Masuk— CharlotteLes semaines passent, douces, lentes, paisibles. Thomas grandit, il sourit, il gazouille, il attrape mes doigts, il reconnaît nos voix, il est notre joie, notre lumière, notre tout. Alexandre est là, tous les jours, toutes les nuits, il est un père, un vrai père, il change les couches, il donne les biberons, il chante des berceuses, il lit des histoires, il est là, vraiment là. Et moi je suis là, avec lui, avec Thomas, avec notre famille. Et je me dis que c'est ça, le bonheur, c'est ça, la paix, c'est ça, la vie.L'entreprise reprend, lentement, sûrement. Nous avons renvoyé les hommes de Ferland, nous avons nommé de nouveaux dirigeants, nous avons lancé de nouveaux projets, des projets éthiques, des projets durables, des projets qui font le bien, des projets dont Thomas serait fier. Et l'entreprise fleurit, elle croît, elle prospère, elle renaît de ses cendres, comme un phénix, comme notre famille, comme notre amour.Mais il y a une ombre,
— AlexandreLe manoir est silencieux, d'un silence de fin de soirée, doux, familier. Thomas dort dans sa chambre, bercé par Sophie qui lui chante une chanson, et Charlotte et moi nous sommes assis dans le salon, devant un feu qui crépite, avec des dossiers étalés sur la table basse, des dossiers de l'entreprise, des rapports, des bilans, des projets. La réalité qui nous rattrape, la vie qui reprend. Et je me dis que c'est bien, que c'est sain, que c'est nécessaire. Nous avons vécu des mois de cauchemar, des mois de procès, des mois de peur. Maintenant nous devons vivre, vraiment, construire, bâtir, créer.Je prends un dossier, je l'ouvre, je le lis, et je dis d'une voix ferme, claire, celle d'un homme qui a enfin trouvé sa place :— Charlotte. J'ai réfléchi, beaucoup réfléchi, à l'entreprise, à ce que nous allons en faire, à ce que Thomas aurait voulu qu'on en fasse. Et j'ai décidé quelque chose, quelque chose d'important, quelque chose de fondamental
— CharlotteLa côte italienne est une ligne dorée entre le bleu du ciel et le bleu de la mer. La terrasse de notre chambre d'hôtel surplombe les rochers, les vagues viennent s'écraser en contrebas dans un bruit régulier, apaisant, un bruit qui efface tout, un bruit qui nettoie tout, un bruit qui guérit tout. Je suis allongée sur un transat, un livre ouvert sur les genoux, mais je ne lis pas. Je regarde la mer, je regarde le ciel, je regarde Alexandre qui nage là-bas dans l'eau claire, ses bras qui fendent les vagues, son corps qui brille au soleil. Et je me dis que je suis heureuse, vraiment heureuse, pour la première fois depuis des années, peut-être pour la première fois de ma vie.Thomas est resté à Montréal, avec Sophie, avec Mme Bouchard, elles se relayent pour s'occuper de lui, pour le nourrir, pour le changer, pour le bercer. Elles m'envoient des photos, des vidéos, des messages. Il va bien, il grandit, il sourit, il est heureux. Et moi je suis là, sur
— CharlotteL'église est petite, une église de quartier avec des murs de pierre, des vitraux colorés, et une odeur de cire et d'encens. Les bancs sont remplis, Sophie est là au premier rang avec Thomas dans ses bras, notre fils, notre petit miracle, qui porte un costume minuscule et une cravate ridicule. Mme Bouchard est là aussi, avec son tablier et son chignon, et elle pleure déjà, elle pleure comme si c'était son propre mariage. Les amis sont là, les collègues, les avocats, tous ceux qui nous ont soutenus, tous ceux qui ont cru en nous, tous ceux qui ont prié pour nous.Et mon père est là, Richard, sorti de prison pour bonne conduite, il a purgé deux ans sur trois, il a changé, il a vieilli, il a maigri, il a les yeux clairs pour la première fois depuis des années, et il me regarde, il sourit, il pleure. Il est là, dans son costume élimé, avec sa cravate mal nouée, et il me tend le bras, il me tend le bras pour m'emmener à l'autel, pour me donner à Alexandr
— AlexandreL'étude de M. Gauthier est petite, encombrée, éclairée par une lampe verte qui donne au papier un reflet suranné. Je suis assis en face du notaire, Charlotte à côté de moi, et nous attendons la dernière pièce du puzzle, la dernière révélation, la dernière vérité. M. Gauthier ouvre un dossier, il ajuste ses lunettes, il nous regarde, et il sourit, un sourire sincère, un sourire de notaire qui a enfin une bonne nouvelle à annoncer.— Monsieur Lavoie. Madame Lavoie. J'ai le plaisir de vous annoncer que la clause du testament de votre père est annulée, caduque, sans effet. La condamnation de Me Ferland a entraîné la déchéance de ses fonctions d'exécuteur testamentaire, le fonds qu'il gérait est dissous. Et vous, Alexandre, vous êtes officiellement l'héritier légitime de la fortune et de l'entreprise de votre père. Sans condition, sans clause, sans restriction. Tout vous revient. Tout. L'entreprise, la fortune, le contrôle. Tout.Je reste figé,
— CharlotteLe palais de justice est bondé, les caméras sont là, les journalistes, le public, tous ceux qui ont suivi l'affaire, tous ceux qui ont cru à la culpabilité d'Alexandre, tous ceux qui ont douté, tous ceux qui ont espéré. Je suis assise au premier rang, à côté d'Alexandre, et je tiens sa main. Il est calme, il est posé, il est prêt. Il a attendu ce moment pendant des mois, il a attendu ce moment pendant des années, et maintenant il est là, le procès de Ferland, le procès qui va tout dire, le procès qui va tout prouver, le procès qui va tout achever.Ferland est dans le box des accusés, il porte un costume gris, une chemise blanche, une cravate sombre. Il a l'air vieux, il a l'air fatigué, il a l'air vaincu. Mais il y a encore dans ses yeux une lueur de défi, une lueur de haine, une lueur qui ne s'éteindra jamais. Il nous regarde, il regarde Alexandre, il me regarde, et il sourit, ce sourire de serpent, ce sourire qui me donne envie de vomir. Mais je







