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Chapitre 5 — La Fuite

Author: Déesse
last update publish date: 2026-03-11 17:55:50

Éabha

Je cours.

Je cours comme si ma vie en dépendait, comme si je pouvais fuir ma propre peau, ma propre nature d'omega faible. Les branches me giflent le visage, les ronces déchirent mes jambes, mais je continue. Je cours jusqu'à ce que mes poumons brûlent, jusqu'à ce que mes muscles hurlent grâce.

Je cours pour ne pas penser.

Je cours pour ne pas sentir ce trou béant dans ma poitrine.

Je cours pour ne pas imaginer le visage de mes parents quand je leur annoncerai la nouvelle.

La forêt défile, indistincte. Je ne sais même pas où je vais. Je suis juste, au hasard des sentiers, au gré de la pente. Parfois je tombe, je me relève, je repars. Mes mains sont en sang, mes genoux aussi. Mes pieds nus (quand ai-je perdu mes chaussures ?) sont coupés, enflés, douloureux. Je m'en fous.

L'odeur de l'humus, de la mousse, de la terre mouillée. La lune qui filtre entre les branches. Le bruit de mes pas, de ma respiration, de mon cœur qui cogne. C'est tout ce qui existe.

Et puis, soudain, la douleur.

Pas la douleur morale, celle-là je la connais déjà. Une douleur physique, fulgurante, qui me traverse la poitrine comme une lance. Je tombe à genoux, un cri étranglé dans la gorge. Je sens quelque chose se déchirer, se rompre, mourir.

Le lien.

Il achève de le briser.

Liam est en train de rompre définitivement notre lien d'âme sœur. Pour officialiser son union avec Saoirse, il doit le détruire complètement. Et c'est atroce. C'est comme si on m'arrachait le cœur à mains nues, comme si on déchirait mon âme en lambeaux.

Je roule sur le côté, recroquevillée sur la mousse, les bras serrés autour de moi. Je hurle. Je hurle toute ma rage, toute ma peine, toute ma haine. Le cri résonne dans la forêt, effraie les oiseaux, s'éteint loin, très loin, sans rencontrer d'oreille compatissante.

Personne ne viendra.

Personne ne m'entend.

Personne ne se soucie de l'omega qu'on a jetée comme un vieux chiffon.

La douleur finit par s'apaiser, laissant place à un engourdissement général. Je reste là, roulée en boule, à regarder les fourmis qui transportent leurs brindilles. Elles s'en foutent, elles. Leur vie continue. La mienne aussi, paraît-il. Il faudra bien.

Je ne sais pas combien de temps je reste là. Une heure ? Deux ? Trois ? La lune a bougé dans le ciel quand je finis par me redresser. Mes vêtements sont trempés, mes cheveux pleins de feuilles et de terre, mes mains couvertes de sang séché. Je dois ressembler à un fantôme. À une omega morte.

Je me lève. Mes jambes sont raides, douloureuses. Chaque pas est une torture. Je marche lentement vers la lisière, vers la civilisation. Vers la vie qui m'attend, cette vie que je ne voulais pas.

Quand je sors de la forêt, l'aube point. Le ciel est rose, orange, magnifique. Le genre de lever de soleil qui donne envie de vivre, qui réchauffe le cœur. Moi, j'ai envie de mourir. De m'allonger dans l'herbe et de ne jamais me réveiller.

La route est déserte. Je marche vers le village, vers la maison de mes parents, vers l'instant où je devrai leur dire. Chaque pas est un effort surhumain. Mes pieds nus saignent sur les cailloux. Ma robe, la robe de mariage de ma mère, n'est plus qu'une loque déchirée, souillée de boue et de sang.

Je repense aux mots de Liam. Sa maîtresse. Il voulait faire de moi sa chose, son hochet, son secret honteux. L'omega qu'on visite la nuit et qu'on oublie le jour. Et il a détruit notre lien, notre destin, tout, pour épouser la fille du chef. Pour une alpha digne de lui.

Saoirse O'Connor.

Je la hais. Je hais son père, ce chef suprême qui a tout sans rien faire. Je hais Liam. Je hais le destin. Je hais la lune qui a éclairé ma honte. Je hais tout.

Sauf mes parents. Eux, je les aime. Et c'est pour ça que cette annonce va être la pire chose que j'aurai jamais faite.

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