LOGINLydiaLe silence qui suit est pire que tout. Pire que la voix de la divinité, pire que les cris de Kaelan, pire que le fracas de la lumière qui a explosé dans la crypte. C'est un silence de mort, un silence de tombeau, un silence qui s'abat sur nous comme un linceul et qui étouffe tout espoir, toute respiration, toute vie.Je me précipite vers l'autel, vers Kaelan, vers ce corps inerte étendu sur la pierre froide comme un gisant de cathédrale. Je tombe à genoux à côté de lui, je le prends dans mes bras, je le serre contre moi avec une force désespérée, et je hurle, je hurle comme je n'ai jamais hurlé de ma vie, un hurlement de douleur et de peur et de désespoir absolu.— Kaelan ! Réveille-toi ! Réveille-toi, je t'en supplie !Elias est à côté de moi, il examine les runes, il palpe le pouls de Kaelan, il écoute sa respiration. Son visage est grave, mais je vois dans ses yeux une lueur de soulagement qui contraste avec mon désespoir.
LydiaLa lumière est partout, aveuglante, dévorante, et je ne peux pas m'en protéger, je ne peux pas la repousser, je ne peux que la laisser me traverser comme une lame de feu et me consumer de l'intérieur. Je suis à genoux sur le sol de la crypte, les mains crispées sur la pierre, et je vois des images qui défilent devant mes yeux, des images qui ne m'appartiennent pas mais qui me frappent avec une violence insoutenable.Je vois la divinité.Elle est là, devant moi, immense et magnifique, d'une beauté qui n'a rien d'humain, une beauté qui blesse et qui terrifie. Sa peau est pâle comme la neige, ses cheveux sont noirs comme l'encre, et ses yeux, ses yeux sont d'argent liquide, des yeux qui brillent dans la pénombre comme deux lunes jumelles et qui me glacent le sang jusqu'au plus profond de mon être. Elle porte une robe noire qui semble absorber la lumière autour d'elle, et autour de son cou, un collier orné d'un symbole que je n'ai jamais vu — u
LydiaLa crypte est exactement comme je m'en souviens — sombre, humide, chargée d'une énergie ancienne qui vibre dans l'air et qui fait frissonner ma peau. Les torches que Roland a fait disposer le long des murs projettent des ombres dansantes sur les pierres, des ombres qui semblent vivantes, qui semblent nous observer, qui semblent attendre leur heure pour surgir des ténèbres et nous engloutir.Elias est déjà là, agenouillé sur le sol de pierre, occupé à tracer le cercle de runes avec une craie sacrée qu'il a préparée lui-même. Chaque trait est précis, chaque courbe est parfaite, chaque symbole est placé avec une minutie qui force l'admiration. Il ne dit rien, concentré sur sa tâche, et nous respectons son silence, conscients que la moindre erreur pourrait compromettre le rituel tout entier.Kaelan se tient à côté de moi, immobile, les mains croisées devant lui, le visage pâle et les yeux fixés sur l'autel de pierre noire qui trône au centre de
LydiaLe réveil est brutal, comme une plongée dans l'eau glacée. J'ouvre les yeux, et pendant un instant, je ne sais plus où je suis ni ce qui s'est passé. Puis je sens la chaleur du corps de Kaelan contre le mien, son bras qui entoure ma taille, son souffle régulier sur ma nuque, et tout me revient — la nuit dernière, le couloir sombre, le baiser, l'étreinte désespérée, les paroles d'amour murmurées dans l'obscurité.Je me tourne doucement vers lui, prenant soin de ne pas le réveiller, et je le regarde dormir. Son visage est détendu, apaisé, comme si le sommeil l'avait enfin libéré de ses tourments, et ses traits, dans la lumière grise de l'aube qui filtre à travers les rideaux, paraissent plus jeunes, plus vulnérables. Je pourrais rester ainsi pendant des heures, à l'observer, à m'imprégner de sa présence, à repousser le moment où il faudra affronter la réalité.Mais la réalité est là, inévitable, impitoyable. Le rituel doit avoir lieu ce soir,
LydiaLe manoir est silencieux, enveloppé dans cette obscurité profonde qui précède les heures les plus sombres de la nuit, et je marche dans les couloirs déserts comme un fantôme errant dans les limbes. Mes pas sont légers sur les dalles de pierre, étouffés par les tapis et les tentures, et ma respiration est lente, régulière, comme si mon corps s'était déjà résigné à ce qui va suivre et qu'il économisait ses forces pour l'épreuve à venir.Je ne peux pas dormir. Chaque fois que je ferme les yeux, je vois des images qui se bousculent dans mon esprit — le visage de Thomas, les yeux de Kaelan, le sourire cruel de la divinité aux yeux d'argent, les flammes qui dévoreront peut-être la crypte et nous avec. Le rituel doit avoir lieu demain soir, à la tombée de la nuit, et je sais que d'ici là, je ne trouverai pas le repos, je ne trouverai pas la paix, je ne trouverai que l'angoisse qui me ronge et l'attente qui me torture.Demain, tout peut s'effondrer
KaelanLes lettres commencent à arriver dès le lendemain matin, portées par des messagers pressés qui repartent sans demander leur reste. Des lettres de seigneurs voisins, de vassaux, de représentants du roi, des lettres qui posent des questions, qui demandent des explications, qui menacent de représailles si la vérité n'est pas révélée au plus vite. Des lettres qui parlent de rumeurs, de scandale, de secret honteux, de première épouse pas morte, de pacte avec des puissances surnaturelles.Je lis les lettres une à une, le visage de plus en plus sombre, les mains de plus en plus crispées, et je sens la colère monter en moi comme une marée, une colère qui se mêle à la peur et à l'impuissance. Quelqu'un a parlé. Quelqu'un a révélé les secrets que je protège depuis cinq ans, les secrets qui pourraient détruire ma famille et mon duché. Et je sais qui est ce quelqu'un, même si je ne peux pas le prouver.Damien. C'est forcément Damien. Il est le seul à







