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Chapitre 3

last update Fecha de publicación: 2026-09-05 02:31:38

Je reste immobile. Le contrat est toujours entre mes mains. L’enveloppe repose devant moi.

Je la fixe sans parvenir à bouger. Aucun nom. Aucune adresse de retour.

Rien qui puisse me permettre de retrouver cet homme si je change d’avis. Seulement un numéro de téléphone griffonné au bas du contrat.

Un numéro. Et une échéance. Demain soir.

— Qui c’était ?

La voix de Dolores me fait sursauter. Je relève la tête.

Elle s’approche lentement, les sourcils froncés. Son regard passe de mon visage à l’enveloppe.

Je sens qu’elle comprend que quelque chose vient de se produire.

Quelque chose de grave.

Quelque chose que je ne lui dis pas.

Et, pour la première fois de la soirée, je réalise à quel point je suis seule avec cette décision.

— Je ne sais pas.

Ma réponse tombe dans un souffle. Et c’est vrai.

Je ne sais rien de cet homme.

Je ne connais pas son nom.

Je ne connais pas son âge exact.

Je ne connais pas son métier.

Je ne sais pas où il vit.

Je ne sais même pas pourquoi il m’a choisie.

Mais lui connaît tout de moi.

Marcus.

Sa maladie.

Notre situation financière.

Mes dettes.

Ma détresse.

Il sait exactement ce dont j’ai besoin.

Et il vient de me proposer exactement la somme capable de sauver mon frère.

Je ferme les yeux. Une phrase de Marcus me revient.

« Ne t’inquiète pas pour moi, Elena. Tu as déjà assez donné. »

Il me l’a dit hier. Avec ce petit sourire qui me brise encore le cœur.

Comme s’il avait déjà accepté sa mort.

Comme s’il était prêt à disparaître pour que je puisse enfin vivre ma vie.

Mais c’est impossible.

Je ne peux pas le laisser faire.

Je ne peux pas rester assise à attendre que son corps abandonne.

C’est moi qui vais donner. Encore. Toujours.

Je glisse lentement le contrat dans mon sac. Il rejoint les factures de l’hôpital. Deux morceaux de papier qui représentent désormais deux futurs possibles.

D’un côté, les factures.

De l’autre, cinq cent mille dollars.

Et entre les deux, ma propre vie.

Demain soir.

J’ai jusqu’à demain soir pour décider si je suis prête à vendre neuf mois de ma vie pour sauver celle de mon frère.

Je baisse les yeux vers mon sac. Au fond de moi, pourtant, je connais déjà la réponse.

Quand je suis rentré chez nous, il était trois heures du matin. L’appartement est plongé dans le silence.

Je referme doucement la porte pour ne pas réveiller Marcus. Une faible lumière provenant de la rue traverse les rideaux. Elle découpe le salon en ombres pâles.

Puis je le vois.

Marcus dort sur le canapé-lit. Je reste immobile quelques secondes. Il a encore maigri. Ses joues sont creusées. Sa peau semble presque translucide sous la lumière faible. Son visage paraît beaucoup trop jeune pour porter autant de souffrance.

Une douleur sourde me serre la poitrine.

Je m’approche de lui avec précaution, comme si le moindre mouvement pouvait le briser. Je m’agenouille près du canapé. Sa peau est brûlante.

Je pose doucement ma main sur son front. Une mèche de cheveux colle à sa peau humide. Je l’écarte délicatement. Mes yeux se remplissent de larmes.

Je les retiens. Pas maintenant. Je ne dois pas pleurer. Pas devant lui.

— Je vais te sauver, murmuré-je.

Ma voix tremble. Je baisse la tête.

— Peu importe le prix.

Ses paupières bougent. Je me fige.

Il ouvre lentement les yeux. Pendant une seconde, son regard semble perdu. Puis il me reconnaît. Un faible sourire apparaît sur ses lèvres.

— Tu es rentrée…

Je hoche la tête.

— Comment s’est passée ta soirée ?

Je force un sourire.

— Comme d’habitude.

Je caresse doucement ses cheveux.

— Rendors-toi.

Il ferme presque les yeux. Puis il les rouvre.

— Elena…

Quelque chose dans sa voix me fait peur.

— Si jamais il m’arrivait quelque chose…

— Chut.

Je pose immédiatement un doigt sur ses lèvres.

— Il ne t’arrivera rien.

Il me regarde. Je soutiens son regard. Je mens. Et il le sait. Parce que nous savons tous les deux la vérité.

Sans ce traitement, Marcus mourra. Cette pensée me transperce. Mais une autre pensée s’impose aussitôt. L’inconnu le sait aussi.

Je me redresse lentement. Marcus finit par refermer les yeux.

Je m’installe dans le fauteuil en face de lui. Mon sac repose à mes pieds. Je l’ouvre. Je sors le contrat.

Le papier semble plus lourd que tout à l’heure. Je commence à lire.

Une clause.

Puis une autre.

Puis une autre.

Mes yeux s’arrêtent sur une phrase.

« La mère porteuse s’engage à résider au domicile du contractant pendant toute la durée de la grossesse… »

Je continue.

« Aucun contact avec l’extérieur sans autorisation préalable… »

Mon cœur ralentit. Je lis la ligne suivante.

« Suivi médical strict et exclusif… »

Je reste immobile. Plus je lis, plus quelque chose se serre dans mon ventre.

Ce n’est plus simplement un contrat. Cela ressemble à une prison.

Une prison luxueuse.

Une prison avec cinq cent mille dollars à la clé.

Une cage dorée.

Je tourne encore une page.

D’autres clauses.

D’autres obligations.

D’autres restrictions.

Et toujours cette même impression.

Je ne suis pas en train de vendre neuf mois de ma vie. Je suis peut-être en train de remettre ma liberté entre les mains d’un inconnu.

Je relève les yeux vers Marcus. Il dort. Son souffle est faible, mais régulier.

Je le regarde longtemps. Puis mes yeux reviennent sur le contrat. Cinq cent mille dollars. Marcus pourrait survivre. Il pourrait recevoir son traitement. Il pourrait reprendre du poids.

Rire.

Sortir de cet appartement.

Vivre.

Je serre les lèvres. La peur est toujours là. Elle hurle en moi. Mais l’amour est plus fort.

Je prends le stylo posé sur la table. Je ne signe pas encore. Pas cette nuit. Mais ma décision est prise.

Demain, j’appellerai ce numéro.

Demain, je rencontrerai de nouveau cet homme.

Demain, je signerai ce contrat.

Et demain, sans encore savoir ce qui m’attend derrière cette porte, j’entrerai dans sa cage dorée. Une cage dont je ne suis pas certaine de pouvoir ressortir.

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