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Le contrat de nos sept ans
Le contrat de nos sept ans
작가: Léo

Chapitre 1 — Plus que trois jours…

작가: Léo
last update 게시일: 2026-10-20 13:20:57

Le calendrier était resté ouvert sur le bureau depuis le matin. Éléna aurait pu le refermer. Elle aurait même dû le faire, à en juger par la façon dont elle revenait sans cesse à la même date. Trois jours. Soixante-douze heures, à peine, avant que le contrat prenne fin. Trois jours avant que son mariage avec Adrien Delcourt ne devienne une formalité à dissoudre.

Elle revit Adrien, ce garçon aux yeux gris qui la protégeait des brutes dans la cour, celui qui l'avait toujours traitée comme une petite sœur, avec cette affection sincère qui, à l'époque, ne portait aucune ombre.

Puis vint le fracas du métal, les cris, l'accident qui avait emporté ses parents.

Elle se souvint d'Hélène, la mère d'Adrien, la recueillant, l'aimant comme si elle était née d'elle. Elle ignorait qu'Hélène, mourante, les mains crispées sur les draps, implorant Adrien d'épouser Éléna pour la protéger.

Elle se rappela cette conversation, il y a trois ans, dans son bureau. Adrien avait été brutal, sans aucune fioriture. Il l'avait regardée, le visage neutre, et lui avait avoué qu'il considérait leur union comme une erreur monumentale, une simple extension de sa culpabilité.

Il lui avait parlé de Camille, celle qu'il aimait réellement. Il lui avait proposé ce contrat : trois ans de mariage, un divorce rapide à la clé, et une compensation financière qui la mettrait à l'abri du besoin toute sa vie.

Elle avait accepté par amour.

Pourtant, trois ans à ses côtés lui avaient paru préférables à une vie loin de lui. Elle s’était persuadée qu’il finirait par la voir.

« Une idiotie », se dit-elle maintenant avec une pointe d'amertume.

La serrure tourna. Éléna se redressa.

Adrien entra, son manteau sur le bras. Il avait retiré sa cravate, et le col de sa chemise était défait. Ce détail, chez un homme qui ne laissait jamais rien au hasard, suffit à lui faire comprendre que la soirée avait dérapé. Il posa ses clés dans le vide-poche, manqua le bord et les rattrapa avant qu’elles tombent.

— Tu es rentré tard, dit-elle.

— J’avais un dîner.

Sa voix était plus basse que d’habitude. Il fit deux pas vers le couloir, s’arrêta et posa une main au mur. L’alcool avait brouillé ses gestes, pas assez pour le faire tituber franchement, mais assez pour qu’elle oublie un instant la prudence qu’il lui inspirait.

— Adrien, tu as beaucoup bu ?

— Pas tant que ça.

Il repoussa une mèche de son front. SoIl détourna la tête une seconde, puis se retourna. Cette fois, il la fixa comme s’il venait de la découvrir dans une pièce où ils vivaient pourtant depuis des années.

— Éléna.

Elle ne répondit pas tout de suite. Il avait prononcé son prénom avec une douceur inhabituelle, presque inquiète.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

Il s’approcha et lui prit le poignet. Ses doigts étaient chauds. Elle aurait pu se dégager, mais il ne serrait pas assez fort pour lui faire mal. Il avait l’air de s’accrocher à quelque chose qu’il ne parvenait pas à nommer.

— Ne me quitte pas, murmura-t-il.

Éléna sentit sa gorge se nouer. Depuis trois ans, elle avait imaginé mille fois qu’il lui demanderait de rester. Pas ainsi, pas avec l’haleine chargée d’alcool et les paupières lourdes. Pourtant, il n’avait pas dit Camille. Il avait dit son nom, à elle.

— Tu sais à qui tu parles ?

— Bien sûr.

Sa réponse vint avec retard. Son pouce effleura l’intérieur de son poignet et ce geste familier lui fit plus d’effet qu’il n’aurait dû. Elle revit l’adolescent qui lui tendait la main après une chute, l’homme qui avait veillé sur elle après les funérailles, puis le mari qui partageait son toit sans jamais franchir la distance entre eux.

Tu as beaucoup bu, Adrien, tu n’es pas en état de…

— Je sais ce que je dis.

Mais il ne savait peut-être pas ce qu’il faisait. Cette pensée aurait dû suffire à la retenir. À la place, elle se rapprocha. Elle avait passé trois ans à surveiller ses gestes, ses mots, jusqu’à la place qu’elle prenait à table. Elle ne voulait pas qu’un soir d’ivresse décide de toute leur histoire, mais elle ne supportait plus de faire semblant.

— Regarde-moi, dit-elle. Est-ce que tu sais quel prénom tu viens de prononcer ?

Il fronça les sourcils, comme si la question l’avait blessé. Puis il baissa les yeux vers ses lèvres.

Elena l’embrassa.

Ce fut bref d’abord, un contact prudent, presque une question. Adrien ne répondit pas tout de suite. Son souffle se suspendit contre le sien ; puis sa main quitta son poignet pour se poser à sa taille. Il l’attira vers lui et l’embrassa à son tour, avec une intensité qui ne ressemblait pas à la réserve des trois dernières années. Éléna sentit ses jambes faiblir. Elle s’accrocha à ses épaules, consciente qu’elle aurait dû interrompre ce baiser avant qu’il ne prenne cette ampleur.

Il recula d’un pas, puis revint vers elle. Ils atteignirent la chambre sans qu’elle se souvienne du moment où ils avaient quitté le salon. Adrien la fit asseoir au bord du lit et posa une main contre sa joue. Son pouce suivit sa pommette avec une délicatesse qui lui donna envie de pleurer.

— Tu es belle, souffla-t-il.

Elle ferma les yeux. Ce n’était pas une déclaration. Elle le savait. Cela n’empêcha pas les mots de s’enfoncer en elle.

Quand il se pencha de nouveau, elle sentit sa bouche contre la sienne, puis sa main dans son dos. Pendant quelques secondes, elle s’autorisa à croire que le contrat, Camille et les années de silence n’existaient plus. Elle posa les doigts sur le premier bouton de sa chemise. Adrien se figea.

Il ouvrit les yeux, comme s’il revenait de très loin. Sa main se retira de sa taille.

— Non.

Éléna se redressa.

— Quoi ?

Il se leva trop vite et vacilla. Elle tendit la main, mais il la repoussa sans force, davantage pour garder ses distances que pour la blesser.

— Je ne peux pas faire ça. Je n’ai pas le droit.

— Adrien...

Il resta là, les mains ouvertes, désemparé. Une réponse sembla se former, puis s’éteignit avant d’atteindre ses lèvres.

— Adrien, qu’est-ce que tu veux dire ?

Il porta une main à son front. Son visage avait perdu ses couleurs. Éléna se leva à son tour et le rattrapa juste avant qu’il ne tombe. Elle l’aida à s’allonger, lui défit son col et posa un verre d’eau sur la table de nuit. Il ne parvint pas à le boire. Ses paupières se fermèrent presque aussitôt.

Elle voulut retirer sa main de la sienne, mais ses doigts se refermèrent autour de son poignet.

— Ne pars pas, souffla-t-il, déjà à moitié endormi.

Éléna resta immobile au bord du lit. Dehors, Paris poursuivait sa course. Sur le bureau, le calendrier indiquait toujours trois jours. Dans la chambre, la main d’Adrien ne la lâchait pas.

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