Se connecterLydiaLa crypte est exactement comme je m'en souviens — sombre, humide, chargée d'une énergie ancienne qui vibre dans l'air et qui fait frissonner ma peau. Les torches que Roland a fait disposer le long des murs projettent des ombres dansantes sur les pierres, des ombres qui semblent vivantes, qui semblent nous observer, qui semblent attendre leur heure pour surgir des ténèbres et nous engloutir.Elias est déjà là, agenouillé sur le sol de pierre, occupé à tracer le cercle de runes avec une craie sacrée qu'il a préparée lui-même. Chaque trait est précis, chaque courbe est parfaite, chaque symbole est placé avec une minutie qui force l'admiration. Il ne dit rien, concentré sur sa tâche, et nous respectons son silence, conscients que la moindre erreur pourrait compromettre le rituel tout entier.Kaelan se tient à côté de moi, immobile, les mains croisées devant lui, le visage pâle et les yeux fixés sur l'autel de pierre noire qui trône au centre de
LydiaLe réveil est brutal, comme une plongée dans l'eau glacée. J'ouvre les yeux, et pendant un instant, je ne sais plus où je suis ni ce qui s'est passé. Puis je sens la chaleur du corps de Kaelan contre le mien, son bras qui entoure ma taille, son souffle régulier sur ma nuque, et tout me revient — la nuit dernière, le couloir sombre, le baiser, l'étreinte désespérée, les paroles d'amour murmurées dans l'obscurité.Je me tourne doucement vers lui, prenant soin de ne pas le réveiller, et je le regarde dormir. Son visage est détendu, apaisé, comme si le sommeil l'avait enfin libéré de ses tourments, et ses traits, dans la lumière grise de l'aube qui filtre à travers les rideaux, paraissent plus jeunes, plus vulnérables. Je pourrais rester ainsi pendant des heures, à l'observer, à m'imprégner de sa présence, à repousser le moment où il faudra affronter la réalité.Mais la réalité est là, inévitable, impitoyable. Le rituel doit avoir lieu ce soir,
LydiaLe manoir est silencieux, enveloppé dans cette obscurité profonde qui précède les heures les plus sombres de la nuit, et je marche dans les couloirs déserts comme un fantôme errant dans les limbes. Mes pas sont légers sur les dalles de pierre, étouffés par les tapis et les tentures, et ma respiration est lente, régulière, comme si mon corps s'était déjà résigné à ce qui va suivre et qu'il économisait ses forces pour l'épreuve à venir.Je ne peux pas dormir. Chaque fois que je ferme les yeux, je vois des images qui se bousculent dans mon esprit — le visage de Thomas, les yeux de Kaelan, le sourire cruel de la divinité aux yeux d'argent, les flammes qui dévoreront peut-être la crypte et nous avec. Le rituel doit avoir lieu demain soir, à la tombée de la nuit, et je sais que d'ici là, je ne trouverai pas le repos, je ne trouverai pas la paix, je ne trouverai que l'angoisse qui me ronge et l'attente qui me torture.Demain, tout peut s'effondrer
KaelanLes lettres commencent à arriver dès le lendemain matin, portées par des messagers pressés qui repartent sans demander leur reste. Des lettres de seigneurs voisins, de vassaux, de représentants du roi, des lettres qui posent des questions, qui demandent des explications, qui menacent de représailles si la vérité n'est pas révélée au plus vite. Des lettres qui parlent de rumeurs, de scandale, de secret honteux, de première épouse pas morte, de pacte avec des puissances surnaturelles.Je lis les lettres une à une, le visage de plus en plus sombre, les mains de plus en plus crispées, et je sens la colère monter en moi comme une marée, une colère qui se mêle à la peur et à l'impuissance. Quelqu'un a parlé. Quelqu'un a révélé les secrets que je protège depuis cinq ans, les secrets qui pourraient détruire ma famille et mon duché. Et je sais qui est ce quelqu'un, même si je ne peux pas le prouver.Damien. C'est forcément Damien. Il est le seul à
Damien La lettre de Cecilia est arrivée ce matin, portée par un messager pressé et couvert de boue, et je l'ai lue avec un mélange d'agacement et de satisfaction. Cette femme est une imbécile, une intrigante sans envergure qui se croit plus maligne qu'elle ne l'est et qui s'imagine que je vais voler à son secours par pure bonté d'âme. Mais son message m'apporte des informations précieuses, des informations qui confirment ce que mes espions m'avaient déjà rapporté : Lydia a retrouvé la mémoire, elle a la Pierre de Mémoire, et elle prépare avec son frère un rituel pour briser le pacte qui la lie encore à Kaelan. Le rituel doit avoir lieu à la pleine lune. Dans trois jours, si mes calculs sont exacts. Cela me laisse peu de temps pour agir, mais je n'ai jamais été un homme qui recule devant un défi. Au contraire, j'aime l'urgence, j'aime la pression, j'aime sentir que le destin se joue à chaque instant et que la moindre erreur peut tout fair
LydiaL'orage éclate en fin d'après-midi, alors que je suis dans le jardin, seule, à marcher dans les allées bordées de buis et à respirer l'air lourd chargé d'humidité. Les nuages se sont accumulés tout au long de la journée, des nuages noirs et menaçants qui obscurcissaient le ciel et annonçaient la tempête, et maintenant ils crèvent, libérant des trombes d'eau qui s'abattent sur le sol avec un bruit assourdissant. Je n'ai pas le temps de me mettre à l'abri en quelques secondes, je suis trempée jusqu'aux os, les cheveux collés au visage, la robe plaquée contre mon corps, et je reste là, immobile sous la pluie battante, comme si j'avais besoin de cette violence des éléments pour apaiser la violence qui gronde en moi.Le baiser de Kaelan me hante. Depuis cette nuit dans la chambre du grenier, je ne peux pas cesser d'y penser, je ne peux pas cesser de sentir ses lèvres sur les miennes, ses mains sur mes épaules, son corps contre le mien. Il n'avait pas le







