Se connecterChapitre 44AméliaLa femme arrive à la fondation en fin de matinée, et dès que je la vois franchir le portail en fer forgé, je comprends que ce qui va suivre ne sera pas agréable. Il y a dans sa démarche quelque chose de déterminé, de tendu, qui n'annonce rien de bon. Elle est grande, blonde, les cheveux coupés au carré, vêtue d'un tailleur élégant bleu pâle qui a dû coûter une petite fortune. Ses yeux sont rouges comme si elle avait pleuré, ou comme si elle allait pleurer, et ses mains sont crispées sur la bandoulière de son sac à main. Elle traverse la cour d'un pas déterminé, ignorant les enfants qui jouent au ballon, ignorant les regards surpris des bénévoles qui s'arrêtent pour la regarder passer, et s'arrête devant la porte de la salle d'activité o
Chapitre 43NoahJe l'emmène loin de la ville, loin des regards, loin des rumeurs, loin de tout ce qui pourrait nous rappeler le monde auquel j'appartiens et qu'elle déteste. Nous roulons pendant une heure sur des routes de campagne bordées de champs nus et de forêts silencieuses, et le paysage défile derrière les vitres comme un tableau qui changerait à chaque instant. Les arbres dénudés tendent leurs branches noires vers le ciel gris perle, les prairies sont couvertes d'un givre blanc qui scintille sous la lumière pâle de décembre, et de temps en temps un oiseau solitaire traverse le ciel comme un coup de pinceau sur une toile. Le silence entre nous n'est plus pesant comme avant, il n'est plus chargé de méfiance et de non-dits, il est devenu confortable, presque familier, comme un vieil ami qu'on retrouve après une longue ab
Chapitre 42AméliaLes jours passent, et je sens mes défenses s'éroder lentement, comme une falaise grignotée par la mer, comme un mur de sable que les vagues défont un peu plus à chaque marée. Noah continue de venir à la fondation, presque chaque jour, sans sa Bentley, sans ses costumes, sans rien de ce qui faisait de lui le play-boy arrogant des premiers jours. Il arrive avec des vêtements simples, un pull bleu marine, un jean, des chaussures ordinaires, et il passe des heures avec les enfants, à lire des histoires, à distribuer des goûters, à ramasser des crayons tombés par terre.Hier, je l'ai observé sans qu'il me voie. Je m'étais cachée derrière la porte entrouverte de la salle d'activité, et je l'ai regardé pendant de longues minutes, incapable de détourner les yeux. Il &
Chapitre 41NoahJe n'arrive pas à dormir. Allongé dans mon lit, les yeux fixés sur le plafond blanc de mon penthouse, je repasse en boucle les événements de la soirée comme un film dont je ne peux pas arrêter la projection. Le visage de mon père, son mépris glacial, ses mots qui ont ravivé de vieilles blessures que je croyais cicatrisées. La robe tachée d'Amélia, ses yeux brillants de larmes retenues, sa main qui a serré la mienne dans la nuit glacée. Et cette question qui tourne dans ma tête comme un disque rayé, comme le tic-tac du Király contre ma poitrine : que suis-je en train de devenir ?Moi, Noah Hayes, vingt-sept ans, le play-boy qui ne s'attachait jamais, qui collectionnait les conquêtes comme des trophées, qui fuyait les sentiments comme on fuit la peste. Moi q
Chapitre 40AméliaLa nuit est glacée, et nos pas résonnent sur le gravier de l'allée qui mène au portail de la propriété. Derrière nous, la demeure des Hayes brille de tous ses feux, immense et majestueuse, comme un paquebot illuminé dans la nuit noire, ses fenêtres découpant des rectangles de lumière dorée sur les pelouses impeccablement entretenues. Ma robe est encore trempée de vin, le tissu bleu marine maculé de taches écarlates qui s'élargissent comme des fleurs empoisonnées, et la veste de Noah pèse sur mes épaules comme une armure trop grande, imprégnée de son parfum, de sa chaleur, de sa présence. Mes doigts sont toujours serrés dans les siens, et je n'ose pas les retirer, je n'ose pas briser ce contact qui est la seule chose qui me retient de m'effondrer. Nous marchon
Chapitre 39NoahJe traverse la salle sans voir personne d'autre qu'elle. Les invités s'écartent sur mon passage, leurs conversations s'interrompent, leurs sourires se figent. Amélia, trempée de vin rouge, les yeux brillants de larmes qu'elle refuse de verser, le visage pâle mais la tête toujours haute. Cette femme qui a traversé tant d'épreuves, qui a survécu à tant d'humiliations, qui n'a jamais rien demandé à personne, est en train de se faire détruire par des gens qui ne méritent même pas de prononcer son nom.Je retire ma veste de smoking sans réfléchir, sans calculer, sans me soucier des regards qui convergent vers nous. Le tissu noir glisse de mes épaules, et je le pose sur les siennes, doucement, avec une précaution infinie. Je sens son corps trembler sous le tissu, je vois ses doigts







