MasukChapitre 54
Léandre
Elle est partie avec Raphaël, et je n'ai pas levé le petit doigt pour la retenir, je n'ai pas prononcé un seul mot, je n'ai pas esquissé le moindre geste, je suis resté planté dans le hall, les bras ballants, le regard fixé sur la porte qu'elle venait de franchir, et cette immobilité, cette paralysie qui m'a saisi au moment où elle a glissé sa main dans cell
Chapitre 85NaéliaLes réunions s'enchaînent, les dossiers s'empilent, les noms se mêlent dans ma tête. Je ne connaissais rien de ce monde, rien des affaires Duroc, rien des alliances, des dettes, des menaces. Et pourtant, à chaque page que je tourne, à chaque signature que je déchiffre, une certitude grandit en moi : j'aurais dû connaître tout cela. J'aurais dû grandir ici, apprendre ces codes, porter ce nom. Mon père biologique était un monstre, oui, mais son empire m'appartient.Léandre m'accompagne, silencieux, vigilant. Il ne parle pas pendant les réunions, il observe, il note, il me laisse prendre la parole. Parfois, je surprends son regard posé sur moi, et je vois qu'il est partagé entre l'admiration et l'inquiétude. Mais il ne dit rien. Il respecte ma décision.&mdash
Chapitre 84LéandreElle a exigé une part des affaires Duroc. Pas demandé. Pas suggéré. Exigé. Debout dans mon bureau, les bras croisés, le regard planté dans le mien, elle a prononcé ces mots avec une calme assurance qui m'a cloué sur place. Ma femme, car c'est ainsi que je la considère déjà, est en train de devenir une stratège, et je ne l'en désire que davantage.— Je veux une part des affaires Duroc, a-t-elle dit. Je veux les contrôler de l'intérieur.Je me suis appuyé contre le bureau, croisant les bras à mon tour, pour masquer le trouble qui montait en moi.— Pourquoi ?— Pour comprendre. Pour remonter les fils. Valère n'a pas agi seul. Élara a disparu avec la page manquante. Si je ne m'empar
Chapitre 83NaéliaLe gymnase sent le caoutchouc, la sueur, la poussière. Je n'y avais jamais mis les pieds, mais c'est ici que je viens désormais chaque matin, avant que la petite ne se réveille. Mon instructeur s'appelle Sylvain, un ancien boxeur qui ne sourit jamais. Il m'a dit la première fois que je serais un poids mort. Il avait raison. Mais je suis en train de changer.— Encore. Plus fort.Je frappe le sac, les poings bandés. La douleur remonte le long de mes avant-bras, se loge dans mes épaules. Je serre les dents. Je frappe encore.— Tes jambes ! hurle-t-il. Si tu restes plantée comme une fleur, tu es morte. Tu entends ? Morte.Je pivote, je lance un coup de pied, maladroite. Il secoue la tête.— Recommence.Je recommence. Mon cor
Chapitre 82LéandreElle s'éloigne encore, mais cette fois, c'est différent. Je le sens dans la façon dont elle quitte la maison le matin, sans un regard en arrière, sans ce tremblement qu'elle avait autrefois, sans cette hésitation de bête traquée. Elle ne fuit plus. Elle se construit. Et moi, je la regarde faire, impuissant, fier et terrifié, comme un homme qui assiste à une naissance dont il ne connaît pas l'issue.Les jours passent, et je la vois se transformer sous mes yeux. Elle rentre épuisée, les vêtements trempés de sueur ou de pluie, le regard plus sombre, plus affûté. Elle ne me dit pas où elle va, ni ce qu'elle fait, mais je devine. Elle apprend à se battre, à se défendre, à ne plus jamais tendre la gorge sans lutter. Parfois, je surprends des bleus sur ses avan
Chapitre 81NaéliaLa petite dort dans son berceau, ses doigts minuscules repliés sur la couverture. Je m'approche, j'effleure sa joue du bout des doigts, et je sens mon cœur se serrer si fort que j'en ai le souffle coupé. Elle est là, vivante, sauvée. Mais l'image de Valère, de ses yeux froids, de ses mains sur moi, me revient comme une lame. Et si ça recommençait ? Si quelqu'un d'autre venait la chercher ? Si je n'étais pas là pour la protéger ?Je recule, je m'assois sur le bord du lit, les jambes tremblantes. La peur est toujours là, sourde, collée à ma peau. Léandre entre sans bruit, son ombre s'étire sur le mur.— Tu devrais dormir, dit-il doucement. Tu es épuisée.— Je ne peux pas. Chaque fois que je ferme les yeux, je revois la fe
Chapitre 80NaéliaJe suis assise sur le sol de la bibliothèque, entourée de papiers, le cœur battant à tout rompre. La petite dort enfin, épuisée, dans la chambre que Léandre a fait préparer à l'étage. Il fait nuit, une nuit lourde, silencieuse, seulement troublée par le bruit du vent contre les vitres.Le dossier est là, ouvert sur mes genoux. Complet. Toutes les pièces que je n'avais jamais vues, les rapports, les correspondances, les relevés. Et cette lettre, posthume, signée d'Armand Duroc, mon père biologique. Je l'ai lue deux fois, trois fois, dix fois. Les mots dansent devant mes yeux, mais le sens s'impose, implacable.— Naélia ?La voix de Léandre me parvient de l'embrasure de la porte. Il ne s'approche pas tout de suite, comme s'il c







