LOGINQuand Michaël eut terminé son récit, le silence retomba dans la petite maison. La pluie avait cessé, les derniers grondements de l’orage s’éloignaient vers le large. Seule la bougie continuait de crépiter doucement sur la table basse, jetant des ombres mouvantes sur les murs.Il avait tout dit. Tout ce qu’il avait caché pendant des mois, tout ce qu’il n’avait jamais osé avouer à personne. Même dans son livre, il n’avait pas été aussi loin. Le livre était une version édulcorée, une histoire arrangée pour être lisible. Là, il s’était mis à nu, complètement, sans fard, sans pudeur. Il avait montré ses plaies les plus intimes, ses faiblesses les plus honteuses, ses souvenirs les plus douloureux.Et maintenant, il attendait. Le jugement. La condamnation. Le rejet.Nadia se leva lentement. Elle contourna la table, s’approcha de lui. Il n’osait pas la regarder, n’osait pas croiser ses yeux. Il fixait le sol, les mains crispées sur ses genoux, le cœur battant.Elle s’agenouilla devant lui. El
Ce fut un soir de pluie que Michaël se mit à nu.Ils étaient chez Nadia, dans sa petite maison près de la mer. Dehors, l’orage grondait, les éclairs zébraient le ciel, la pluie tambourinait contre les tôles du toit. À l’intérieur, tout était calme, douillet, protégé. Une bougie brûlait sur la table basse, jetant des ombres dansantes sur les murs. Nadia avait préparé du thé, un thé à la menthe qui fumait doucement dans leurs tasses.Ils avaient parlé de choses légères, comme d’habitude. De son travail à elle, de ses élèves difficiles, de ses projets de vacances. De son travail à lui, de ses articles, de ses clients exigeants. Puis, peu à peu, la conversation avait dérivé vers des sujets plus personnels.— Pourquoi tu ne m’as jamais posé de questions sur mon passé ? demanda soudain Michaël.Nadia but une gorgée de thé, reposa sa tasse.— Parce que ce n’était pas à moi de les poser. C’était à toi de décider quand tu serais prêt à en parler.— Et si je n’étais jamais prêt ?— Alors je n’a
— Alors pourquoi tu restes ? Pourquoi tu ne cherches pas quelqu’un de plus simple, de moins compliqué ?Nadia sourit, regarda la mer un long moment avant de répondre.— Parce que je ne cherche pas quelqu’un de simple. Je cherche quelqu’un de vrai. Et toi, Michaël, tu es vrai. Tu ne triches pas, tu ne fais pas semblant. Tu es blessé, tu es méfiant, tu es parfois insupportable. Mais tu es vrai. Et ça, c’est plus précieux que tout.Michaël ne répondit pas. Il regardait les vagues, les enfants qui jouaient, les mouettes qui criaient. Les mots de Nadia faisaient leur chemin en lui, lentement, comme une eau qui s’infiltre dans une terre trop sèche.— Tu sais, reprit-elle, j’ai lu ton livre. Je sais ce que tu as vécu. Pas dans les détails, peut-être, mais l’essentiel. Je sais que tu as aimé une femme, qu’elle t’a trahi, que tu as souffert. Je sais que tu as touché le fond, que tu as failli y rester, que tu t’es relevé. Tout ça, c’est écrit dans ton livre. Et c’est pour ça que je suis patient
Il pensa à tous ces lecteurs qui lui écrivaient, qui lui racontaient leurs histoires, leurs chutes, leurs rédemptions. Certains s’en étaient sortis, d’autres non. Mais ceux qui s’en étaient sortis avaient tous fait le même choix : celui de ne pas renoncer. Celui de continuer à croire en l’amour, malgré tout.Alors pourquoi pas lui ?Il avait peur. Peur de retomber. Peur de souffrir. Mais cette peur, il le savait maintenant, n’était pas une fatalité. C’était un obstacle, un mur qu’il devait franchir s’il voulait vraiment guérir.Il prit son téléphone, composa le numéro de Nadia. Il hésita une seconde, le pouce au-dessus du bouton d’appel. Puis il inspira profondément, et il appuya.La sonnerie retentit. Une fois. Deux fois. Trois fois. Il allait raccrocher quand une voix répondit.— Allô ?— Bonsoir, Nadia. C’est Michaël. On s’est rencontrés à la librairie, il y a quelques semaines.— Je me souviens.— Je me demandais... Est-ce que vous seriez libre pour prendre un café, un de ces jour
La carte de Nadia resta trois semaines dans le tiroir de sa table de chevet.Chaque matin, en prenant son téléphone pour vérifier ses messages, Michaël ouvrait le tiroir, regardait le petit carton blanc, le retournait entre ses doigts. Nadia Mensah, professeur de français au lycée technique d’Ouidah. Un numéro de téléphone. Une adresse email. Une invitation muette, discrète, qui ne lui faisait aucun reproche mais qui semblait l’attendre patiemment.Il ne l’appelait pas.Il y pensait souvent. Le soir, après ses journées de travail, quand le silence retombait sur sa chambre. Le dimanche, quand il marchait sur la plage et que le vent lui fouettait le visage. Il pensait à son sourire, à sa voix calme, à ses mots qui l’avaient touché sans le brusquer. Il pensait à la façon dont elle l’avait regardé, sans convoitise, sans calcul, avec une simplicité désarmante.Mais il ne l’appelait pas.Il avait peur. Peur de retomber. Peur de souffrir.Ce n’était pas une peur vague, une appréhension légèr
Michaël ne sut pas quoi répondre. Il avait l’habitude des compliments maintenant, mais ils le mettaient toujours mal à l’aise. Surtout quand ils venaient d’une femme. Surtout quand cette femme le regardait avec des yeux aussi francs, aussi directs.— Vous voulez que je vous le dédicace ? proposa-t-il, par réflexe.— Non. Je ne l’ai pas sur moi. Je l’ai prêté à une amie. Je voulais juste vous dire merci. Et peut-être vous poser une question.— Laquelle ?— Après tout ce que vous avez vécu, est-ce que vous croyez encore à l’amour ?La question le prit de court. C’était la même que lui posaient souvent les journalistes, mais dans sa bouche à elle, elle prenait une résonance différente. Plus personnelle. Plus intime.— Je ne sais pas, dit-il honnêtement. J’y crois, je crois. Mais je ne sais pas si je suis encore capable d’aimer. Ou d’être aimé.— Pourquoi vous dites ça ?— Parce que j’ai fait trop de mal. Parce que j’ai été trop naïf. Parce que je ne me fais plus confiance.Nadia le regar







