LOGIN« Comment s'appelle-t-il ? »« Il dit s'appeler Nathan. »Ma main s'est immobilisée.« Fais-le monter. »Quelques minutes plus tard, Nathan est apparu à la porte de mon bureau.Il n'avait plus rien du brillant diplômé en droit, si sûr de lui.Il portait un vieux T-shirt délavé. Ses cheveux étaient en bataille, son regard éteint et sa barbe mal entretenue.Ses lunettes à fine monture dorée avaient disparu. Une légère marque subsistait sur l'arête de son nez.Il avait beaucoup maigri. Il semblait abattu, comme si la vie avait fini par éroder toute son assurance.« Clara. »Sa voix était rauque.J'ai désigné le canapé en face de moi.« Assieds-toi. »Il s'est assis avec raideur, les mains sur les genoux, comme un accusé attendant son verdict.Un long silence s'est installé entre nous.C'est finalement lui qui l'a brisé.« Je… Je ne trouve pas de travail », a-t-il dit.« Après le procès, tout le milieu juridique a entendu parler de moi. Aucun cabinet ne veut m'embaucher. J
Ce soir-là, j'ai invité à dîner tous les partenaires qui m'ont aidée à faire jouer leurs contacts et à obtenir les autorisations nécessaires.Le dîner se tenait au restaurant panoramique tournant, au dernier étage de l'hôtel.À cet endroit, je comptais autrefois aménager une terrasse où les locataires pourraient organiser des fêtes.Désormais, seuls les clients qui dépensaient le plus y avaient accès.L'hôtel a ouvert ses portes.Grâce au procès qui faisait le tour des réseaux, il a immédiatement fait parler de lui.Beaucoup de clients venaient par curiosité.Ils voulaient découvrir l'hôtel de cette « propriétaire sans scrupules » qui mettait plus de cent jeunes diplômés « à la rue ».Et ils repartaient ravis.Les équipements étaient neufs, le service irréprochable et la cuisine excellente.À 80 euros la nuit, en plein centre-ville, le rapport qualité-prix était très intéressant.Le taux d'occupation a rapidement dépassé les 90 %.Le week-end, il devenait même difficile de
« Le temps que ton appel aboutisse, on sera tous morts de faim dans la rue ! »J'ai observé cette farce d'un regard froid.Puis j'ai regagné le bâtiment administratif sans leur accorder un regard de plus.L'assistant m'a suivie et m'a demandé à voix basse :« Mme Dumont, vous voulez vraiment faire évacuer les lieux à 18 heures ? Ils sont nombreux. Si jamais ça dégénère… »« Oui. »Un seul mot.« Si les agents ne sont pas assez nombreux, doublez les effectifs. Prévenez le commissariat du quartier et filmez toute l'opération. Si quelqu'un refuse de partir ou dégrade les biens de l'hôtel, appelez immédiatement la police. »« Oui, je m'en occupe tout de suite. »Je suis retournée dans mon bureau.La pièce, entièrement rénovée, était désormais le bureau de la directrice de l'hôtel.Assise derrière mon grand bureau, je regardais par la fenêtre. Ces jeunes visages qui me réchauffaient autrefois le cœur étaient maintenant déformés par la colère, la peur et le désarroi.À 17 h 30.
« Clara ! Tu fais ça pour te venger ! C'est une expulsion déguisée ! Je vais te poursuivre ! On peut demander l'exécution forcée des baux pour t'obliger à les respecter ! »Mon nouvel avocat s'est avancé et s'est placé devant moi.Il a sorti un document et l'a présenté à Nathan.« M. Delacroix, lisez bien ceci. C'est le jugement du tribunal. Il établit que les clauses essentielles des anciens baux sont contraires à des dispositions impératives et que leur nullité empêche les contrats de remplir leur objet. Les baux sont donc nuls depuis la prise d'effet du jugement. »« Autrement dit, c'est le tribunal lui-même qui a mis fin à la relation locative entre vous et Mme Dumont. À présent, vous êtes des occupants sans droit ni titre dans un établissement commercial privé. »Chaque phrase de l'avocat s'abattait comme un coup de massue sur Nathan et les autres locataires.« Quant à cette exécution forcée dont vous parlez… »L'avocat a laissé échapper un rire méprisant.« Que voulez-vou
Une semaine plus tard, un nouvel avis est apparu sur le panneau d'affichage de la Maison des Bons Voisins.« Réunion d'information concernant la libération des lieux et la reconversion de la résidence »Heure : le jour même, à 15 heures.Lieu : la cour de la résidence.Tous les locataires étaient priés d'être présents à l'heure.L'avis portait ma signature.Le groupe des locataires s'est aussitôt enflammé.« Libérer les logements ? Ça veut dire quoi ? Elle veut nous mettre dehors ? »« Impossible ! On a gagné au tribunal ! De quel droit elle nous ferait partir ? »« Elle essaie de se défiler ? Je savais bien qu'on ne pouvait pas lui faire confiance ! »« Nath, on fait quoi ? »Nathan a envoyé un message vocal. Sa voix était aussi posée que d'habitude.« Du calme. Elle n'a pas le droit de nous mettre dehors comme ça. Certaines clauses des baux ont été annulées, mais les contrats restent en vigueur. Si elle essaie de nous expulser de force, elle sera dans l'illégalité. Venez
Le visage de la juge se fermait peu à peu. Le regard qu'elle posait sur moi était de plus en plus froid.Je le savais : la partie était perdue.Depuis le début.Ce procès n'était qu'une mise en scène, pensée et orchestrée par Nathan de bout en bout.Une chasse parfaitement organisée, avec la loi pour arme et la justice pour prétexte.Pendant la suspension d'audience, je fumais au bout du couloir.Nathan est venu.Il s'est planté devant moi, à contre-jour.« Clara, il est encore temps de céder. Accepte nos conditions, et on retire notre plainte immédiatement. Tout le monde y gagne. »Je l'ai regardé.« Et si je refuse ? »Il a souri.« Alors, on gagnera. Et toi, tu perdras tout. »« La résidence sera fermée, tu devras payer des amendes énormes. Et surtout, ton image de propriétaire idéale volera en éclats. Tous les médias te présenteront comme une propriétaire sans scrupules. Ta réputation sera fichue. »Il s'est approché un peu plus et a baissé la voix.« Tout ce que tu