LOGINMon cœur s’emballait à cause d’Ethan, et cela seul me terrifiait.
Je souris, une petite courbe de lèvres qui me semblait nouvelle sur mon visage, et je chassai cette sensation comme si elle n’avait aucune importance. Comme si ce n’était rien. Comme si mon corps ne m’avait pas trahi en réagissant à un homme qui n’était pas mon mari. Mari ? Qui n’était même pas proche de moi. Je ne peux accueillir aucune forme d’amour pour le moment. Lucien s’est assuré de cela. Il n’a pas seulement brisé mon cœur, il l’a reconfiguré. Il m’a enseigné la prudence à la dure, m’a appris à quel point il était dangereux de faire confiance trop vite, de donner trop, d’aimer sans demander de preuves. Et si j’étais honnête, vraiment honnête, je ne pouvais pas lui jeter toute la faute. Je devrais aussi me blâmer moi-même. Pourquoi aurais-je épousé un homme que je ne connaissais que depuis trois mois ? À quoi pensais-je ? Étais-je charmé ? Aveuglée ? Désespérée d’appartenir quelque part, n’importe où ? Ou étais-je simplement assez stupide pour croire que l’attention intense équivalait à de l’amour ? Trois mois. Je laissai ce chiffre peser lourdement dans ma poitrine. Je connaissais à peine Lucien. Pas vraiment. Pas l’homme derrière les sourires parfaits, les costumes coûteux, la douceur calculée qui s’était lentement enroulée autour de ma gorge sans que je m’en aperçoive. J’étais submergée, intoxiquée par la façon dont il me faisait me sentir vue, ou du moins par l’illusion de cela. Je me suis attachée trop vite, trop profondément, et j’ai pris la possession pour de la protection. Je me suis noyée dans un mariage avec un homme que je connaissais à peine, et le temps que je réalise que j’étais en train de couler, l’eau était déjà au-dessus de ma tête. Je suis quelqu’un qui s’attache vraiment très facilement, peut-être parce que j’étais orpheline. Parce que je voulais désespérément sortir de l’orphelinat et commencer une nouvelle vie. Vivre dans un orphelinat a rendu ma vie si misérable, même si j’ai pu m’éduquer grâce aux sponsors. Quand j’ai rencontré Lucien à l’époque, j’étais dans une situation difficile, luttant pour trouver un emploi et quitter l’orphelinat pour vivre seule. Alors quand il m’a traitée différemment, pas mal, j’ai senti qu’il était une bonne personne, je n’ai pas senti le besoin de le connaître vraiment bien. J’ai pris les drapeaux rouges pour des drapeaux verts. Bon sang, j’ai toléré ses stupides défauts. Le fait qu’il n’ait pas essayé de supplier ou de me poursuivre me fait encore plus perdre mes sentiments pour lui, et il a eu l’audace de me dire : « Nous savons tous les deux que tu ne peux pas vivre sans moi… » Je lui ferai manger cette phrase, et je vivrai ma vie. Un soupir fatigué s’échappa de mes lèvres. Tout cela est du passé maintenant. Ce qui est fait est fait. Je ne peux pas rembobiner ma vie, ni démêler les choix que j’ai déjà faits. Je ne peux que décider de ce qui vient ensuite. Je devrais penser à la vie qui m’attend. Commencer quelque part. Avancer complètement. Effacer Lucien, non seulement de mon environnement, mais de mon esprit, de mes habitudes, de mes réflexes. Apprendre à me choisir moi-même pour une fois. Cette pensée seule me semblait révolutionnaire. Mon cœur avait ralenti à un rythme régulier quand j’entrai dans la salle de bain. Les lumières s’allumèrent, reflétant une femme que j’étais encore en train d’apprendre à voir. Même visage, même corps, mais quelque chose à l’intérieur avait changé, s’était endurci et s’était éveillé. Je pris une douche rapide, laissant l’eau chaude couler sur moi, non pas pour me nettoyer mais pour calmer mes pensées. En quelques minutes, j’avais terminé. Je glissai dans ma nuisette, simple et douce, rien à voir avec les peignoirs de soie que Lucien préférait me voir porter. Celle-ci était à moi. Quand je m’installai sur le lit avec mon ordinateur portable en équilibre sur mes cuisses, mon téléphone sonna. Devi rappelait encore. Je fermai brièvement les yeux et pris une profonde inspiration avant de répondre. Je ne l’évitais pas, je ne savais juste pas comment parler de tout sans m’effondrer. « Salut, Devi », dis-je. « Est-ce que tu vas bien ? » demanda-t-elle immédiatement. « J’espère que tu ne pleures pas. » Sa voix était douce, prudente, comme si elle avait peur qu’un mauvais mot me brise. Je clignai lentement des yeux. « Je ne pleure pas. Pourquoi penserais-tu ça ? » soupirai-je doucement. « À cause de quoi ? » « Je comprends », dit-elle rapidement. « Mais tu ne parles jamais en premier quand je t’appelle. Tu ne décroches même pas mes appels aussi vite. » Je ne dis rien et elle continua. « Aria, écoute, si tu veux pleurer, alors pleure. Ça ne te rend pas faible. Ça te rend plus forte. » J’avalai, ma gorge se resserrant. « J’ai assez pleuré », admis-je. « Donc non, je ne pleure pas. Honnêtement, je suis triste… Je me sens seule. Je me sens vide. Et fatiguée. » Ma voix se brisa malgré mon effort pour la garder stable. « J’aimerais que tu sois là. » Il y eut une pause au bout du fil. « Tu me manques aussi », dit Devi doucement. « Mais je dois juste terminer mon cours. Tu sais combien j’ai dépensé pour ce projet, j’ai dépensé des millions, Aria. » « Je sais », dis-je immédiatement. Et je le pensais. Elle reviendrait si je le lui demandais. Elle le ferait toujours. Mais je ne pouvais pas être assez égoïste pour lui demander d’abandonner ses rêves parce que mon mariage s’était effondré. « Aria », continua Devi, « tu as besoin de quelqu’un avant que je rentre dans le pays. Et mon frère est cette personne. » J’eus un sursaut. « Devi… » « Écoute juste », m’interrompit-elle gentiment. « Je ne dis pas de tomber amoureuse. Je dis de ne pas t’isoler. Ne te mets pas la pression. Amuse-toi, d’accord ? » « Ce n’est pas si facile », murmurai-je. « Je sais. Mais tu n’as pas besoin de le rendre plus difficile que ça ne l’est déjà. » « Merci d’avoir été là quand j’avais besoin de quelqu’un. » murmurai-je. Après avoir raccroché, je fixai mon téléphone pendant longtemps, ses mots résonnant dans ma tête. « Tu as besoin de quelqu’un. » Je posai le téléphone de côté et ouvris mon ordinateur portable, faisant semblant de me concentrer sur le travail, mais mon esprit continua de dériver. Vers Lucien. Vers Ethan. Vers la version de moi-même qui existait avant que tout s’écroule. Une notification apparut sur mon écran. Un numéro inconnu. Mon cœur manqua un battement, la peur et la curiosité s’entremêlant. J’hésitai avant d’ouvrir le message. Lucien. Bien sûr que c’était lui, c’était son numéro. Je ne lus pas le message immédiatement. Je fermai plutôt l’ordinateur portable, pressant mes paumes contre mes yeux. Il avait encore accès à moi. Après un long moment, j’ouvris le message. « Nous devons parler. » C’était tout. Pas d’excuses. Pas d’explication. Juste une exigence déguisée en phrase. Je tapai une réponse, l’effaçai, tapai à nouveau, effaçai encore. Finalement, je verrouillai mon téléphone et le posai face contre le lit. Non, il ne mérite pas de réponse, alors je le bloquai instantanément. Je l’avais déjà évincé de ma vie de toute façon, je ne peux pas le laisser déranger mon esprit. Je mérite la paix et je choisis la paix plutôt que sa stupidité. Le sommeil ne vint pas facilement cette nuit-là. Quand il arriva enfin, il était superficiel et agité, rempli de fragments de souvenirs que j’aurais voulu effacer. Le lendemain matin, la lumière du soleil filtrait à travers les rideaux, me ramenant à la réalité. Je restai allongée un moment, écoutant ma propre respiration. Aujourd’hui, je décidai que je recommencerais. Je sortis du lit, m’habillai de quelque chose de confortable mais confiant. Quand je sortis de la pièce, mon téléphone vibra, un message d’Ethan. « Bonjour, Aria. J’espère que tu as bien dormi ? Voudrais-tu prendre le petit-déjeuner avec moi ? » Je fixai l’écran. Pour la première fois depuis longtemps, quelqu’un ne me demandait pas un morceau de moi. Je répondis. « Oui, je veux bien… » Et en glissant mon téléphone dans mon sac, je réalisai quelque chose de tranquillement puissant. Me choisir moi-même ne signifiait pas fermer le monde dehors. Cela signifiait choisir qui a le droit d’entrer. Et j’accueille Ethan.(PoV d’Aria)Ethan s’assit à côté de moi en silence, assez près pour que je sente la chaleur de son bras à travers le tissu fin de ma manche. Il ne me pressa pas, ne posa pas de questions tout de suite. Il tendit simplement la main, passa un bras autour de mes épaules et m’attira doucement contre sa poitrine, comme s’il savait déjà que je tenais à peine debout et que tout ce dont j’avais besoin, c’était d’une étreinte.Pendant une seconde, je résistai.Je n’avais plus l’habitude d’être réconfortée. Pas sans conditions. Pas sans que cela soit ensuite utilisé contre moi.Mais ma force céda avant ma fierté.« Ne verse pas de larmes à cause de lui », dit Ethan doucement, sa voix calme et douce. « Il ne mérite aucune de tes larmes. »J’essayai de répondre, mais ma gorge se serra. À la place, un reniflement tremblant m’échappa, embarrassant et incontrôlable. Je détestais ce son. Il me faisait me sentir faible, exposée. Comme si j’exposais ma faiblesse devant quelqu’un qui ne me connaissait
(PoV d’Aria)« Qui êtes-vous ? » criai-je en arrachant ma main comme si son toucher brûlait. « Et qu’est-ce qui vous a donné le culot de me tenir les mains comme ça ? »Mon cœur cognait violemment dans ma poitrine, chaque battement résonnant dans mes oreilles. J’étais furieuse, tellement en colère que mes mains tremblaient, mais sous cette colère se cachait la peur. Pas la peur qui vous rend faible, mais celle qui vous rappelle les blessures que vous pensiez guéries.Je savais que ce moment arriverait. Je ne m’attendais juste pas à ce que ce soit ce soir.Et je savais aussi qu’à un pas hors du manoir de Devi, bien sûr, Lucien me trouverait.« Aria, ne sois pas têtue », lança-t-il en resserrant son emprise, son pouce s’enfonçant dans ma peau comme s’il avait besoin de me rappeler sa force. « Viens avec moi. »Ce ton. Le commandement dans sa voix envoya une vague nauséeuse de souvenirs s’écraser sur moi. Cela me rappela nos disputes qui se terminaient par des portes claquées, des excuse
(PoV de Lucien)Je pouvais accepter tout ce qu’Aria voudrait me faire pour me punir, absolument tout. Elle pouvait me crier dessus, me gifler, m’insulter, m’humilier devant toute la ville si elle le voulait. Je le méritais. Et je le savais. J’avais trompé. J’avais franchi une ligne qui n’aurait jamais dû l’être. J’avais brisé quelque chose que je n’aurais pas dû briser, quelque chose de sacré, quelque chose qui avait mis deux années entières à se construire.Mais elle avec un autre homme ? Je ne pouvais pas imaginer ma femme avec quelqu’un d’autre.C’était là que je tirais un trait.Elle ne pouvait pas simplement passer à autre chose. Elle ne pouvait pas effacer deux ans de nos vies comme si ce n’était rien. Elle ne pouvait pas me remplacer comme un vieux manteau dont elle se serait lassée juste parce que j’avais fait une erreur.Oui, j’admettais que j’avais tort. Je ne le niais pas une seule seconde. J’avais trompé. J’avais brisé sa confiance. J’avais brisé son cœur. Mais je n’avais
(PoV de Lucien)Je pénétrai dans les locaux de la société Volkov l’air furieux.Ma mâchoire était crispée, mon visage glacial, chaque pas alourdi par le poids de tout ce qui avait mal tourné dans ma vie. Les employés qui se précipitaient d’habitude pour me saluer reculèrent, leurs voix mourant dans leur gorge dès qu’ils virent mon expression.Je ne m’arrêtai pas à mon bureau. Je ne jetai même pas un regard vers l’ascenseur.Je me dirigeai droit vers le bureau de ma secrétaire. La porte était entrouverte, le parfum de celle-ci flottant dans le couloir.J’aurais dû le faire il y a une semaine, bien avant. J’aurais dû la confronter dès l’instant où mon mariage avait commencé à s’effondrer, quand Aria était sortie de la maison sans se retourner.Mais je ne l’avais pas fait. Parce qu’une partie de moi refusait d’affronter la vérité.Je poussai la porte.Elle leva les yeux de son bureau et sourit.« Bonjour, M. Lucien », salua-t-elle d’un sourire éclatant.Et c’est alors que je remarquai ce
(PoV d’Aria)Yo !Je pris une grande inspiration en descendant l’escalier. La lumière du matin traversait les hautes fenêtres, soulignant la chaleur du salon en contrebas. Mon cœur battait la chamade ; j’étais nerveuse et j’anticipais déjà la conversation que j’allais avoir avec Ethan.Aujourd’hui, je prenais le petit-déjeuner avec lui. Peut-être que j’apprendrais enfin son emploi du temps, que j’aurais enfin l’occasion de lui parler vraiment.Passer à autre chose après une semaine n’était pas une si mauvaise idée. Une semaine à me rappeler que Lucien n’avait plus sa place dans ma vie, que ses manipulations et son arrogance n’avaient plus à dicter mes matinées. Mais, aussi fort que j’essayais de le chasser, une partie têtue de moi savait que je le rencontrerais à nouveau un jour, par accident ou par un cruel concours de circonstances.Et je prierais toujours pour que, ce jour-là, je ne tremble pas, que je ne fléchisse pas, que je ne…Saint Père, pourquoi est-ce que je pense encore à l
Mon cœur s’emballait à cause d’Ethan, et cela seul me terrifiait.Je souris, une petite courbe de lèvres qui me semblait nouvelle sur mon visage, et je chassai cette sensation comme si elle n’avait aucune importance. Comme si ce n’était rien. Comme si mon corps ne m’avait pas trahi en réagissant à un homme qui n’était pas mon mari.Mari ? Qui n’était même pas proche de moi.Je ne peux accueillir aucune forme d’amour pour le moment. Lucien s’est assuré de cela. Il n’a pas seulement brisé mon cœur, il l’a reconfiguré. Il m’a enseigné la prudence à la dure, m’a appris à quel point il était dangereux de faire confiance trop vite, de donner trop, d’aimer sans demander de preuves.Et si j’étais honnête, vraiment honnête, je ne pouvais pas lui jeter toute la faute.Je devrais aussi me blâmer moi-même.Pourquoi aurais-je épousé un homme que je ne connaissais que depuis trois mois ? À quoi pensais-je ? Étais-je charmé ? Aveuglée ? Désespérée d’appartenir quelque part, n’importe où ? Ou étais-j







