LOGINClara arriva devant le building Santé-Vita à sept heures cinquante-deux. Huit minutes d'avance. Pas question d'arriver à huit heures pile et de donner l'impression qu'elle avait passé sa soirée à surveiller l'heure, même si c'était précisément ce qu'elle avait fait.
La nuit était tombée sur le quartier de Bellevue avec cette discrétion élégante qui caractérisait les endroits où les gens riches habitaient, pas de bruit, pas d'agitation, juste cette tranquillité ouatée des rues larges et des jardins bien entretenus où les réverbères éclairaient des trottoirs que personne n'utilisait vraiment parce que tout le monde rentrait en voiture.La maison d'Alexandre de Saint-Victor se dressait au bout d'une allée privée bordée de platanes centenaires, derrière un portail en fer forgé que personne n'aurait osé qualifier de simple. C'était une bâtisse du début du siècle dernier, pierre de taille, hautes fenêtres, toiture en ardoise gri
Le dimanche soir tomba sur Claireville avec la mélancolie tranquille des fins de weekend, cette lumière déclinante qui donnait aux appartements une atmosphère de veille, de quelque chose qui allait recommencer sans qu'on soit tout à fait prêt.Clara était rentrée du Café des Arts avec les mots de Jade qui tournaient dans sa tête comme une pièce de monnaie qu'on retourne sans arrêt pour regarder les deux faces sans jamais se décider laquelle croire. Elle avait essayé de lire, avait posé le livre après deux pages. Avait allumé la télévision, l'avait éteinte au bout de dix minutes. Avait fait du thé qu'elle avait laissé refroidir sur la table basse à côté du
Le weekend arriva avec cette lenteur particulière des jours sans obligation, ces heures creuses qui auraient dû être reposantes et qui devenaient rapidement insupportables pour quelqu'un dont le cerveau ne connaissait pas le mode veille.Clara avait dormi jusqu'à huit heures, ce qui constituait pour elle un exploit digne d'être mentionné dans un journal intime si elle en avait tenu un. Elle avait bu son café debout devant la fenêtre, regardant Claireville s'éveiller dans la lumière douce du samedi matin, les rues encore désertes, les boulangeries ouvertes comme des îles de chaleur dans le froid persistant du printemps qui n'arrivait pas vraiment à s'installer.
La matinée s'était installée avec cette douceur trompeuse des journées qui allaient se révéler compliquées. Clara était arrivée tôt, avant même Lucie et son sourire solaire, avant Inès et ses talons qui claquaient, avant le bourdonnement progressif de l'étage qui prenait vie comme un moteur qu'on réchauffe. Elle aimait ces premières minutes de silence dans son bureau, cette fenêtre brève où elle pouvait être simplement elle-même avant de remettre le costume de Clara Morel pour la journée.Elle avait passé la première heure à travailler sur le dossier Helix, affinant les arguments pour la réunion du jeudi avec une précision qui lui donnait l'impressio
La matinée était encore jeune, Claireville à peine éveillée derrière les baies vitrées, quand les yeux de Clara glissèrent sur la clause vingt-trois, alinéa quatre, du contrat cadre Helix Pharma. Une phrase anodine en apparence, noyée dans la forêt dense des articles et sous-articles, formulée avec cette sophistication particulière des pièges bien construits, ceux qui ressemblent à de la prose juridique ordinaire jusqu'au moment où on comprend qu'on vient de lire quelque chose d'extraordinairement retors.Clara relut la phrase. Puis encore une fois. Puis elle posa son stylo sur le bureau et s'adossa à son fauteuil avec la lenteur de quelqu'un qui vient de trouver ce qu'il cherchait sans savoir qu'il le cherc
Clara arriva au bureau le lendemain matin avec trois heures de sommeil, un café dans la main gauche et le bracelet dans la poche droite de son manteau. Elle ne savait pas pourquoi elle l'avait pris. Elle ne savait pas non plus pourquoi elle ne l'avait pas laissé sur la table basse où elle l'avait posé la veille au soir avant de s'endormir sur le canapé, tout habillée, le visage contre un coussin, sans même avoir eu la force d'aller jusqu'au lit.Lucie leva les yeux depuis son comptoir et sourit. "Bonjour Madame Morel ! Vous avez l'air...""Ne dites rien", dit Clara.Lucie referma la bouche avec la sagesse de q







