Mag-log inÀ dix-huit heures douze, Whitemore Falls commence à se vider.Les premiers véhicules quittent la propriété par l’allée principale. Trois berlines noires, un fourgon médical et deux voitures d’escorte prennent la direction du sud. À l’intérieur, il n’y a que des agents et des silhouettes de tissu installées derrière les vitres teintées.Le véritable convoi part sept minutes plus tard par une ancienne voie forestière absente des cartes récentes.Dante ne laisse rien au hasard.En moins de deux heures, ses équipes ont remplacé les nôtres aux grilles, saisi les téléphones, relevé chaque plaque et isolé l’ensemble du réseau informatique de la propriété. Les invités sont répartis dans quatre hôtels sous de faux noms. Lila, Léna et Jonathan doivent rejoindre Glenmore House avec Dante. Aaron et Aiden restent avec l’unité de recherche. Mon père et ma mère sont envoyés à Blackthorn Lodge, où Amelia sera également protégée.— Ethan.Je reconnais la voix d’Amelia avant de me retourner.Elle se ti
La première chose que je comprends, c’est que la camionnette ne roule plus sur une route normale.Les secousses ont changé. Elles sont plus courtes, plus sèches, espacées de manière irrégulière. Du gravier ou une ancienne voie industrielle. Je garde les yeux fermés et laisse ma tête suivre les mouvements au lieu de lutter contre la nausée.La deuxième chose que je comprends, c’est qu’ils ne m’ont pas encore injecté le midazolam.L’homme qui tenait l’ampoule pendant la vidéo voulait effrayer Ethan. Il a rangé le médicament lorsque la caméra s’est éteinte, sans doute parce que Gideon Vale me veut consciente. Mes poignets sont attachés devant moi avec un lien en plastique. Mes chevilles aussi. La coupure à ma tempe saigne peu, mais chaque battement de mon cœur y provoque une brûlure.J’inspire lentement.Odeur de tissu humide. Gasoil. Poudre. Et, sous tout cela, la note métallique du sang.Quelqu’un est blessé.J’entrouvre les yeux.Deux hommes sont assis sur la banquette opposée. Le pre
Je n’ai pas besoin qu’il précise ce qu’il pense. Si j’avais remis le registre aux autorités, si je n’avais pas entraîné Mila dans mes propres recherches, si j’avais compris plus tôt que Vale utiliserait Whitemore Falls…Mila serait peut-être encore ici.— Ils la considèrent comme un moyen de pression, poursuivis-je. Vale pense que je lui confierai le registre pour la sauver.— Le feras-tu ? demande Léna.— Il n’aura pas le registre original. Mais il aura quelque chose qu’il croira être le registre.John agrandit une photographie de la camionnette.— Plaques clonées, blindage léger, peinture appliquée récemment. Nous avons perdu sa trace à sept kilomètres, là où trois véhicules identiques ont emprunté des directions différentes. Le
Dante Whitemore, le père de Mila, me prend le téléphone des mains.Je le laisse faire.Sur l’écran fendu, les derniers mots du message occupent tout l’espace.LA FAUSSE ÉPOUSE MOURRA.Je n’entends plus les radios, les ordres ni les pas qui résonnent dans le couloir. Whitemore Falls brûle encore par endroits. Une odeur de poudre et de bois calciné descend de l’orangerie. Des éclats de verre couvrent le parquet où Mila dansait contre moi moins d’une heure plus tôt.Je revois seulement son visage dans la camionnette.La coupure à sa tempe.Ses poignets attachés.L’ampoule de midazolam tenue devant elle.Et cette manière de regarder la caméra sans baisser les yeux, comme si elle avait voulu me donner un ordre plutôt que me montrer sa peur.Ne lui donne pas le registre.
Pendant trente-six heures, Whitemore Hall ne dort pas.Les fleuristes sont remplacés par une équipe choisie parmi le personnel permanent. Chaque chaise passe sous un détecteur. Les cuisines reçoivent leurs provisions par un seul accès contrôlé. John installe des brouilleurs autour du jardin et deux unités d’intervention occupent les dépendances.Au milieu de ce dispositif, Léna choisit des pivoines.Elle refuse que la peur décide de la couleur de son bouquet.Jonathan la suit partout avec une expression émerveillée. Il porte des caisses, déplace des tables et oublie trois fois les alliances dans la même heure. Mon frère ne possède aucun talent pour la dissimulation. Son bonheur est visible depuis chaque fenêtre de la maison.Mila, elle, maîtrise trop bien l’art contraire.Elle travaille près de Léna, contrôle le plan d’évacuation médicale et ne reste jamais seule avec moi. Chaque fois que je m’approche, elle trouve une robe à vérifier, un appel à passer ou une grand-mère à accompagner
Je ne dors pas.Chaque fois que je ferme les yeux, je retrouve la bouche d’Ethan, ses mains autour de ma taille et cette seconde où ma colère a cessé de me protéger de quoi que ce soit.C’était une erreur.Je me répète la phrase jusqu’au lever du jour.Elle ne devient pas plus vraie.À sept heures, Léna entre dans ma chambre sans frapper. Elle porte une chemise de Jonathan et tient deux tasses de thé. Son regard descend immédiatement vers mes lèvres.— Ne dis rien, demandé-je.— Je n’ai encore rien dit.— Ton visage parle.— Apparemment, c’est un problème de famille.Elle pose une tasse devant moi et s’assied au bord du lit.— Est-ce qu’il t’a embrassée ?Je fixe le thé.— Non.— Alors pourquoi—— C’est moi qui l’ai embrassé.La bouche de Léna s’ouvre, puis se referme.— Je n’avais pas prévu cette réponse.— Moi non plus.— Et lui ?— Il ne m’a pas repoussée.— J’avais déduit cette partie en voyant l’état de sa chemise.Je cache mon visage dans mes mains.— Je ne sais pas ce qui m’a p






