LOGINLydia Ashworth n'a jamais eu le choix. Fille d'un comte ruiné, elle est vendue au Duc Kaelan Voss, un stratège de guerre impitoyable surnommé « le Loup Solitaire ». Le contrat est clair : elle lui donne un héritier mâle, et en échange, il libère son frère emprisonné. Le piège se referme le jour où elle met au monde un garçon. Pour protéger l'enfant d'un pacte maléfique, Kaelan pose sa main sur le front de Lydia et efface sa mémoire. Elle devient une étrangère dans sa propre vie. Elle devient une servante. Pendant cinq ans, elle sert dans son propre manoir. Elle subit les humiliations de la nouvelle Duchesse, Cecilia, une femme cruelle qui la frappe, l'insulte, la prive de nourriture. Elle élève son propre fils, Thomas, sans savoir qu'il est le sien. Et chaque jour, Kaelan la regarde souffrir en silence, prisonnier de son propre mensonge. Jusqu'au jour où son frère, Elias, libéré de prison, lui rend la mémoire d'un simple baiser sur le front. La vérité la frappe comme un poignard. Mais Lydia ne pleure pas. Elle ne fuit pas. Elle se relève, essuie ses larmes, et décide de se venger.
View MoreEliasLa lande de Cinder, trois jours après la bataille, est un paysage que même moi — moi qui ai vu des siècles de guerres — je ne regarderai jamais sans que quelque chose en moi se voile.La pluie s'est arrêtée, mais elle a laissé derrière elle un monde de boue et de stagnation. Les cadavres jonchent la bruyère par centaines, raidis dans les positions où la mort les a pris, et les corbeaux sont venus de toute la province, des nuées de corbeaux dont les croassements forment une musique continue, obscène, qu'on entend à un mille de distance. Des charognards humains rôdent déjà entre les corps, des paysans des villages voisins qui dépouillent les morts de leurs boucles et de leurs bottes. Je les laisse faire. Les morts n'ont plus besoin de bottes, et les vivants ont faim. C'est l'ordre ancien des champs de bataille, et je n'ai jamais eu le pouvoir de changer l'ordre ancien des choses.Je cherche méthodiquement, comme j'ai appris à tout faire, en q
LydiaJe suis dans la salle du conseil quand le messager arrive, et je sais, avant même qu'il ouvre la bouche.On apprend à reconnaître ces choses-là. Le bruit des sabots dans la cour — un seul cheval, mené à mort, qui s'écroule presque sur les pavés. Les voix des gardes, tendues, mauvaises. Les pas dans l'escalier, précipités, sans la mesure qu'exige le protocole. Margaret, qui était en train de m'aider à trier la correspondance, lève les yeux vers la porte, et je vois dans son regard qu'elle sait, elle aussi.La porte s'ouvre sans qu'on ait frappé.C'est un garçon. Un enfant de seize ans à peine, un estafette des compagnies franches, et il est dans un état qui raconte tout : couvert de boue jusqu'à la poitrine, le visage strié de ces traces blanches que laissent les larmes sur la saleté, les mains tremblantes à peine capable de tenir sa casquette. Il s'incline — ou plutôt il chancelle — et il ne trouve pas ses mots, et dans le silence
KaelanLa retraite tourne au cauchemar, et c'est ma faute.Je devrais être à l'arrière de mes colonnes, à organiser, à compter, à anticiper. Un capitaine qui mène une retraite n'a pas le droit de penser — il n'a que le droit de calculer. Mais je ne calcule plus. Depuis que j'ai vu la bannière de Roland disparaître sous la marée noire, il n'y a plus de capitaine en moi. Il n'y a plus qu'un homme fou de douleur, un homme qui chevauche dans un brouillard rouge, et le brouillard pense à sa place.Je fais la pire erreur qu'un commandant puisse faire : je laisse l'arrière-garde improvisée se détacher du gros de la colonne. Au lieu de resserrer mes compagnies, de les guider de crête en crête, de tenir chaque position le temps que les autres passent, je laisse la colonne s'étirer, s'étirer, jusqu'à ressembler à une corde qu'on tire par les deux bouts et qui ne demande qu'à rompre.Ser Wystan galope jusqu'à moi, la barbe collée de pluie et de sang.— Mon Duc ! Nous devons tenir le gué ! Si nou
KaelanLe mot déchire ma gorge quand je le prononce, et je crois que je n'oublierai jamais le visage de mes capitaines en l'entendant.— La retraite. Sonnez la retraite. Tout le monde se replie sur la route du nord, en ordre, par compagnies. Les archers couvrent. Allez !Les cors sonnent — trois notes longues, lugubres, la plus triste musique qu'un homme de guerre puisse entendre. Et la machine de la retraite se met en marche, cette manœuvre la plus difficile et la plus meurtrière de toutes, car une armée qui recule est une armée qui montre son dos, et une armée qui montre son dos invite le couteau.Damien le voit aussitôt. De l'autre côté de la lande, ses cors répondent, aigus, triomphants, et ses lignes entières se jettent en avant comme des chiens qu'on découple. Ils sentent la victoire. Ils sentent le sang. Ils veulent nous exterminer dans la boue, ne faire ni quartier ni prisonniers, et je sais que si leur élan atteint mes colonnes en déroute, ce ne sera pas une défaite — ce sera


















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