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Chapitre 4

Penulis: Histoire
last update Tanggal publikasi: 2026-06-15 22:33:51

Chapitre 4

Adrian

Je ne dors pas. La nuit s'est refermée sur moi comme un piège, et chaque fois que je ferme les yeux, je revois son visage, ce regard impassible, cette façon qu'elle a eue de me dire non comme on refuse un verre d'eau. Elara. Ce prénom tourne dans ma tête, obsédant, irritant, fascinant. Je me lève, je marche jusqu'à la baie vitrée, et la ville à mes pieds ne m'offre aucune réponse.

Il est trois heures du matin quand je saisis mon téléphone. Viktor répond à la première sonnerie, la voix parfaitement neutre, comme s'il attendait mon appel, comme s'il savait que cette fille m'empêcherait de dormir.

_ Viktor. La fille du vestiaire. Elara. Je veux tout savoir sur elle. Son passé, sa famille, ses habitudes, ses faiblesses. Tout.

_ Bien, monsieur. Ce sera fait pour demain matin.

Je raccroche et j'attends. Les heures s'étirent, interminables, peuplées d'images que je ne contrôle pas. Je la revois derrière son comptoir, les doigts tachés, le dos droit, le regard impénétrable. Je revois le mouvement de ses mains quand elle m'a tendu mon manteau, ce geste mécanique, presque ennuyé. Aucune femme ne m'a jamais regardé ainsi. Aucune femme ne m'a jamais dit non.

À huit heures précises, mon téléphone vibre. Le dossier est dans ma boîte mail. Je l'ouvre fébrilement, et les mots défilent sous mes yeux comme les pièces d'un puzzle qui s'assemblent.

Elara Vance. Vingt-six ans. Père décédé il y a dix ans d'un cancer foudroyant. Mère, Hélène Vance, souffrant d'une maladie cardiaque chronique qui nécessite des soins constants et des traitements coûteux. La famille vit dans un appartement modeste de Brooklyn, un deux-pièces dont le loyer est payé avec difficulté chaque mois. Elara est titulaire d'une licence en histoire de l'art, obtenue avec mention, et poursuit actuellement un stage non rémunéré au musée des Beaux-Arts, dans le département de restauration. Pour financer ce stage et les soins de sa mère, elle travaille le soir et le week-end comme vestiaire pour des agences événementielles.

Je continue ma lecture. Pas de petit ami. Pas de relation connue, ni présente ni passée. Pas de présence sur les réseaux sociaux, pas de profil I*******m où elle afficherait sa vie, pas de compte T*****r où elle donnerait son avis sur le monde. Rien. Le néant numérique. Une existence entièrement tournée vers deux choses : l'art et sa mère.

Les photos jointes au dossier montrent une femme effacée, toujours vêtue de la même manière simple, toujours seule, toujours pressée. On la voit sortir de l'hôpital où sa mère est soignée, un cabas à la main. On la voit entrer au musée à l'aube, avant l'ouverture, pour profiter de chaque minute de son stage. On la voit rentrer chez elle tard le soir, les épaules fatiguées, le visage marqué par l'épuisement.

Un fantôme. Voilà ce qu'elle est. Une femme qui traverse la vie sans bruit, sans trace, sans chercher à attirer l'attention de quiconque. Une femme qui a renoncé à tout ce qui fait briller les autres pour se consacrer entièrement à ce qui compte vraiment pour elle.

Je pose mon téléphone sur la table et je reste immobile, le regard perdu sur l'horizon. Je devrais être déçu, ou amusé, ou indifférent. Cette femme n'a rien de ce que je recherche habituellement. Elle n'est pas riche, pas célèbre, pas influente. Elle n'a aucun réseau, aucun pouvoir, aucun éclat. Elle est l'inverse absolu de tout ce qui m'attire.

Et pourtant, je ne peux pas détacher mes pensées d'elle. Cette absence, ce vide, ce silence autour de son existence, tout cela m'aimante avec une force que je ne comprends pas. Elle n'a rien, et c'est peut-être pour cela qu'elle m'a dit non. Parce qu'elle n'a rien à perdre. Parce qu'elle ne dépend de personne. Parce que ma richesse, mon pouvoir, mon nom, tout ce qui fait plier les autres, ne représentent pour elle qu'un bruit de fond, une distraction inutile dans une vie déjà bien assez lourde.

Je suis fasciné malgré moi. Fasciné par cette femme qui a choisi l'ombre, qui a choisi le silence, qui a choisi de consacrer sa vie à des choses qui ne brillent pas. Fasciné par cette force tranquille, cette détermination sans arrogance, cette dignité sans apprêt. Fasciné par le mystère de son indifférence.

Je me lève et je marche jusqu'à la fenêtre. Le soleil est levé maintenant, et la ville grouille à mes pieds, des millions de vies qui s'entrecroisent sans se voir. Quelque part dans cette foule, il y a une femme qui m'a dit non, et je ne pense plus qu'à une chose : la faire changer d'avis.

Je sais où elle sera aujourd'hui. Le musée des Beaux-Arts. Je l'y trouverai.

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