LOGIN« Mademoiselle Montague, le fait de vous réconcilier avec un ex-mari dont on a rapporté qu'il était inattentif tout au long du mariage ne suggère-t-il pas un certain... un certain manque d'instinct de préservation ? »La question ne venait pas d'un journaliste à scandale. Elle venait d'une journaliste économique lors d'un événement de Montague Industries, quelqu'un qui s'en tenait habituellement aux résultats trimestriels et à la volatilité des marchés.Elle était acérée, se penchant dans mon espace, son stylo suspendu au-dessus de son carnet comme une arme. La salle autour de nous était remplie du bourdonnement d'un réseautage haut de gamme et du tintement du cristal coûteux, mais l'air entre nous devint soudain glacial.Je ne cillai pas. Je ne laissai pas mon sourire vaciller, bien que le mot « inattentif » piquât d'une façon qui fit frémir mon sang. C'était une évaluation juste du passé, mais le passé était un fantôme que j'avais déjà enterré. Je tins bon, ma posture parfaite. Je n
« Les titres sont exactement ce à quoi on s'attendait, Roman. Ils ont repris chaque photo de la galerie. »Priya se tenait dans l'embrasure de la porte de mon bureau, sa tablette serrée dans la main. Je n'avais pas besoin de regarder l'écran pour savoir ce qu'elle voyait. J'avais déjà parcouru le naufrage numérique avant que ma première tasse de café n'ait refroidi. La couverture était massive. Elle était partout. Mon nom et celui de Sera étaient liés dans chaque paragraphe d'ouverture, placardés sur des clichés en haute résolution de nous deux debout devant ce tableau bleu. La spéculation était un incendie de forêt. Chaque média parlait de réconciliation.Je me laissai aller en arrière dans mon fauteuil, le cuir grinçant sous mon poids. Je me sentais étrangement détaché du bruit. Pendant des années, ma vie avait été régie par le rythme de la presse. J'avais vécu et je serais mort au gré de la perception publique. Mais aujourd'hui, l'opinion du monde ressemblait à de la statique loint
« Tu fixes encore l'entrée, Roman. Si tu te concentrais un peu plus, tu finirais par brûler un trou dans les portes en acajou. »Je ne me tournai pas pour voir quel membre du conseil tentait de faire la conversation. Peu m'importait. Je me tenais au centre de la galerie principale du musée, les plafonds hauts et les œuvres d'art inestimables ne servant que de décor à la seule chose qui comptait ce soir-là. J'étais arrivé le premier. De nouveau. Je n'étais pas dissimulé dans un coin VIP, et certainement pas sur mon téléphone. Mes mains étaient vides, mon attention absolue. J'étais un homme attendant que son monde commence.Puis les portes s'ouvrirent, et l'air quitta la pièce.Sera n'entra pas simplement ; elle arriva. Elle était une apparition de soie qui captait la lumière à chaque pas, mais ce n'était pas la robe qui tenait la salle captive. C'était la façon dont elle se tenait. Elle ne se précipita pas pour me trouver. Elle ne chercha pas autour d'elle un visage familier derrière l
« Dis-moi que tu es prête, Sera. »La voix de Savio était comme du gravier dans le combiné, tranchant le silence de mon bureau. Il ne faisait pas de politesses, et il n'offrait pas de platitudes vides. C'était le stratège, l'homme qui voyait trois coups d'avance sur tout le monde, et il savait que ce que j'étais sur le point de faire était plus qu'une simple apparition sociale. C'était une déclaration de guerre à l'ancienne version de ma vie. C'était une reddition totale à une nouvelle.« Je suis prête », dis-je, me laissant aller en arrière dans mon fauteuil. Ma voix ne tremblait pas. Mon pouls battait régulièrement, rythmiquement, dans mon cou.« Alors va te montrer », répondit Savio, et je pouvais entendre l'ombre d'un sourire dans son ton. « Et sois exactement qui tu es pendant qu'ils regardent. Ne leur donne pas un spectacle. Donne-leur la vérité. C'est beaucoup plus difficile à démonter pour eux. »Je raccrochai, sentant le poids de ses mots s'installer dans mes os. Pendant des
« C'est officiellement terminé, Roman. L'encre a séché, les charges sont déposées, et le conseil vient de claquer définitivement la porte du coffre sur la carrière d'Aldric. »La voix de Lars résonnait triomphante dans le combiné, crépitante de cette adrénaline que seule une exécution juridique peut procurer. Je me laissai aller en arrière dans mon fauteuil en cuir, le poids de ces deux derniers mois se levant enfin de mes épaules. C'était net. Aldric était formellement inculpé, l'affaire avançait avec la vitesse d'un train de marchandises, et nos deux familles étaient citées comme témoins coopératifs. Pas de scandale. Pas d'accords dans l'ombre. Simplement l'ablation chirurgicale d'un cancer qui avait menacé nos deux empires.« Bien », dis-je, ma voix comme du gravier. « Assure-toi que l'équipe de transition soit prête. Je ne veux pas la moindre ondulation sur le marché. »« Déjà en cours. Nous sommes clean, Roman. Complètement. »Je raccrochai et ne laissai pas passer un battement d
« Elle est différente, Dante. Tu le vois bien, non ? »La voix de Louisa n'était qu'un murmure léger par-dessus le bord de son verre en cristal, mais je n'avais pas besoin qu'elle me signale l'évidence. J'observais. J'observais depuis des semaines. En tant que son frère, en tant que l'homme qui l'avait vue dans ses plus hauts sommets comme dans ses pires effondrements, j'étais l'expert attitré de l'état de Sera Reyes.Je m'appuyai contre le bar en acajou de la soirée de gala, les yeux suivant ma sœur à travers la salle de bal bondée. Elle n'était pas plus discrète. C'était la première chose que je remarquai. Généralement, quand une femme comme Sera retrouve un homme comme Roman Knight, le monde s'attend à un adoucissement, à un repli dans l'arrière-plan. On s'attend à ce qu'elle devienne l'accessoire raffiné de son empire à lui.Mais Sera ne jouait pas un rôle. Elle ne se rendait pas plus petite pour s'ajuster aux interstices de la vie de Roman. Elle riait, la tête renversée en arrièr







