MasukÉabhaLe lendemain, c'est moi qui le convoque.Je n'ai pas dormi de la nuit, encore une fois, mais ce n'était pas une insomnie d'angoisse. C'était une insomnie de résolution, de détermination, de courage qui se forge lentement dans le silence et l'obscurité. J'ai tourné et retourné dans ma tête tout ce que je voulais lui dire, tous les mots que je n'avais pas osé prononcer la veille, toutes les conditions que je voulais poser avant de m'abandonner.Je ne suis plus une victime. Je ne serai plus jamais une victime. Si je dois aimer cet homme, ce sera selon mes termes, selon mes règles, selon ma volonté.Je lui fais porter un message par Maeve, un simple morceau de parchemin plié en deux, comme celui qu'il m'a envoyé il y a une éternité. Ce soir. Bibliothèque. Pas de prière, pas d'excuse, pas de supplication. Une demande. Une convocation. Un ordre, presque.Le soir venu, je descends à la bibliothèque avant lui. Je veux être là la première, debout près de la cheminée, là où il se tenait l
Lui dire que je le désire, que je rêve de lui toutes les nuits, que son odeur me rend folle et que sa voix me fait trembler. Lui dire que j'ai peur, une peur terrible, une peur qui me paralyse et qui m'empêche de faire le dernier pas. Lui dire que je suis peut-être, quelque part, au fond de moi, en train de l'aimer, et que ça me terrifie.Et s'il me rejette ? S'il ne me croit pas ? S'il prend le parti de sa fille et de son gendre, ces monstres qui m'ont détruite et qui continuent à sourire à sa table ?Alors au moins, j'aurai essayé. Au moins, j'aurai été honnête, courageuse, digne de ce qu'il voit en moi. Je ne passerai pas le reste de ma vie à me demander ce qui aurait pu arriver, à regretter de ne pas avoir parlé, à me consumer dans le silence et le secret.Je me lève avant l'aube. Le ciel est encore noir derrière la fenêtre, parsemé d'étoiles froides, et la neige qui est tombée toute la nuit a recouvert la cour d'un manteau blanc immaculé. Je m'habille avec soin, je brosse longuem
Le mot sort de ma bouche avant que je puisse le retenir. Et en le prononçant, je réalise que c'est la vérité. La vérité profonde, essentielle, que j'essayais d'étouffer depuis des jours. Je ne veux pas partir. Je ne veux pas le quitter. Malgré la peur, malgré la honte, malgré le secret que je porte comme un fardeau. Malgré Liam, malgré Saoirse, malgré tous les obstacles qui se dressent entre nous. Je veux rester.— Alors reste, dit Maeve simplement. Mais ne le fais pas attendre trop longtemps. Les alphas sont patients, c'est vrai. Le chef suprême est le plus patient de tous, c'est certain. Mais même les alphas ont un cœur. Et un cœur, ça peut se briser, même le cœur d'un chef suprême.Elle se lève, pose une main sur mon épaule, une main chaude et calleuse de femme qui a travaillé toute sa vie, et elle s'en va sans rien ajouter.Je reste seule dans la cuisine silencieuse, à fixer les braises mourantes, et je prends une décision.Demain. Demain, j'irai le trouver. Demain, je lui parlera
Mais est-ce que Cillian ferait ça ? Est-ce que l'homme qui m'a tendu un linge sous la pluie, qui m'a donné un manteau dans le froid, qui m'a attendue des nuits entières sans rien exiger, qui m'a regardée partir sans me retenir, est-ce que cet homme-là pourrait me réduire à un objet ? Est-ce qu'il pourrait me mentir, me manipuler, me trahir ?La réponse est non. Je le sais. Je le sens au plus profond de moi, dans cette partie de mon être qui ne ment jamais, qui ne se trompe jamais. Mon oméga intérieure l'a reconnu dès le premier regard, dès la première odeur. Et mon oméga, contrairement au destin qui m'a liée à Liam, ne s'est jamais trompée.Alors qu'est-ce qui me retient ? La peur, oui. La honte, aussi. Et par-dessus tout, ce secret que je porte comme un fardeau, ce secret qui pèse sur ma poitrine comme une pierre et qui m'empêche de respirer.Liam. L'âme sœur. Le lien sacré.Comment pourrais-je aimer Cillian tant que ce secret pèse entre nous ? Comment pourrais-je me donner à lui, m'
ÉabhaSes mots résonnent dans ma tête tout le reste de la journée, comme un écho qui ne s'éteint jamais.Parce que tu le voulais autant que moi.Tu n'es pas à ma merci. C'est moi qui suis à la tienne.Si tu veux partir, pars. Je ne te retiendrai pas.Mais si tu restes, reste en sachant que je te désire.Je travaille comme un automate, les mains dans la pâte, les yeux dans le vide. Maeve me parle, je ne l'entends pas. Ses mots glissent sur moi comme l'eau sur les plumes d'un canard, sans pénétrer, sans laisser de trace. Maud me donne des ordres, je les exécute sans penser, mes gestes mécaniques, précis, vides de toute conscience. Le monde continue autour de moi, les domestiques qui s'affairent, les gardes qui se relaient, les chevaux qu'on mène à l'abreuvoir, mais je suis ailleurs, enfermée dans ma tête, à tourner et retourner les phrases de Cillian comme des pierres brûlantes que je ne peux pas lâcher.Il n'a pas menti. C'est ça qui me transperce, qui me hante, qui m'empêche de respir
Il soutient mon regard sans ciller. Il ne recule pas, ne se dérobe pas, ne cherche pas d'excuse. Il encaisse chaque mot, chaque accusation, chaque tremblement de ma voix, et il ne baisse pas les yeux.— Parce que tu le voulais autant que moi.Les mots me frappent en pleine poitrine comme une flèche. Je reste figée, la bouche ouverte, le souffle coupé, le cœur qui s'arrête une seconde avant de repartir de plus belle.— Comment osez-vous...— C'est la vérité, Éabha.Sa voix est toujours calme, posée, mais elle vibre d'une intensité qui me transperce, qui fait trembler l'air entre nous.— Tu le sais aussi bien que moi. Ce baiser, tu l'as voulu. Tu l'as rendu avec autant de passion, autant de désir, autant de feu que moi. J'ai senti tes mains s'agripper à ma chemise. J'ai senti tes lèvres s'entrouvrir sous les miennes. J'ai senti ton corps tout entier se presser contre moi. Alors ne fais pas semblant d'être offensée, Éabha. Tu n'es pas une enfant, et je ne suis pas un prédateur. Nous somm







