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Chapitre 6 — Le Retour à la Maison

ผู้เขียน: Déesse
last update วันที่เผยแพร่: 2026-03-11 17:56:21

Éabha

La maison est là, petite, modeste, avec son jardin potager et ses rideaux à fleurs. La fumée sort de la cheminée. Maman prépare le petit déjeuner. Papa doit être en train de lire son journal en l'attendant. Une routine tranquille, rassurante.

Ils m'attendent avec leurs espoirs, leurs rêves, leur fierté. Leur fille unique, leur belle omega, qui va épouser un alpha prometteur et assurer leur sécurité pour toujours.

Je reste plantée devant la porte, incapable d'entrer. Ma main se lève, retombe. Je n'y arrive pas. Je ne peux pas leur faire ça.

— Éabha ?

La voix de ma mère, derrière moi. Elle est sortie par-derrière, pour aller chercher du bois peut-être. Elle me voit, s'arrête net. Son visage passe de la surprise à l'horreur en une seconde.

— Mon Dieu, qu'est-ce qui t'est arrivé ?

Elle court vers moi, ses mains sur mon visage, sur mes bras déchirés, sur ma robe souillée. Ses yeux s'agrandissent quand elle comprend que ce n'est pas la robe qu'elle m'a donnée, propre et repassée, mais celle de son mariage. Détruite. Perdue.

— Entre. Viens t'asseoir. Je vais chercher ton père.

Sa voix tremble. Elle me tire à l'intérieur, me force à m'asseoir à la table de la cuisine. La pièce est chaude, sent le pain et le feu. Normal. Rassurant. Insupportable.

Papa arrive, alarmé par le ton de maman. Il me voit et son visage se fige. La couleur quitte ses joues.

— Qu'est-ce qui s'est passé ?

Je voudrais parler. Je voudrais leur dire. Mais les mots restent coincés dans ma gorge, comme des cailloux. Mes lèvres tremblent. Mes yeux s'emplissent de larmes.

— Éabha, parle-nous, supplie maman en prenant mes mains sales dans les siennes. Où est Liam ? Est-ce qu'il t'a fait du mal ? Est-ce que quelqu'un t'a...

Liam.

Son nom déclenche quelque chose. Mes lèvres s'ouvrent, et les mots sortent, plats, mécaniques, atroces.

— Liam a épousé Saoirse O'Connor cette nuit. Devant toutes les meutes. Il a rompu notre lien d'âme sœur. Il ne m'a jamais aimée. Il voulait juste le pouvoir. Il m'a dit que je pourrais être sa maîtresse. Sa chose. Son jouet.

Silence.

Le visage de mon père se vide de toute couleur. Il devient gris, cendreux, comme s'il allait s'évanouir. Il s'appuie contre le mur, la bouche ouverte, les yeux fixes, hagards.

Ma mère, elle, s'effondre.

Ses épaules s'affaissent, un sanglot monte de sa poitrine, puis un autre, puis un flot ininterrompu de larmes. Elle cache son visage dans ses mains et pleure comme je ne l'ai jamais vue pleurer. Des pleurs profonds, viscéraux, qui semblent venir d'ailleurs qu'elle. Des pleurs de désespoir, de rage impuissante.

— Ma petite fille, hoquette-t-elle entre deux sanglots. Ma pauvre petite fille. Ma belle petite omega. Pourquoi ? Pourquoi ils nous font ça ?

Je voudrais la consoler, mais je n'ai plus rien. Plus de force, plus d'amour, plus de vie. Je reste là, assise, à regarder ma famille s'effondrer autour de moi. À regarder les deux personnes que j'aime le plus au monde se briser à cause de moi.

Papa se reprend le premier. Il s'approche, pose ses mains sur mes épaules. Ses mains tremblent.

— Tu es sûre ? Tu es absolument sûre ?

— Je l'ai vu, papa. De mes yeux vu. Il l'a embrassée devant tout le monde. Et après, il est venu me parler. Il m'a dit que je n'étais rien. Qu'une omega ne mérite pas un alpha comme lui.

Ses mains se serrent, puis se relâchent. Il ferme les yeux, respire profondément. Je vois ses mâchoires se serrer, ses poings se crisper.

— Bien. Très bien. Alors voilà ce qu'on va faire. On va...

Il ne finit pas sa phrase. On va quoi ? Se venger ? Aller protester devant le chef suprême ? Pleurer dans notre coin ? Il n'y a rien à faire. Rien. Nous ne sommes rien. Une famille d'omega et de bêtas. Personne ne nous écoutera. Personne ne nous défendra.

— Je suis désolée, je murmure. Je suis tellement désolée. C'est ma faute. Si j'étais plus forte, si j'étais alpha, il ne m'aurait pas...

— TOI ?

Maman relève la tête, ses yeux rouges, son visage ravagé. Sa voix est presque violente.

— Toi, désolée ? Mais de quoi, Éabha ? Tu n'as rien fait. Rien. C'est lui. C'est ce monstre. C'est cette famille de... de...

Elle est secouée par un nouveau sanglot, trop fort pour qu'elle puisse continuer. Elle tend les bras, je m'y jette, et nous pleurons ensemble, serrées l'une contre l'autre, deux omegas brisées par le même monde de forts.

Papa s'assoit lourdement à côté de nous. Il pose une main sur mon épaule, une autre sur celle de maman. Nous restons là, tous les trois, à ne pas savoir quoi faire, quoi dire, comment survivre à ça.

Dehors, le soleil se lève sur une nouvelle journée. Une journée qui aurait dû être la plus belle de ma vie. Qui est devenue la pire.

Je suis belle, m'a dit Liam. Mais la beauté ne suffit pas. Pas pour une omega. Pas dans ce monde.

Je suis belle, et ça ne sert à rien.

Je suis faible, et ça me détruit.

Et quelque part, au loin, je sens que ce n'est que le début.

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