Se connecterMarkis avait été cité comme témoin par l’avocat de Lylie. Il n’avait pas hésité une seconde. Quand il avait reçu la convocation, il l’avait lue deux fois, puis il l’avait rangée dans le tiroir de son bureau, à côté du document bancaire qu’il conservait comme une relique. Il savait que ce moment viendrait. Il savait que tôt ou tard, il devrait répondre de ses actes devant un tribunal. Et même s’il n’était pas sur le banc des accusés, il savait que sa présence ici était une forme de jugement.La salle d’audience était la même que la veille. Les mêmes boiseries sombres, les mêmes lustres poussiéreux, la même atmosphère pesante. Mais l’assistance était plus nombreuse. La nouvelle de la comparution de Markis avait filtré dans les couloirs du palais de justice, et quelques journalistes supplémentaires s’étaient glissés sur les bancs du fond.Quand Markis entra dans la salle, tous les regards se tournèrent vers lui. Il portait un costume sobre, une cravate grise, des chaussures cirées. Il av
Le procureur lut l’acte d’accusation d’une voix monocorde, énumérant les faits, les dates, les preuves. Il parla de harcèlement moral, de menaces répétées, de tentative de sabotage, de violation d’une interdiction de contact. Il dressa le portrait d’une femme rongée par la jalousie, incapable d’accepter la fin d’une relation toxique, prête à tout pour détruire celle qu’elle considérait comme sa rivale.L’avocat d’Andréa tenta une défense maladroite, évoquant une enfance difficile, une fragilité psychologique, une solitude écrasante. Mais les faits étaient têtus, et les juges ne semblaient pas convaincus. Quand vint le tour d’Andréa de prendre la parole, elle se leva, le visage pâle, les mains tremblantes, et elle lut une déclaration qu’elle avait préparée avec son avocat.« Je regrette ce que j’ai fait. Je ne voulais pas faire de mal. J’étais désespérée. »Sa voix sonnait faux. Elle le savait, et tout le monde dans la salle le savait aussi. Elle n’avait jamais su s’excuser sincèrement
Andréa reçut la convocation au tribunal trois semaines plus tard. Une lettre recommandée, glissée sous sa porte, qu’elle ramassa machinalement en rentrant de ses courses. Elle l’ouvrit debout dans l’entrée de son studio, et son sang se glaça.Convocation pour harcèlement moral. Tentative de sabotage. Violation d’une interdiction de contact. Plainte déposée par Lylie.Elle relut les mots plusieurs fois, comme si elle espérait qu’ils changent, qu’ils s’effacent, qu’ils ne soient qu’un cauchemar dont elle allait se réveiller. Mais les mots restaient. Noirs, précis, définitifs.Elle pâlit. Une pâleur soudaine, qui lui vida le visage et fit trembler ses mains. Elle s’assit sur le lit, la lettre posée sur ses genoux, et fixa le mur en face d’elle.Lylie avait porté plainte. Lylie, qu’elle avait toujours considérée comme une faible, une naïve, une victime. Lylie avait décidé de se battre. Et cette fois, ce n’était pas avec des communiqués de presse ou des dons anonymes. C’était avec la loi.
Andréa ne répondit pas. Clara continua.« Tu as passé des années à t’en prendre à Lylie. À la harceler, à la menacer, à essayer de détruire tout ce qu’elle construisait. Et jusqu’ici, elle t’a ignorée. Elle a refusé de s’abaisser à ton niveau. Mais moi, Andréa, je ne suis pas Lylie. »Elle marqua une pause, laissant le silence peser sur la ligne.« Tu t’attaques à la mauvaise famille. Et tu vas le regretter. »Elle raccrocha sans attendre la réponse, glissa le téléphone dans sa poche, et retourna dans la salle de réception. Le gala battait son plein, les invités dansaient, les verres s’entrechoquaient, et Lylie, debout près de la scène, riait avec un mécène. Elle n’avait rien vu, rien entendu, rien soupçonné. Elle ne saurait jamais ce qui s’était passé ce soir-là, ni le danger qu’elle avait couru, ni la main invisible qui l’avait protégée.Clara la regarda de loin, et sourit. C’était son rôle. Depuis le début. Protéger Lylie. Et elle le ferait jusqu’à son dernier souffle.Andréa, dans
Andréa blêmit, ses doigts se crispèrent sur le téléphone jetable.« Tu mens.— Non. Et j’ai aussi prévenu la sécurité. Si tu t’approches à moins de cent mètres de cet événement, tu seras arrêtée pour violation de l’interdiction de contact. »Andréa recula d’un pas, le visage tordu par la haine.« Tu ne peux pas me faire ça.— Je viens de le faire. »Clara ne souriait pas. Il n’y avait pas de triomphe dans sa voix, pas de satisfaction mesquine. Juste une détermination froide, inébranlable.« Tu t’attaques à la mauvaise famille, Andréa. Et tu vas le regretter. »Elle tourna les talons et retraversa la rue, laissant Andréa seule sous son porche, tremblante de rage et de froid. Le gala continuait derrière les fenêtres illuminées, les invités riaient, les verres s’entrechoquaient, la musique jouait. La soirée était sauvée. Lylie ne saurait jamais rien de cette tentative de sabotage, ni de l’intervention de Clara.Andréa resta immobile un long moment, le regard fixé sur les fenêtres du gala
Andréa voulait réduire tout cela en cendres.Elle passa plusieurs semaines à préparer son plan. Elle n’avait plus d’argent, plus de réseau, plus d’alliés. Mais il lui restait sa colère, et une certaine ingéniosité quand il s’agissait de nuire. Elle contacta un homme qu’elle avait connu des années plus tôt, un petit escroc de banlieue qui vivait de combines minables et qui ne posait jamais de questions tant qu’on le payait. Elle lui promit une somme modeste — les dernières économies qu’elle possédait — en échange d’un service simple : s’introduire dans le gala et semer le chaos.Le plan était grossier mais efficace. L’homme devait se faire passer pour un serveur, circuler parmi les invités, et, à un signal donné, renverser les tables, briser les verres, hurler des insultes. Rien de sophistiqué. Juste assez de désordre pour que la soirée soit gâchée, pour que les photos soient désastreuses, pour que la réputation de la fondation en prenne un coup. Andréa avait même prévu d’appeler des j
Et puis elle avait dit quelque chose qui l’avait glacé.« Markis est quelqu’un de bien, n’est-ce pas ? »La question était simple. Presque naïve. Elle l’avait posée sans arrière-pensée, comme on demande si le ciel est bleu ou si l’eau mouille. Elle cherchait une confirmation, un témoignage, une pre
Et puis il l’avait vue.C’était un samedi après-midi, quelques semaines après la conversation au bar. Markis jouait un match amical dans un stade de la banlieue ouest. Il avait invité Serge, qui était venu par amitié, comme toujours, sans grand enthousiasme. Le football ne l’avait jamais passionné.
Serge n’était pas un homme de discours. Il n’avait jamais su manier les mots comme d’autres manient des armes, avec précision, avec élégance, avec cette capacité à blesser ou à guérir selon l’intention. Les mots, pour lui, étaient des outils maladroits, des blocs de pierre qu’il portait à bout de br
Il croisa Lylie une deuxième fois, lors d’un vernissage où il s’était fait inviter par un contact. Il l’aborda avec une décontraction étudiée, lui parla de la toile qu’elle regardait, fit semblant de ne pas savoir qui elle était. Elle avait rougi. Elle avait bafouillé. Elle avait détourné les yeux.







