LOGINLa pièce se mit à tourner doucement, comme un manège que l'on aurait lancé sans prévenir. Gabriel chercha la main courante du fauteuil, se laissa tomber dessus, et resta là, la bouche entrouverte, tandis que ses pensées se heurtaient les unes aux autres sans parvenir à former une phrase.Stérile. Le mot qu'il avait prononcé lui-même, dans son bureau, devant Julien, quelques mois plus tôt, avec cette impression d'avaler du verre. Stérile. Le mot dont il avait cru être le premier à porter la honte, dans cette famille d'hommes qui bâtissent des tours et signent des testaments. Il avait pensé : je suis la fin d'une lignée. Il n'avait jamais imaginé qu'il pût en être, à sa manière, la continuation d'un mensonge.« Je ne comprends pas, dit-il. Thomas est son fils. Le test l'a prouvé. »« Thomas a été conçu avant, répondit Hélène. Quand ton père avait vingt-six ans et ne savait pas encore ce que les médecins lui annonceraient un an plus tard : un lymphome, des mois de chimiothérapie, et à la fi
Gabriel ne dit pas un mot jusqu'à la voiture.Il avait suivi le gardien dans les couloirs de la maison d'arrêt, signé le registre de sortie d'une écriture étrangement régulière, récupéré son téléphone et sa montre dans le petit casier gris, et Camille, qui marchait à un demi-pas derrière lui, avait remarqué ce détail qui l'avait glacée plus que tout : il avait remis sa montre au poignet sans regarder l'heure. Gabriel de Montclair, qui comptait les minutes comme d'autres comptent leur argent, ne regardait plus rien.Dehors, la pluie fine de fin d'après-midi s'était mise à tomber sur le parking. Le chauffeur ouvrit la portière arrière ; Gabriel s'installa, fixa le dossier du siège devant lui, et resta ainsi, les mains posées sur les genoux, comme un homme à qui l'on vient de rendre un corps qui n'est pas tout à fait le sien.« Gabriel », dit Camille doucement lorsque la voiture s'engagea sur la route.« Il ment. »« Peut-être. »« Il ment, Camille. C'est son métier. Il a menti à mon père pend
La prison où Fontaine purgeait désormais sa détention provisoire, dans l'attente de son procès pour meurtre et détournement de fonds massif, semblait avoir métamorphosé cet homme autrefois si assuré en une silhouette diminuée, presque méconnaissable, lorsque Gabriel et Camille furent enfin autorisés à lui rendre visite quelques jours plus tard.« Je me demandais quand vous reviendriez, dit Fontaine avec un sourire fatigué, bien différent de l'arrogance froide qu'il affichait encore sur le tarmac de l'aéroport du Bourget quelques semaines plus tôt. »« Kessler nous a parlé d'un secret, dit Gabriel sans préambule, s'installant face à lui avec une détermination inébranlable. Un secret concernant votre obsession envers notre famille. Nous voulons savoir de quoi il s'agit exactement. »Fontaine resta silencieux un long moment, son regard se perdant dans le vide, comme s'il rassemblait péniblement le courage nécessaire pour affronter enfin une vérité qu'il avait gardée enfouie depuis trop long
La rencontre avec Richard Kessler eut lieu dans les bureaux neutres d'un grand cabinet d'avocats parisien, terrain choisi délibérément pour son caractère impartial et sécurisé. Kessler arriva accompagné de son propre avocat, un homme sec et austère dont l'expression ne trahissait absolument aucune émotion, tandis que Gabriel, Camille, Julien et Victor l'attendaient déjà, assis autour d'une longue table de conférence en verre.« Je vois que vous avez amené toute votre petite équipe, dit Kessler avec un sourire condescendant en s'installant face à eux. J'espère que cela signifie que vous êtes enfin prêts à discuter sérieusement de ma proposition de fusion. »« Nous sommes ici pour discuter de tout autre chose, Kessler, dit Gabriel d'une voix tranchante, sortant un épais dossier qu'il fit glisser sur la table avec une lenteur calculée. »Kessler fronça légèrement les sourcils, une pointe de méfiance perçant sous son assurance habituelle. « Qu'est-ce que c'est ? »« Des témoignages, dit Camil
Élise Bertrand les reçut, deux jours plus tard, dans son appartement modeste du quinzième arrondissement, une femme d'une quarantaine d'années au regard fatigué mais déterminé, qui semblait porter, malgré les années écoulées, les cicatrices encore visibles d'un traumatisme jamais totalement surmonté.« J'ai vu, à la télévision, un reportage sur votre mariage, expliqua-t-elle en les invitant à s'asseoir dans un salon modeste mais chaleureux, et j'ai immédiatement reconnu Richard Kessler parmi les invités, mentionné en arrière-plan d'une photographie. J'ai compris qu'il devait encore être impliqué, d'une manière ou d'une autre, dans votre vie, et j'ai senti qu'il était temps, enfin, de briser le silence que j'ai maintenu pendant plus de quinze ans. »« Que vous a-t-il fait exactement ? » demanda Camille avec une douceur compatissante, reconnaissant instinctivement, dans le regard de cette femme, l'écho de sa propre expérience passée.Élise prit une profonde inspiration avant de répondre, s
« Il faut découvrir exactement ce qu'il détient contre nous, dit Gabriel le lendemain matin, arpentant nerveusement son bureau tandis que Julien et Victor, convoqués en urgence malgré le lendemain de mariage, l'observaient avec une inquiétude partagée. »« J'ai déjà lancé plusieurs recherches discrètes, dit Julien en consultant ses notes, mais Kessler est réputé pour sa discrétion absolue. Il ne laisse jamais rien filtrer avant d'être totalement certain de son avantage. »Victor, resté silencieux jusque-là, prit finalement la parole, une gravité nouvelle assombrissant son visage. « Je connais un peu Kessler, dit-il prudemment. Nous nous sommes croisés à plusieurs reprises lors d'événements professionnels, avant même que je ne sois écarté de la direction du groupe. C'est un homme méthodique, patient, qui ne dévoile jamais son jeu avant d'être certain de porter un coup fatal. »« Alors quelles informations pourrait-il bien détenir contre nous ? » demanda Camille, qui avait insisté pour par







