MasukClara passa la première heure de sa matinée à faire ce qu'elle aurait dû ne pas faire : regarder son téléphone. Le message était toujours là, cinq lignes brèves sur fond blanc, aussi anodines en apparence que menaçantes dans leur substance. Elle avait essayé de rappeler le numéro dès son arrivée au bureau. Messagerie satu
Alexandre était debout devant les baies vitrées quand Inès entra.Il ne s'était pas rassis depuis avoir raccroché le téléphone. Il regardait Claireville, les mains dans le dos, dans cette posture qui était la sienne quand il avait quelque chose à régler et qu'il voulait que ce soit réglé proprement, sans bavure, sans émotion parasite.Il se retourna quand il entendit la porte.Inès se tenait dans l'encadrement, ses documents serrés contre elle, le visage parfaitement neutre avec ce travail de reconstruction rapide qu'elle avait appris à faire depu
Le silence qui suivit le claquement de la porte fut assourdissant.Clara n'avait pas bougé de son fauteuil. Elle sentait encore la chaleur des mains d'Alexandre sur sa joue, le tissu froissé de sa chemise sous ses doigts, et cette vibration sourde qui lui parcourait le corps comme l'écho d'une déflagration. Les accoudoirs du fauteuil lui encadraient toujours les hanches, et cette proximité soudainement vide de lui avait quelque chose de presque vertigineux, comme quand on retire brusquement un appui sur lequel on comptait sans l'avoir décidé.Alexandre se redressa lentement.Il ne dit rien. Il n'essaya pas de
Alexandre se leva.Le mouvement n’avait rien de brusque. Il contourna lentement la table, d’un pas mesuré, coupant l'espace avec cette assurance tranquille qui lui était propre.Clara ne bougea pas d'un millimètre. Elle garda les yeux rivés sur son bloc-notes, les doigts crispés sur son stylo. Le craquement du parquet sous les pas d’Alexandre brisa le silence. Elle sentit son ombre s’avancer, puis sa silhouette s'immobiliser juste à côté d'elle, dans l’espace étroit qui la séparait du mur. Sa présence irradiait une chaleur diffuse.— Clara, dit-il, la voix basse, étonnamment feutrée.Elle lâcha son cahier des yeux et leva la tête. À la lumière crue de ce jeudi matin, les traits d
La convocation était arrivée par email le mercredi soir, sobre et professionnelle comme tous ses emails, objet : point sur dossier Aumont, jeudi neuf heures, mon bureau. Rien qui dépassait le cadre ordinaire d'une réunion de travail entre un PDG et son assistante. Clara l'avait lue, avait répondu d'accord en trois secondes, et avait fermé son ordinateur.Elle avait dormi correctement cette nuit-là.Ou du moins elle s'était dit qu'elle avait dormi correctement.Le jeudi matin elle arriva à sept heures quarante, trouva la tasse de café sur son bureau, la but jusqu'à la dernièr
Le jeudi matin arriva avec ce soleil de fin de printemps qui ne demandait pas la permission d'être généreux, cette lumière chaude et franche qui entrait par les baies vitrées de Santé-Vita et donnait à l'étage une atmosphère différente de celle des jours gris, plus ouverte, moins encadrée, comme si la lumière elle-même avait décidé de rendre les choses moins faciles à cacher.Clara travaillait depuis sept heures quarante-cinq, la tasse de café trop sucrée posée sur sa soucoupe en porcelaine, le dossier Aumont ouvert devant elle. Elle avait dormi correctement pour une fois, six heures pleines sans interruption, et cette rareté lui donnait ce matin une clarté particulière, les
La semaine avança avec cette densité particulière des semaines où on portait trop de choses en même temps sans pouvoir les poser nulle part.Clara arrivait chaque matin avec la régularité d'une horloge, saluait Lucie, prenait l'ascenseur, longeait le couloir. La tasse de café en porcelaine était là chaque matin sur son bureau, toujours trop sucrée, toujours bue jusqu'à la dernière gorgée sans qu'elle sache exactement pourquoi elle continuait à la boire. Le livre sur les maladies rares était sur sa table de nuit chez elle, lu par fragments le soir, annoté dans les marges avec cette précision qu'elle mettait à tout ce qu'elle lisait.Elle ne dit rien sur le café. Elle ne dit rien sur le livre.







