LOGINLa salle commençait à se vider.
Les familles quittaient les lieux par petits groupes, encore sous le choc.
Marco était toujours près de la table, une copie des documents signés devant lui.
Sa sœur s'approcha.
Elle prit une inspiration.
— Marco…
Il releva les yeux.
— Épouse-moi.
Marco la fixa, stupéfait.
— Quoi ?
— Nos familles doivent rester unies. Si nous nous marions, nous pouvons encore préserver nos alliances et reconstruire ensemble.
Marco eut un rire amer.
— Tu crois vraiment qu'un mariage va arranger ça ?
— Nous devons essayer. De toute façon, je porte ton enfant. Nous ne rendons que les choses officielles.
Elle posa une main sur son bras.
— Ton clan et le mien ont toujours eu des intérêts communs. Nous pouvons encore nous soutenir.
Marco allait répondre lorsqu'un téléphone sonna.
Le père d'Ava regarda son écran.
C'était son téléphone.
Il s'éloigna de quelques pas et répondit.
— Oui ?
Son visage changea.
La mère d'Ava remarqua immédiatement son expression.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Le père d'Ava leva une main pour lui demander d'attendre.
— Les comptes ?
Il écouta.
— Vous êtes certain ?
Un silence.
— Combien reste-t-il ?
Son visage devint livide.
— Compris.
Il raccrocha.
La mère d'Ava s'approcha.
— Qu'est-ce qui se passe ?
Il regarda sa femme.
Puis Ava, absente de la pièce avec Dante.
Enfin, il répondit :
— Ava a vidé les comptes de notre famille.
La sœur d'Ava pâlit.
— Tous ?
Son père hocha lentement la tête.
— Tous ceux auxquels elle avait accès.
Marco fronça les sourcils.
— Et vos réserves ?
Le père d'Ava secoua la tête.
— Presque tout a disparu.
Bianca regarda Marco
— Marco…
Mais avant qu'il puisse répondre, le téléphone du père d'Ava sonna de nouveau.
Il décrocha.
— Oui ?
Il écouta.
Son expression se décomposa.
— Les entrepôts ?
Un silence.
— Les entrepôts d'armes aussi ?
Il regarda sa femme.
— Depuis combien de temps ?
Il écouta encore.
Puis raccrocha lentement.
Marco comprit immédiatement que quelque chose venait de se produire.
— Qu'est-ce qu'ils ont pris ?
Le père d'Ava répondit :
— Les hommes de Dante ont pris nos entrepôts d'armes.
La sœur d'Ava porta une main à sa bouche.
— Notre famille n'a plus d'argent…
Son père acquiesça.
— Et presque plus d'armes.
Bianca regarda ses parents puis Marco.
— C'est justement pour ça que nous devons nous marier.
Marco la fixa.
Elle continua :
— Nos familles doivent s'unir.
Le père d'Ava eut un rire amer.
— Nous unir ?
Elle se tourna vers lui.
— Oui.
Il regarda les documents de Marco, puis les portes par lesquelles Ava et Dante étaient partis.
— Ma fille vient de prendre nos comptes.
Il marqua une pause.
— Les hommes de son mari viennent de prendre nos armes.
Il regarda la jeune femme.
— Et tu veux maintenant unir notre famille à celle de Marco par un mariage ?
Elle resta silencieuse.
Le père d'Ava secoua lentement la tête.
— Ava n'est plus en train de négocier avec nos familles.
Son regard se posa sur les portes.
— Elle est en train de les absorber.
Et personne dans la salle ne trouva quoi répondre.
Le père d'Ava regarda les portes par lesquelles sa fille était partie.
Il était encore sous le choc.
Puis son téléphone vibra.
Un message.
Il baissa les yeux.
Le nom d'Ava apparut sur l'écran.
Il ouvrit le message.
En passant… merci pour les cadeaux de mariage.
Il resta immobile.
Sa femme remarqua son expression.
— Qu'est-ce qu'elle dit ?
Il ne répondit pas.
— Qu'est-ce qu'Ava t'a envoyé ?
Lentement, il lui tendit son téléphone.
Elle lut le message.
Son visage se vida de ses couleurs.
Marco s'approcha.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Sa mère lui montra l'écran.
Marco lut.
Un silence glacial tomba dans la pièce.
Puis il comprit.
Les comptes.
Les entrepôts.
Les hommes.
Tout avait été préparé.
Et Ava venait de leur faire comprendre qu'elle considérait tout cela comme son cadeau de mariage.
La sœur d'Ava murmura :
— Elle avait tout prévu…
Le père d'Ava serra le téléphone dans sa main.
— Oui.
Il fixa l'écran une dernière fois.
— Et elle vient de nous remercier de lui avoir offert notre propre empire.
Le père d'Ava resta quelques secondes devant le message.
Puis, incapable de se retenir, il tapa :
Tu appelles ça un cadeau ?
La réponse arriva presque immédiatement.
Bien sûr.
Trois petits points apparurent.
Puis un second message.
Vous vouliez que je me marie pour servir votre famille.
Une pause.
Finalement, je me suis mariée pour construire la mienne.
Le père d'Ava serra la mâchoire.
Il répondit :
Tu nous as dépouillés.
Cette fois, Ava prit quelques secondes avant de répondre.
Non, papa. Cette fois-ci, j’ai joué selon mes propres règles.
Le père d'Ava resta figé.
À quelques mètres de lui, la mère d'Ava était toujours blessée et appuyée contre une chaise. Son père portait également les traces de l'affrontement, tandis que la sœur d'Ava, blessée elle aussi, avait du mal à rester debout.
Marco regarda sa belle-famille.
Puis l'écran.
Puis de nouveau les blessures de la sœur d'Ava.
Son visage se décomposa.
— Attendez…
Il s'approcha du père d'Ava.
— Elle a fait tout ça… alors que vous étiez encore ici ?
Le père d'Ava ne répondit pas.
Marco regarda sa sœur blessée.
Elle détourna les yeux.
Quelque chose se brisa dans son expression.
— Elle savait…
Il recula d'un pas.
— Elle savait qu'ils seraient blessés.
Sa respiration devint plus lourde.
— Elle savait que ses propres parents seraient là.
Il regarda la porte par laquelle Ava était partie.
— Et elle est quand même partie avec Dante.
Personne ne répondit.
Marco passa une main tremblante sur son visage.
— Non…
Il secoua la tête.
Il regarda les comptes, les documents, puis les appels reçus par le père d'Ava.
— Elle contrôlait tout.
Sa voix monta.
— Les comptes. Les entrepôts. Les hommes.
Il désigna sa sœur blessée.
— Même ça.
Sa sœur le regarda avec colère.
— Ne parle pas comme si tu étais désolé maintenant.
Marco se figea.
Elle continua :
— C'est toi qui as déclenché tout ça.
Le coup porta.
Marco baissa les yeux.
Il revit Ava dans sa robe de mariée.
Son sourire.
Ses applaudissements.
Et soudain, il comprit pourquoi elle avait ri.
Pourquoi elle n'avait pas pleuré.
Pourquoi elle avait simplement dit :
Très bon choix.
Il inspira brutalement.
— Elle savait…
Sa voix se brisa.
— Elle savait exactement ce que je faisais.
Le téléphone vibra encore.
Un dernier message d'Ava apparut.
Et merci encore. J'ai toujours aimé les cadeaux utiles.
Marco fixa l'écran.
Ses yeux se remplirent de rage, de honte et d'incrédulité.
Il serra les poings.
— Elle m'a laissé croire que je l'humiliais…
Il regarda sa famille blessée.
— Alors qu'en réalité…
Il avala difficilement.
— Elle était déjà en train de nous enterrer.
Le père d'Ava ferma les yeux.
Et pour la première fois, Marco ne regarda plus Ava comme la femme qu'il avait humiliée souvent. Faible. Trop bonne.
Il la regarda comme ce qu'elle était devenue.
Une ennemie qu'il n'avait même pas vu arriver.
Quelques mois plus tard…Ava se tenait devant le miroir de leur chambre.Une main posée sur son ventre arrondi, elle souriait.Elle avait encore du mal à y croire.Elle était enceinte.De Dante.L'homme que tout le monde craignait.Le Don dont le simple nom suffisait à faire baisser les voix dans une pièce.L'homme capable de faire trembler des familles entières d'un simple regard.Et pourtant…— Tu devrais être assise.Ava se retourna.Dante venait d'entrer.Son costume sombre était impeccable, son expression aussi froide que d'habitude.Mais dès qu'il posa les yeux sur elle, quelque chose changea.Il s'approcha immédiatement.— Tu es restée debout trop longtemps.Ava sourit.— Dante, je suis enceinte. Pas mourante.— Je sais.Il posa doucement une main sur son ventre.— Mais tu portes mon enfant.Son ton était sérieux.Ava éclata de rire.— Et alors ?— Alors tu n'as plus le droit de prendre de risques inutiles.— Même monter les escaliers ?— Surtout monter les escaliers.Elle seco
Marco réussit à la faire venir dans le cabinet de son avocat, sous prétexte de régler des anomalies dans les transferts de propriétés.Il avait répété cette conversation des dizaines de fois dans sa tête.Il devait lui dire.Il devait la prévenir.Même si elle le détestait.Même si elle ne le croyait pas.Ava était en danger.Lorsqu'elle entra dans la pièce, Marco se leva.— Ava.Elle s'arrêta.— Qu'est-ce que tu veux ?Il la regarda quelques secondes.Puis il lâcha :— C'est Dante.Ava ne bougea pas.— Quoi, Dante ?Marco inspira.— C'est lui.— Lui quoi ?Sa voix tremblait légèrement.— L'attaque.Ava resta parfaitement immobile.— Dans notre première vie… je me souviens!Marco s'interrompit.Il venait de prononcer ces mots.Pour la première fois.Ava le regarda.Puis elle demanda calmement :— Tu t'en souviens ?Marco sentit son cœur s'arrêter.— Quoi ?— De notre première vie.Il la fixa.— Toi aussi ?Ava hocha doucement la tête.Marco recula d'un pas.— Depuis quand?— Trois moi
Les jours suivants, les rêves continuèrent.Toujours les mêmes fragments.Ava.Une petite fille.Bianca.Une attaque.Du sang.Mais Marco ne comprenait pas. Pourtant, ces images continuaient de le hanter le jour. Elles traversaient la frontière entre le réel et le rêve, au point de le faire douter.Un jour, il était dans son bureau quand une douleur violente traversa sa tête.Marco porta une main à sa tempe.Les souvenirs continuaient d'arriver.Pas comme un rêve.Comme des morceaux d'une vie entière.Il vit Ava enceinte.Il la vit tenir leur fille dans ses bras.Il se vit lui-même sourire.Puis il vit Bianca.Son infidélité.Les mensonges.Le garçon qu'il croyait être son fils.Puis cette nuit.L'attaque.Il se vit courir vers Bianca parce qu'elle criait qu'elle était coincée avec l'enfant.Il se vit abandonner Ava et leur fille derrière lui.Puis…Il se vit revenir.Trop tard.Sa fille était morte.Ava aussi.Marco porta une main à sa bouche.Un sanglot lui échappa.— Non…Puis le d
Ce soir-là, en rentrant chez lui, Marco alla dans son bureau et se servit un verre de whisky. Puis il retrouva le document qu'Ava lui avait envoyé, celui qui attestait sa grossesse — ou plutôt son interruption de grossesse. Il resta longtemps immobile devant le document.Il avait cessé de lire.Il connaissait déjà chaque mot.Il connaissait déjà la date.Quelques jours avant leur mariage.Quelques jours avant qu'il humilie Ava devant tout le monde.Elle avait été enceinte de lui.Et elle avait interrompu la grossesse.Son enfant.Son propre enfant.Il passa une main tremblante sur son visage.— Pourquoi ?La question lui échappa dans un souffle.Marco sentit quelque chose se briser en lui.Jusqu'à cet instant, il avait encore trouvé des excuses.Il avait voulu croire qu'Ava avait peut-être menti.Qu'elle avait peut-être changé d'avis.Qu'il existait encore quelque chose entre eux qu'il pouvait récupérer.Mais non.Elle avait pris sa décision.Et elle l'avait prise avant même qu'il ne
Deux mois plus tard.La nouvelle tomba complètement par hasard.Ava était enceinte.Marco l'apprit au détour d'une conversation, lorsqu'un de ses hommes mentionna qu'un médecin avait été appelé auprès d'elle après un malaise.— Ava est enceinte ?L'homme hésita.— Oui, DonMarco resta immobile.Son cœur se mit à battre violemment.Enceinte.Deux mois plus tôt, elle lui avait envoyé ce document.L'interruption de grossesse.Et si elle avait menti ?Cette pensée s'imposa immédiatement.Elle avait peut-être changé d'avis.Elle avait peut-être gardé l'enfant.Et si…Marco sentit son souffle se bloquer.— C'est mon enfant.Son homme releva les yeux.— Don ?Marco ne l'écoutait déjà plus.Tout s'imbriquait dans sa tête.La date du document.La grossesse.Le fait qu'Ava ne lui ait jamais envoyé de preuve de l'intervention.Il prit son téléphone. Puis se ravisa. Il devait la voir. La confronter.Il réussit à la retrouver alors qu’elle était en train de diner à un restaurant, avec des amis. Dè
Marco resta longtemps seul après le départ de Bianca.Puis il prit son téléphone.Il ouvrit la conversation avec Ava.Ses doigts restèrent quelques secondes au-dessus du clavier avant qu'il écrive :Marco : L’enfant de Bianca n’était pas le mien.Quelques secondes.La réponse arriva.Ava : Je sais.Marco fixa les deux mots.Pas de surprise.Pas de satisfaction.Comme si Ava avait toujours su comment cette histoire se terminerait.Marco venait à peine de poser son téléphone lorsqu'il reçut un nouveau message d'Ava.Un document était joint.Il l'ouvrit.Son regard parcourut les informations.Puis il se figea.Marco fixa le document.La date lui donna presque le vertige.Quelques jours avant le mariage.Puis un autre message de Ava apparut.Ava : Celui-là était vraiment de toi.Il tapa immédiatement.Marco : Tu étais enceinte de moi…Ava : Oui.Marco : Et tu as décidé de l'interrompre ?Ava : Oui.Marco resta quelques secondes sans répondre.Puis une autre pensée le frappa.Marco : Tu sa







