LOGINPOV de SachaLe gardien de l’immeuble ouvre la porte avant que j’aie besoin de sonner. Il a déjà reçu la photo d’Apolline et l’ordre de préparer les images des trois nuits où sa voiture est restée dans le parking souterrain.Je traverse le hall avec Dorian. L’adresse se trouve à moins de dix minutes du Trocadéro, dans une rue assez discrète pour que personne ne remarque une berline qui entre après minuit. L’appartement occupe le dernier étage. Il appartient à une société créée huit mois plus tôt, financée par un cabinet qui travaille régulièrement avec les de Varenne.La société ne m’intéresse pas. Je veux le nom de l’homme qui utilise les lieux.Dans le bureau du gardien, les enregistrements sont déjà affichés sur deux écrans. Apolline apparaît à 23 h 17, lunettes noires malgré la nuit, un manteau clair fermé jusqu’au cou. Elle entre seule dans l’ascenseur privé. À 6 h 42, elle ressort avec un homme dont la capuche masque une partie du visage.Je fais arrêter l’image.Il est plus jeu
POV de MaëlleDeux jours après la dispute, Mia retrouve les billets du parc dans la poche extérieure de son petit sac.Elle les pose sur la table de la cuisine pendant que je coupe une pomme. Les deux cartons sont déjà froissés aux coins. Sacha les lui avait donnés avant mon départ pour Lyon, en lui promettant une journée entière dans le nouveau parc près de Marne-la-Vallée.— C’est encore possible ?Je pose le couteau. Mia garde les yeux sur les billets. Depuis qu’elle a surpris Sacha dans ma chambre, elle parle moins fort dès qu’elle prononce son prénom. Elle continue pourtant à tendre l’oreille lorsqu’une voiture entre dans la cour, puis se détourne avec application quand il traverse le jardin.— Si tu en as envie, oui.— Avec papa aussi ?La question me serre le ventre. Je m’accroupis près d’elle et remets une boucle derrière son oreille.— C’est toi qui décides si tu veux le voir aujourd’hui.Elle réfléchit avec le sérieux qu’elle réserve d’habitude au choix d’un dessert. Puis el
POV de SachaMaëlle referme la porte avant que je trouve quoi dire à Mia. Le verrou tourne aussitôt.Je reste devant la porte. À l’intérieur, Mia pleure contre sa mère. Maëlle lui parle doucement, avec cette voix qu’elle utilise lorsqu’elle veut empêcher sa propre peur de passer.Deux boutons de son chemisier sont restés près du lit. J’ai encore la sensation de son poignet dans ma main.Apolline apparaît au bout du couloir, attirée par le bruit. Son regard s’arrête sur la porte fermée, puis sur ma joue.— Qu’est-ce qui s’est passé ?— Retourne dans ta chambre.Elle s’approche malgré tout.— J’ai entendu Mia crier. Maëlle t’a frappé ?Je tourne la tête vers elle. Elle comprend enfin que je ne répondrai pas et s’arrête à quelques mètres.— Ne monte plus dans cette partie de la maison, dis-je. Ni toi ni ton personnel.— Sacha, je voulais seulement…— Descends.Elle repart sans insister.Je frappe une fois contre la porte.— Maëlle.— Va-t’en.Sa voix est étouffée, mais ferme.— Je prends
POV de MaëlleJe le regarde, certaine d’avoir mal compris.Sacha m’a fait revenir de Lyon en pleine nuit. J’ai passé presque quatre heures dans une voiture après une journée épuisante, et il m’attend dans son salon pour me demander combien d’hommes je fréquente.— Élias m’a aidée à préparer ma soutenance. On a dîné avec les autres et il m’a raccompagnée. Voilà toute l’histoire.Son visage se ferme. Il reste debout devant moi, encore habillé malgré l’heure, une main dans la poche de son pantalon. La cicatrice près de sa tempe est presque effacée, mais son regard n’a plus rien de l’homme qui me demandait de lui faire confiance avant l’accident.— Et Rémi ?— Quoi, Rémi ?— Il te raccompagnait aussi ? Il te prenait dans ses bras pour te féliciter ?Je laisse tomber mon sac près du canapé.— J’ai réussi ma soutenance aujourd’hui. Tu pourrais au moins faire semblant d’être content pour moi au lieu de compter les hommes qui m’adressent la parole.— Je me fous de leurs paroles.Le ton est ca
POV de MaëlleLe mail de l’école arrive après le petit déjeuner.Ma soutenance est fixée à vendredi matin. Mon dossier technique et mon rapport de stage ont été acceptés. Si je valide l’oral, il ne restera plus que la décision officielle de la commission.Je relis deux fois le message avant d’aller trouver Sacha dans son bureau.— Je dois retourner à Lyon demain. J’ai ma soutenance vendredi.Il relève les yeux de son ordinateur.— Tu n’es toujours pas diplômée ?Il ne sourit pas. Il a seulement l’air surpris, mais cela suffit à réveiller tout ce que j’essaie de tenir à distance : les cours ratés, les crédits accumulés au compte-gouttes et les mensonges racontés à mes parents pendant qu’ils me croyaient sur le point de terminer.— Non. Pas encore.Je ne lui explique rien. Ni les nuits derrière la caisse de la supérette, ni les examens préparés avec Mia contre moi, ni la période où je choisissais entre payer la crèche et acheter le matériel demandé par l’école.Sacha referme le dossier
POV de MaëlleApolline descend lorsque nous avons presque terminé le petit déjeuner.Elle porte un pantalon crème et un pull fin, les cheveux attachés à la nuque. Son visage paraît plus pâle que la veille. Une femme que je n’ai encore jamais vue la suit jusqu’à la salle à manger avec une mallette médicale.Sacha repose sa tasse.— Qu’est-ce qui se passe ?Apolline s’assied en face de lui. Elle pose une enveloppe sur la table, puis la pousse dans sa direction.— Je comptais attendre encore un peu, mais vu la situation, ce serait absurde.Sacha ouvre l’enveloppe. Son regard parcourt rapidement les documents.Apolline ne me regarde pas lorsqu’elle parle.— Je suis enceinte.Je garde ma fourchette entre les doigts. Pendant quelques secondes, les mots restent suspendus au-dessus de la table sans vraiment m’atteindre.Puis je comprends.La veille, Sacha m’embrassait dans cette maison. Ce matin, sa fiancée lui annonce qu’elle porte son enfant.— Depuis combien de temps ? demande-t-il.— Sept







