LOGINLe soir tombait sur Claireville avec cette douceur particulière des fins de semaine qui n'avaient pas encore décidé de leur tempo, ni pressées ni vraiment tranquilles, juste là, avec cette qualité des soirs ordinaires qui laissaient trop de place aux pensées qu'on n'avait pas eu le temps d'avoir dans la journée.
Clara était ren
Alexandre se leva.Le mouvement n’avait rien de brusque. Il contourna lentement la table, d’un pas mesuré, coupant l'espace avec cette assurance tranquille qui lui était propre.Clara ne bougea pas d'un millimètre. Elle garda les yeux rivés sur son bloc-notes, les doigts crispés sur son stylo. Le craquement du parquet sous les pas d’Alexandre brisa le silence. Elle sentit son ombre s’avancer, puis sa silhouette s'immobiliser juste à côté d'elle, dans l’espace étroit qui la séparait du mur. Sa présence irradiait une chaleur diffuse.— Clara, dit-il, la voix basse, étonnamment feutrée.Elle lâcha son cahier des yeux et leva la tête. À la lumière crue de ce jeudi matin, les traits d
La convocation était arrivée par email le mercredi soir, sobre et professionnelle comme tous ses emails, objet : point sur dossier Aumont, jeudi neuf heures, mon bureau. Rien qui dépassait le cadre ordinaire d'une réunion de travail entre un PDG et son assistante. Clara l'avait lue, avait répondu d'accord en trois secondes, et avait fermé son ordinateur.Elle avait dormi correctement cette nuit-là.Ou du moins elle s'était dit qu'elle avait dormi correctement.Le jeudi matin elle arriva à sept heures quarante, trouva la tasse de café sur son bureau, la but jusqu'à la dernièr
Le jeudi matin arriva avec ce soleil de fin de printemps qui ne demandait pas la permission d'être généreux, cette lumière chaude et franche qui entrait par les baies vitrées de Santé-Vita et donnait à l'étage une atmosphère différente de celle des jours gris, plus ouverte, moins encadrée, comme si la lumière elle-même avait décidé de rendre les choses moins faciles à cacher.Clara travaillait depuis sept heures quarante-cinq, la tasse de café trop sucrée posée sur sa soucoupe en porcelaine, le dossier Aumont ouvert devant elle. Elle avait dormi correctement pour une fois, six heures pleines sans interruption, et cette rareté lui donnait ce matin une clarté particulière, les
La semaine avança avec cette densité particulière des semaines où on portait trop de choses en même temps sans pouvoir les poser nulle part.Clara arrivait chaque matin avec la régularité d'une horloge, saluait Lucie, prenait l'ascenseur, longeait le couloir. La tasse de café en porcelaine était là chaque matin sur son bureau, toujours trop sucrée, toujours bue jusqu'à la dernière gorgée sans qu'elle sache exactement pourquoi elle continuait à la boire. Le livre sur les maladies rares était sur sa table de nuit chez elle, lu par fragments le soir, annoté dans les marges avec cette précision qu'elle mettait à tout ce qu'elle lisait.Elle ne dit rien sur le café. Elle ne dit rien sur le livre.
Le soir tombait sur Claireville avec cette douceur particulière des fins de semaine qui n'avaient pas encore décidé de leur tempo, ni pressées ni vraiment tranquilles, juste là, avec cette qualité des soirs ordinaires qui laissaient trop de place aux pensées qu'on n'avait pas eu le temps d'avoir dans la journée.Clara était rentrée depuis une heure, avait mangé quelque chose de chaud qu'elle ne se rappelait déjà plus vraiment, et s'était installée sur le canapé avec le bracelet dans la paume et le livre d'Alexandre sur la table basse et trop de choses dans la tête pour en choisir une seule à regarder.Elle pensa à la tasse de café trop sucrée bue quand même chaque matin.
Le lundi qui suivit le jeudi des deux baisers et du vendredi matin je ne regrette rien commença comme tous les lundis, avec Lucie et son sourire, l'ascenseur, le couloir, la lumière du bureau d'Alexandre déjà allumée.Sauf que ce matin il y avait quelque chose sur le bureau de Clara quand elle entra.Une tasse de café. Pas celle de la cafétéria avec son gobelet en carton et son couvercle en plastique. Une tasse en porcelaine blanche, sobre et élégante, posée au centre de son bureau avec une précision qui excluait le hasard. Clara la prit. La porta à ses lèvres.







