, cette amie pour qui elle aurait donné sa vie sans hésiter, et elle sentit son cœ
Lylie s’assit en face d’elle, posa son sac sur la chaise voisine, et prit une gorgée de thé avant de répondre. Elle prit son temps. Elle savourait l’instant, comme si elle avait conscience que ce qu’elle s’apprêtait à dire était important, qu’il méritait une mise en scène, un suspense, un effet.« J’ai fait quelque chose, dit-elle enfin. Quelque chose de grand. »Clara reposa sa tasse sans quitter son amie des yeux.« Quel genre de chose ? »« J’ai signé un chèque pour Markis. Un gros chèque. Pour qu’il puisse s’inscrire dans un centre de formation. »Le silence tomba sur la table comme un couvercle. Clara ne dit rien. Elle se contenta de fixer Lylie avec une expression que cette dernière ne parvint pas à déchiffrer.« Tu ne dis rien ? demanda Lylie, soudain inquiète. Tu penses que j’ai eu tort ? »Clara prit une inspiration. Elle avait appris, au fil des années, à mesurer ses mots. Elle savait que Lylie était fragile sous ses apparences de jeune fille bien élevée, qu’elle prenait les
Le repas se termina, et Lylie sortit de son sac un chéquier en cuir vert, usé aux coins. Elle l’ouvrit sur la table, prit un stylo, et écrivit lentement, avec application, en tirant légèrement la langue comme une écolière qui s’applique sur son cahier. Elle signa d’un geste ample, détacha le chèque, et le lui tendit par-dessus la table.Markis le prit.Il ne le regarda pas tout de suite. Il le plia en deux, soigneusement, et le glissa dans la poche intérieure de sa veste sans même vérifier le montant. Il aurait dû le regarder. Il aurait dû protester encore, s’étonner, refuser peut-être. Mais il ne fit rien de tout cela. Il rangea le chèque comme on range une facture qu’on vient de payer, avec une indifférence polie qui aurait dû alerter Lylie.Elle ne vit rien.Elle souriait, les joues roses, les yeux brillants, heureuse d’avoir fait ce geste, heureuse d’avoir prouvé son amour de la manière la plus concrète qui soit. Elle se leva pour aller aux toilettes, et Markis resta seul à table,







