LOGIN— Signe.
Marco se retourna.
Son père.
Il le regardait droit dans les yeux.
— Papa…
— J'ai dit : signe.
Marco secoua la tête.
— Je ne peux pas.
Son père regarda Bianca, puis ses parents, avant de revenir vers son fils.
— Si. Tu peux.
Marco serra le stylo.
— Mais mon empire…
Son père l'interrompit.
— Ton empire est déjà perdu.
Un murmure parcourut la salle.
Le vieil homme s'avança d'un pas.
— Regarde autour de toi.
Marco obéit.
Sa famille.
Les hommes de Dante.
Ses anciens alliés.
Tous attendaient.
— Tu ne négocies plus, Marco.
Sa voix se brisa légèrement.
— Tu essaies simplement de sauver ce qu'il reste de ta famille.
Marco baissa les yeux.
Son père continua :
— Tu pourras reconstruire un empire.
Il désigna les siens.
— Mais tu ne reconstruiras pas ta famille si tu continues.
Silence.
Puis, plus fermement :
— Signe avant qu'elle décide qu'il n'y a plus rien à négocier.
Marco regarda Ana.
Elle ne disait rien.
Elle n'avait même pas besoin de le faire.
Son père posa une dernière fois les yeux sur lui.
— Signe, mon fils.
Marco ferma les yeux.
Puis il appuya la pointe du stylo sur le papier.
La première signature apparut.
Un souffle collectif parcourut la salle.
Ana resta immobile.
Marco signa le deuxième document.
Puis le troisième.
À chaque signature, son empire disparaissait un peu plus.
Quand il posa enfin le stylo… son père ferma les yeux.
Parce qu'il savait qu'il venait de demander à son fils de choisir sa famille plutôt que son pouvoir.
Et, pour la première fois depuis le début de la soirée…
Marco avait fait le bon choix.
Il posa lentement le stylo.
Le silence resta suspendu dans la salle.
Dante regarda les chefs de famille présents.
Personne ne parlait.
Ana récupéra tranquillement les contrats signés.
Elle les feuilleta une dernière fois.
Puis elle leva les yeux vers Marco.
— Tu vois ?
Marco ne répondit pas.
Ana jeta un regard à sa sœur, puis elle revint à Marco.
— Quand je dis que je ne plaisante pas…
Elle marqua une pause.
Un léger sourire apparut sur ses lèvres.
— Je ne plaisante jamais.
Elle s'approcha de lui.
— Les blagues…
Son regard se posa sur lui.
— C'est pour les clowns.
Un silence glacial tomba sur la salle.
Dante eut un léger sourire.
Marco, lui, comprit enfin.
La « blague » qu'il avait faite devant toute la salle venait de lui coûter son mariage… et son empire.
Le silence resta suspendu dans la salle.
Dante regarda les chefs de famille présents.
Personne ne parlait.
Personne ne savait encore ce que le nouveau Don allait exiger d'eux.
Dante fit quelques pas vers le centre de la pièce.
— Je ne vais pas vous demander de me prêter serment ce soir.
Plusieurs chefs échangèrent des regards.
L'un d'eux murmura :
— Alors pourquoi nous laisser partir ?
Dante le regarda.
— Parce que je veux que votre choix soit fait en connaissance de cause.
Un silence.
— Vous avez travaillé pour Marco.
Il regarda l'ancien Don.
— Certains d'entre vous l'ont soutenu pendant des années.
Une femme hocha lentement la tête.
— C'est vrai.
Un autre chef ajouta :
— Et nous avons des accords avec lui.
Dante acquiesça.
— Justement.
Il regarda chacun d'eux.
— Prenez quelques heures.
Les réactions furent immédiates.
Un homme échangea un regard inquiet avec son frère.
Une autre femme sortit déjà son téléphone, probablement pour prévenir sa famille.
Un vieux chef resta parfaitement immobile, les bras croisés.
— Je ne trahirai pas Marco, déclara-t-il.
Plusieurs personnes se tournèrent vers lui.
Dante ne sembla pas offensé.
— C'est votre droit.
Le vieil homme soutint son regard.
Dante ajouta simplement :
— Mais vous devrez également accepter les conséquences de ce choix.
Le visage de l'homme se durcit.
À quelques mètres de là, deux jeunes chefs commencèrent déjà à murmurer entre eux.
— Il contrôle les routes.
— Et les entrepôts.
— Sans ces routes, notre commerce est terminé.
— Alors tu sais déjà ce que tu vas choisir.
Ils se turent lorsque Dante passa près d'eux.
Dante reprit :
— Rentrez chez vous.
Il regarda la salle.
— Parlez à vos familles. À vos hommes. À vos conseillers.
Il marqua une pause.
— Faites vos comptes.
Un chef demanda :
— Et si nous refusons de vous suivre ?
Dante le fixa.
— Alors vous resterez avec Marco.
Il se tourna vers les portes.
— Mais sachez une chose.
Tout le monde releva les yeux.
Dante s'arrêta.
— Dans les prochaines heures, vous devrez choisir.
Il regarda lentement chaque famille.
— Survivre… ou être éliminés.
Un frisson parcourut l'assemblée.
Une femme murmura :
— Il nous donne quelques heures…
Son mari lui répondit à voix basse :
— Non.
Il regarda Dante.
— Il nous donne quelques heures pour décider si nous voulons vivre.
Le vieux chef fidèle à Marco serra les mâchoires.
— Je ne plierai pas.
Mais même sa propre épouse lui lança un regard inquiet.
Plus loin, certains chefs commençaient déjà à quitter leurs places.
Pas pour partir.
Pour se rapprocher de leurs associés et discuter.
Les alliances se fissuraient sous leurs yeux.
Dante prit la main d'Ana.
— À vous de décider.
Les grandes portes s'ouvrirent.
Avant de sortir, Ana jeta un dernier regard à la salle.
Personne ne riait plus.
Personne ne parlait de mariage.
Personne ne pensait à Marco.
Tout le monde pensait à son propre avenir.
Dante et Ana quittèrent la salle.
Les portes se refermèrent derrière eux.
Et à peine eurent-elles claqué que les voix éclatèrent.
— Nous devons nous réunir.
— Appelle ton frère.
— Il faut savoir combien d'hommes Dante contrôle réellement.
— Et si nous choisissons Marco ?
Un silence.
Puis quelqu'un répondit :
— Alors assure-toi d'abord que Marco puisse encore nous protéger.
Personne ne répondit.
Parce que personne ne connaissait la réponse.
Quelques mois plus tard…Ava se tenait devant le miroir de leur chambre.Une main posée sur son ventre arrondi, elle souriait.Elle avait encore du mal à y croire.Elle était enceinte.De Dante.L'homme que tout le monde craignait.Le Don dont le simple nom suffisait à faire baisser les voix dans une pièce.L'homme capable de faire trembler des familles entières d'un simple regard.Et pourtant…— Tu devrais être assise.Ava se retourna.Dante venait d'entrer.Son costume sombre était impeccable, son expression aussi froide que d'habitude.Mais dès qu'il posa les yeux sur elle, quelque chose changea.Il s'approcha immédiatement.— Tu es restée debout trop longtemps.Ava sourit.— Dante, je suis enceinte. Pas mourante.— Je sais.Il posa doucement une main sur son ventre.— Mais tu portes mon enfant.Son ton était sérieux.Ava éclata de rire.— Et alors ?— Alors tu n'as plus le droit de prendre de risques inutiles.— Même monter les escaliers ?— Surtout monter les escaliers.Elle seco
Marco réussit à la faire venir dans le cabinet de son avocat, sous prétexte de régler des anomalies dans les transferts de propriétés.Il avait répété cette conversation des dizaines de fois dans sa tête.Il devait lui dire.Il devait la prévenir.Même si elle le détestait.Même si elle ne le croyait pas.Ava était en danger.Lorsqu'elle entra dans la pièce, Marco se leva.— Ava.Elle s'arrêta.— Qu'est-ce que tu veux ?Il la regarda quelques secondes.Puis il lâcha :— C'est Dante.Ava ne bougea pas.— Quoi, Dante ?Marco inspira.— C'est lui.— Lui quoi ?Sa voix tremblait légèrement.— L'attaque.Ava resta parfaitement immobile.— Dans notre première vie… je me souviens!Marco s'interrompit.Il venait de prononcer ces mots.Pour la première fois.Ava le regarda.Puis elle demanda calmement :— Tu t'en souviens ?Marco sentit son cœur s'arrêter.— Quoi ?— De notre première vie.Il la fixa.— Toi aussi ?Ava hocha doucement la tête.Marco recula d'un pas.— Depuis quand?— Trois moi
Les jours suivants, les rêves continuèrent.Toujours les mêmes fragments.Ava.Une petite fille.Bianca.Une attaque.Du sang.Mais Marco ne comprenait pas. Pourtant, ces images continuaient de le hanter le jour. Elles traversaient la frontière entre le réel et le rêve, au point de le faire douter.Un jour, il était dans son bureau quand une douleur violente traversa sa tête.Marco porta une main à sa tempe.Les souvenirs continuaient d'arriver.Pas comme un rêve.Comme des morceaux d'une vie entière.Il vit Ava enceinte.Il la vit tenir leur fille dans ses bras.Il se vit lui-même sourire.Puis il vit Bianca.Son infidélité.Les mensonges.Le garçon qu'il croyait être son fils.Puis cette nuit.L'attaque.Il se vit courir vers Bianca parce qu'elle criait qu'elle était coincée avec l'enfant.Il se vit abandonner Ava et leur fille derrière lui.Puis…Il se vit revenir.Trop tard.Sa fille était morte.Ava aussi.Marco porta une main à sa bouche.Un sanglot lui échappa.— Non…Puis le d
Ce soir-là, en rentrant chez lui, Marco alla dans son bureau et se servit un verre de whisky. Puis il retrouva le document qu'Ava lui avait envoyé, celui qui attestait sa grossesse — ou plutôt son interruption de grossesse. Il resta longtemps immobile devant le document.Il avait cessé de lire.Il connaissait déjà chaque mot.Il connaissait déjà la date.Quelques jours avant leur mariage.Quelques jours avant qu'il humilie Ava devant tout le monde.Elle avait été enceinte de lui.Et elle avait interrompu la grossesse.Son enfant.Son propre enfant.Il passa une main tremblante sur son visage.— Pourquoi ?La question lui échappa dans un souffle.Marco sentit quelque chose se briser en lui.Jusqu'à cet instant, il avait encore trouvé des excuses.Il avait voulu croire qu'Ava avait peut-être menti.Qu'elle avait peut-être changé d'avis.Qu'il existait encore quelque chose entre eux qu'il pouvait récupérer.Mais non.Elle avait pris sa décision.Et elle l'avait prise avant même qu'il ne
Deux mois plus tard.La nouvelle tomba complètement par hasard.Ava était enceinte.Marco l'apprit au détour d'une conversation, lorsqu'un de ses hommes mentionna qu'un médecin avait été appelé auprès d'elle après un malaise.— Ava est enceinte ?L'homme hésita.— Oui, DonMarco resta immobile.Son cœur se mit à battre violemment.Enceinte.Deux mois plus tôt, elle lui avait envoyé ce document.L'interruption de grossesse.Et si elle avait menti ?Cette pensée s'imposa immédiatement.Elle avait peut-être changé d'avis.Elle avait peut-être gardé l'enfant.Et si…Marco sentit son souffle se bloquer.— C'est mon enfant.Son homme releva les yeux.— Don ?Marco ne l'écoutait déjà plus.Tout s'imbriquait dans sa tête.La date du document.La grossesse.Le fait qu'Ava ne lui ait jamais envoyé de preuve de l'intervention.Il prit son téléphone. Puis se ravisa. Il devait la voir. La confronter.Il réussit à la retrouver alors qu’elle était en train de diner à un restaurant, avec des amis. Dè
Marco resta longtemps seul après le départ de Bianca.Puis il prit son téléphone.Il ouvrit la conversation avec Ava.Ses doigts restèrent quelques secondes au-dessus du clavier avant qu'il écrive :Marco : L’enfant de Bianca n’était pas le mien.Quelques secondes.La réponse arriva.Ava : Je sais.Marco fixa les deux mots.Pas de surprise.Pas de satisfaction.Comme si Ava avait toujours su comment cette histoire se terminerait.Marco venait à peine de poser son téléphone lorsqu'il reçut un nouveau message d'Ava.Un document était joint.Il l'ouvrit.Son regard parcourut les informations.Puis il se figea.Marco fixa le document.La date lui donna presque le vertige.Quelques jours avant le mariage.Puis un autre message de Ava apparut.Ava : Celui-là était vraiment de toi.Il tapa immédiatement.Marco : Tu étais enceinte de moi…Ava : Oui.Marco : Et tu as décidé de l'interrompre ?Ava : Oui.Marco resta quelques secondes sans répondre.Puis une autre pensée le frappa.Marco : Tu sa







