登入Dans un monde où loups-garous, vampires et humains cohabitent sous un pacte fragile signé vingt ans plus tôt, New York tient un équilibre que personne ne devrait oser briser. Elena Voss, elle, n'a qu'un but : décrocher son diplôme de droit, obtenir un visa étudiant pour le Canada et disparaître avant que sa dette ne l'engloutisse pour de bon. Une dette qui n'est même pas la sienne : celle de sa mère, disparue depuis cinq ans, que Richard Voss lui fait payer avec des intérêts qui ne cessent jamais de grimper. Coursière le jour, employée d'un club interlope le soir, étudiante entre les deux, Elena tient debout à coups de sacrifices et de silence. Jusqu'au jour où Richard lui impose une garde encombrante : un animal massif, blessé, destiné à un acheteur qu'elle ne connaîtra jamais. Une "marchandise" à cacher, nourrir, et surtout, ne jamais toucher. Elle désobéit dès la première nuit. Ce qu'elle découvre en le soignant en cachette dépasse tout ce qu'elle avait imaginé — une confiance silencieuse, une complicité grandissante, et l'esquisse d'un plan à deux plutôt qu'une fuite solitaire. Jusqu'à l'aube où tout bascule : la créature qu'elle protégeait n'est pas ce qu'elle croyait. C'est un loup-garou. Un Alpha. L'héritier d'une meute entière, arraché à elle aussi brutalement qu'il était entré dans sa vie. Entre un système de dettes conçu pour ne jamais s'éteindre, un fils de bourreau qui savoure chaque miette de pouvoir qu'il a sur elle, et un complot visant à faire vaciller l'équilibre fragile entre les trois espèces, Elena va devoir choisir : continuer à fuir seule, ou risquer absolument tout pour un homme qui ignore encore qu'elle existe vraiment. Le Pacte protège la ville. Rien ne protège Elena.
查看更多POV Elena
Mon réveil sonne à cinq heures moins le quart, et comme chaque matin, je le fais taire avant même la première sonnerie complète. Cinq heures, c'est le prix à payer pour caser une tournée de livraisons entière avant mon premier cours de la journée. Je n'ai pas le luxe de choisir mes horaires de sommeil, seulement celui de m'organiser pour que rien ne déborde.
Je m'habille dans le noir, avale un reste de pain de la veille, et je suis déjà sur mon vélo quand le ciel commence tout juste à pâlir au-dessus des immeubles du Bronx. Ce rythme, je le tiens depuis des mois : livraisons avant les cours, cours l'après-midi, et le Solstice le soir pour finir la boucle. Le sommeil, lui, attendra que j'aie trouve un moyen d’être libre.
Au dépôt, Renner me tend mon premier colis avec quatre bonnes minutes de retard, le temps qu'il retrouve l'étiquette correspondante dans sa pile mal triée. Quatre minutes que je ne récupérerai jamais. Le temps, c'est de l'argent, et je n'en ai jamais assez à perdre bêtement.
_ Voss, magne-toi un peu, cette fois c'est urgent, me lance-t-il en guise d'excuse, comme si c'était moi qui traînais.
Je ne réponds même pas, je fonce vers mon vélo. J'ai déjà une bonne trentaine de kilomètres dans les jambes avant midi la plupart des jours, et il m'en faudra encore quelques-uns aujourd'hui si je veux boucler ma tournée à temps pour filer à la fac.
Ma prochaine adresse est en plein Midtown : la tour Caliene, un immeuble que je n'ai jamais livré. C'est un quartier qui appartient presque entièrement aux vampires ; ils préfèrent en général employer leurs propres coursiers pour ce genre de service, des humains à leur solde, dressés à ne poser aucune question. Ça ne me pose pas de problème particulier. L'argent n'a ni odeur ni race, et je n'ai clairement pas les moyens d'être difficile.
En suivant mon GPS d'un œil tout en pédalant, je regarde les tours défiler autour de moi en me demandant vaguement à quoi m'attendre. Je n'ai jamais eu affaire à un vampire de près. Je sais juste ce que tout le monde sait : qu'il fut un temps où ils chassaient les humains pour se nourrir, que leurs phéromones paralysent une proie avant qu'elle comprenne ce qui lui arrive, et que le Pacte signé il y a vingt ans a mis fin à tout ça, en théorie, sous l'œil vigilant de la DSA.
Une prime de zone m'attend si je livre jusqu'ici. Ça vaut bien un peu d'inconfort.
J'accroche mon vélo au premier poteau venu, ajuste ma casquette, cale le colis sous mon bras, et je passe les portes vitrées d'un pas rapide. La femme de l'accueil me toise de haut en bas, s'arrête sur mon jean troué aux genoux, hésite visiblement à me laisser monter comme si j'allais repeindre les murs au marqueur.
_ J'ai une livraison urgente pour Monsieur Caliene, dis-je avant qu'elle ait le temps de trouver une excuse. Quarante-deuxième étage, c'est bien ça ?
Elle pince les lèvres, feuillette un registre qu'elle n'a manifestement pas besoin de consulter, juste pour me faire attendre.
_ Je peux toujours redescendre avec le colis, dis-je en haussant les épaules. Si Monsieur Caliene ne l'a pas à temps, ce sera entre vous et lui.
Elle finit par me tendre un badge du bout des doigts, du même air qu'on tend une pièce à un mendiant.
_ À rendre en sortant.
_ J'en rêvais déjà la nuit, dis-je avec un sourire trop large, en tournant les talons avant qu'elle ne trouve la réplique qui lui manque.
L'ascenseur me dépose au milieu d'une foule en costume sombre, tirée à quatre épingles, parfumée à en donner mal à la tête. Je suppose que la moitié d'entre eux ne respirent pas, au sens propre. Personne ne me regarde, ce qui me va très bien.
Au quarante-deuxième, je fonce vers le bureau indiqué, je frappe une fois et j'entre sans attendre de réponse. Je percute quelqu'un de plein fouet , un grand type brun, costume ajusté sur mesure, qui me retient par le poignet avant même que je recule.
_ Ton odeur est... intéressante, dit-il, les narines frémissantes, la voix soudain lointaine, presque rêveuse.
Génial. Un obsédé du parfum.
_ J'ai un colis pour Monsieur Caliene, dis-je en essayant de dégager mon bras.
_ C'est moi, répond-il, un sourire satisfait aux lèvres, sans desserrer sa prise. Étrange coïncidence, tu ne trouves pas, que nos chemins se croisent aujourd'hui...
Je ne le laisse pas terminer sa phrase. Je lui plante le paquet contre le torse, plus fort que nécessaire, et je lui tends ma tablette d'un geste sec.
_ Signature ici, s'il vous plaît. Et lâchez mon bras.
Il ne bouge pas, ses yeux plantés dans les miens comme s'il cherchait autre chose qu'une signature électronique. Une voix moqueuse s'élève depuis le fond de la pièce.
_ Alors, Julian, tes phéromones font grève ?
Un second homme, blond, assis sur le bord d'un large bureau de verre, se redresse et s'approche avec l'assurance de quelqu'un qui n'a jamais essuyé un refus de toute son existence.
_ Vous êtes tous les deux des vampires, j'imagine, dis-je, plate.
_ Julian Caliene, précise le blond en désignant son ami d'un geste théâtral. Et moi, c'est Théo Rhys. Tu ne nous reconnais vraiment pas ?
_ Je devrais ?
Un silence stupéfait s'installe, comme si je venais de leur annoncer que le ciel n'était pas bleu.
_ Théo Rhys est l'un des visages les plus riches de cette ville, insiste-t-il, presque vexé. Sa marque habille la moitié de Manhattan. Et Julian dirige les holdings vampiriques les plus puissants de la côte Est !
_ Et en quoi ça change ma journée ?
Théo ouvre la bouche, la referme, cherche visiblement une réplique à la hauteur de l'affront qu'il vient de subir. C'est là que Julian décide de refaire un geste vers mon poignet, sûr de son effet, comme si son statut suffisait à faire fondre n'importe qui.
J'attrape son pouce et je tire, sec, sans réfléchir, jusqu'à ce qu'il plie un genou par terre. Il me regarde, plus surpris que blessé, comme si l'idée même qu'une souris puisse mordre le serpent ne lui avait jamais traversé l'esprit.
_ Tu joues gros, petite, souffle Théo en se précipitant vers nous, soudain moins amusé. Tu sais au moins à qui tu t'adresses ?
_ Ça m'est complètement égal, dis-je sans lâcher ma prise. Ce que je sais, c'est que vous venez d'utiliser vos phéromones sur une non-consentante. Ça s'appelle de la chasse, et le Pacte est très clair là-dessus. Vous risquez bien plus gros que moi sur ce coup-là.
Je relâche enfin la main de Julian, récupère ma tablette qu'il signe d'un geste hébété, et j'enfonce ma casquette sur mon crâne.
_ Merci d'avoir fait appel à Hermès Express, leur dis-je à tous les deux, avec le sourire le plus professionnel dont je suis capable. N'hésitez pas à nous recontacter.
_ Et la prochaine fois, ajoutai-je en me dirigeant vers la porte, un peu de politesse vous ferait du bien. Ce sera plus difficile de vendre votre marque de vêtements avec un truc cassé.
Je tourne les talons sans un regard de plus, aussi calme que possible tant que les portes de l'ascenseur ne se referment pas sur moi.
Une fois seule, adossée à la paroi, je souffle enfin. J'étais à deux doigts de finir en dîner de riche.
Au rez-de-chaussée, je balance le badge sur le comptoir de la réceptionniste, qui manque de tomber de sa chaise en le rattrapant. Elle se lève, furieuse, pour m'invectiver, mais se tait aussitôt quand sa supérieure surgit pour la sermonner d'avoir élevé la voix dans le hall. Je m'éclipse avant que ça ne dégénère, un sourire mauvais aux lèvres
Trois livraisons plus tard, je rentre au dépôt pour cadenasser mon vélo avant de filer en cours. Malik, mon seul collègue à peu près fréquentable, s'approche avec son air toujours trop joyeux pour l'heure qu'il est.
_ Encore en tête du classement, Elena. Tu vas finir par te faire des ennemis pour de bon.
_ Ils étaient déjà tous mes ennemis avant, je réponds en haussant les épaules.
Ce système de classement, affiché sur l'intranet après chaque tournée, nous monte volontairement les uns contre les autres : celui qui livre le plus gagne la prime du jour. Je sais que la moitié du dépôt rêverait de me voir renoncer, et l'autre moitié de me voir passer sous un bus. Leur jalousie glisse sur moi comme de l'eau.
_ Toujours besoin d'argent ? me demande Malik, en se glissant à côté de moi.
_ Toujours.
Il sort un flyer un peu froissé de sa poche, qu'il me tend fièrement.
_ Tu es en pleine forme, tu ne fumes pas, tu ne bois pas... Tu devrais essayer ce centre. Ils paient super bien pour du sang de bonne qualité. Et si t'as de la chance, tu te trouves un régulier, et là c'est le jackpot.
Je connais la rumeur : chaque humain aurait un "parfum" différent, et un vampire qui apprécie particulièrement le vôtre peut vous verser une petite fortune pour boire régulièrement à votre jugulaire. Beaucoup de choses me sont égales quand il s'agit de gagner de l'argent, mais pas celle-là.
_ Laisse tomber, dis-je en repoussant le flyer. Je ne suis pas une marchandise, et je ne le serai jamais.
Malik hausse les épaules, pas vexé, avant que notre manager ne l'appelle pour la clôture de sa tournée. Je profite de la diversion pour ranger mon vélo et attraper mon sac dans mon casier.
Il est presque neuf heures. Mon premier cours commence dans quarante minutes, et le trajet en métro jusqu'à la fac me prendra bien vingt-cinq. Je m'autorise à peine le temps d'avaler un café tiède acheté au distributeur avant de courir vers la station.
Sur le quai, je repense un instant à cette étrange sensation d'inconfort ressentie chez les vampires, avant de la chasser de mon esprit. J'ai un partiel de droit des contrats dans deux semaines, et il faudra bien que je trouve le temps de réviser entre deux tournées et le service du soir au Solstice. Le métro arrive dans un grondement métallique, et je me glisse à l'intérieur, la tête déjà ailleurs, vers cette autre vie que je mène en parallèle de celle-ci, celle où, pendant quelques heures, je ne suis ni coursière, ni employée de Richard, mais simplement une étudiante parmi d'autres.
Point de vue de KaïnLa petite tente qu'on m'avait réservée à l'écart des gradins sentait la toile cirée et l'herbe écrasée, un refuge de silence précaire avant le vacarme qui n'allait plus tarder à éclater. Je me tenais immobile devant le miroir de fortune accroché à l'un des montants, observant mon propre reflet avec une distance presque étrangère, comme si l'homme qui me faisait face n'était déjà plus tout à fait celui qui avait grandi dans l'ombre protectrice de cette meute que je m'apprêtais à défendre au péril de ma propre vie.Elena entra sans un bruit, refermant soigneusement le pan de toile derrière elle, et je sentis immédiatement sa présence apaiser, ne serait-ce que lég&egrav
Point de vue de KyleLe poste de soins improvisé derrière les gradins nord sentait l'antiseptique et l'herbe froissée, un mélange âcre qui me picotait la gorge tandis que je regardais Leni terminer de bander l'épaule de Travis avec cette précision méthodique qui semblait ne jamais vaciller, quelles que soient les circonstances. Travis grimaçait à chaque mouvement, mais son visage, malgré la douleur évidente, portait une expression que je ne lui avais encore jamais vue : une paix tranquille, presque sereine, comme si quelque chose de lourd venait enfin de se détacher de ses épaules après des années à peser sur chacun de ses gestes.— Comment te sens-tu ? demandai-je, m'asseyant à ses côtés sur le banc de bois rudimentaire qui gri
Point de vue de TravisMon père roula dans la poussière avec un grondement de rage plus que de douleur véritable, et je reculai aussitôt, mesurant chaque pas avec cette prudence que Corvin m'avait inculquée durant nos longues séances nocturnes. Je le regardai se redresser lentement, ses yeux jaunes brillant d'une fureur froide qui, pour la première fois de mon existence, ne parvenait plus à me réduire instantanément à cet enfant tremblant qu'il avait façonné à coups de mépris répétés pendant tant d'années.Il chargea de nouveau, plus violemment cette fois, et je sentis le poids entier de son corps me percuter de plein fouet, m'envoyant rouler à mon tour dans le sable qui s'infiltra douloureusement sous mes paupières et entre m
Point de vue de TravisL'odeur de la poussière chauffée par un soleil filtrant à peine à travers les nuages me piquait les narines tandis que je me tenais immobile à l'entrée du tunnel de pierre qui menait au sable de l'Arène, mes mains tremblant d'un tremblement que je ne parvenais plus à dissimuler malgré tous mes efforts. Kyle se tenait face à moi, ses deux mains enserrant les miennes avec une fermeté qui semblait vouloir transmettre, par le seul contact physique, toute la force qu'il craignait de me voir manquer dans les minutes à venir.— Regarde-moi, dit-il doucement, sa voix ferme malgré l'inquiétude qui brillait clairement dans ses yeux. Tu n'es plus cet enfant terrifié qui se cachait dans les couloirs de la propriété familiale. Tu es un h






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