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Chapitre 5

作者: Léna Morel
Mélia a machinalement tiré sur sa doudoune pour dissimuler son ventre encore plat.

« Si. C'est peut-être l'âge, mais je suis vraiment frileuse cette année. »

Elle est allée s'asseoir tout en changeant de sujet.

« T'as besoin de mon ordi ? Je vais le chercher dans la voiture. »

« Prends le mien. »

Dorian a poussé son ordinateur vers elle.

L'écran de veille affichait une vieille photo représentant un homme et une femme de dos.

Mélia a reconnu Dorian au premier coup d'œil. La silhouette de la femme lui rappelait celle de Victoria.

Sans laisser paraître quoi que ce soit, elle a ouvert le fichier et s'est mise à prendre mécaniquement des notes.

Au travail, Mélia et Dorian étaient toujours aussi parfaitement synchronisés.

Un simple regard de sa part lui indiquait quel point mettre en rouge pour en assurer le suivi.

Un geste suffisait pour qu'elle comprenne qu'il fallait inviter l'intervenant à conclure et passer au suivant.

Même après six mois sans travailler à ses côtés, leurs automatismes étaient toujours là.

Le front de Dorian, jusque-là barré d'un pli sévère, s'est peu à peu détendu.

Sans même s'en rendre compte, il a cessé de se concentrer sur la réunion pour s'intéresser à Mélia.

Débarrassée de ses tailleurs stricts, elle était plus belle que jamais. Son visage avait gardé toute sa fraîcheur et sa jeunesse.

Ses doigts fins et délicats s'étaient autrefois agrippés aux draps avec force.

La pièce était chaude, mais elle n'avait toujours pas retiré sa doudoune. Une fine pellicule de sueur faisait luire son front lisse.

Ses joues s'étaient teintées de rouge et ses longs cils recourbés frémissaient à chaque battement de paupières.

Mélia était de ces femmes dont la beauté frappait au premier regard, mais qui ne perdaient rien lorsqu'on prenait le temps de les observer.

Dorian s'est laissé happer par cette vision.

À l'écran, l'intervenant avait terminé son rapport, mais Dorian ne réagissait toujours pas.

Mélia, les doigts sur le clavier, lui a jeté un coup d'œil rapide et a croisé son regard.

Elle a tressailli et a aussitôt baissé les yeux.

Après avoir tapé les derniers mots, elle a rajusté sa tenue.

Dorian a remarqué son manège.

« Si tu as chaud, enlève-la. La réunion va encore durer un bon moment », a-t-il dit avant de se reconcentrer sur l'écran.

Craignant d'éveiller les soupçons, Mélia n'a pas osé retirer sa doudoune.

« Je n'ai pas chaud. »

Dorian lui a de nouveau jeté un regard. La lumière du plafonnier accrochait la moiteur de son front.

« Continue », a-t-il dit sans insister davantage.

Peu à peu, les perles de sueur ont roulé le long de ses joues avant de mouiller ses mèches.

La chaleur et la faim ont fini par la rendre mal à l'aise. Des remontées acides lui brûlaient la gorge.

Après un temps qui lui a paru interminable, la réunion s'est enfin terminée.

Mélia s'est levée et a pris son sac.

« M. Montreval, j'ai bien sauvegardé le compte rendu de la réunion. Si vous n'avez plus besoin de moi, je vais y aller. »

Et sans attendre sa réponse, elle a quitté le bureau.

Au bout du couloir, une fenêtre était entrouverte. Le courant d'air froid lui a fait du bien.

Son estomac la faisait toujours souffrir, alors elle a accéléré le pas.

La salle à manger se trouvait assez loin de l'entrée. Elle comptait profiter d'un moment d'inattention pour s'éclipser discrètement.

Alors qu'elle traversait le salon, une délicieuse odeur de nourriture lui est parvenue.

Mélia avait toujours adoré la soupe de poisson. Pourtant, pour une raison qu'elle ne s'expliquait pas, son odeur familière lui a soudain soulevé le cœur.

« Tu as fini ta réunion ? Mélia, reste manger avec nous ! »

Alix, qui avait l'œil, l'avait aperçue descendre et s'était aussitôt levée pour venir vers elle.

Mélia a secoué la tête, mais le moindre mouvement a fait remonter l'acidité qui lui retournait l'estomac.

Elle s'est précipitée dans les toilettes sur sa droite et a été prise de violents haut-le-cœur.

La voix de Dorian a retenti au milieu des pas précipités.

« Yvonne, apporte-lui ses médicaments pour l'estomac. »

À l'orphelinat, Mélia avait grandi en mangeant des restes froids et en sautant régulièrement des repas. Elle souffrait depuis longtemps de graves problèmes gastriques, et tous les Montreval le savaient.

Armand avait de solides connaissances en phytothérapie. Il lui avait prescrit plusieurs traitements qui avaient considérablement amélioré son état. Quand son estomac la faisait à nouveau souffrir, deux comprimés suffisaient généralement à la soulager.

Mais cette fois, ce n'était pas une crise d'estomac. C'étaient les nausées de la grossesse.

Et enceinte, elle ne pouvait pas prendre de médicaments pour l'estomac.

Mélia s'est rapidement rincé la bouche et s'apprêtait à leur dire de ne pas se déranger quand l'odeur de poisson lui est de nouveau parvenue.

Elle s'est aussitôt accroupie et a recommencé à avoir des haut-le-cœur.

Marguerite a quitté la table à son tour et est venue lui tapoter doucement le dos.

« Tu es restée trop longtemps sans manger ? Prends tes médicaments et bois un peu de soupe de poisson bien chaude avant de repartir. »

« Bois un peu d'eau ! »

Alix lui a tendu un verre d'eau tiède.

Mélia s'est rincé la bouche, puis en a avalé une gorgée pour faire passer la nausée.

« Désolée de vous interrompre pendant le dîner. Ce n'est qu'un petit rhume, pas un problème d'estomac. J'ai des médicaments chez moi, je prendrai ce qu'il faut en rentrant. »

Les personnes présentes dans la salle à manger ont toutes tourné la tête vers elle. Rebecca, elle, ne cachait pas son mécontentement.

Victoria s'est approchée de Dorian et lui a pris le bras. Tous deux ont regardé Mélia.

Alix a ajouté :

« Un rhume, ça ne fait pas vomir ! T'as les joues rouges, mais le teint vraiment pâle. Papi devrait t'examiner. »

Armand n'était peut-être pas le meilleur médecin du monde, mais il serait certainement capable de diagnostiquer une grossesse.

Le sang de Mélia n'a fait qu'un tour. Elle s'est empressée d'incliner la tête, prenant un ton encore plus respectueux.

« Je ne voudrais pas vous déranger davantage. Je vous assure que je vais bien. »

Elle ne voulait pas gâcher le dîner des Montreval, surtout pas en présence de Victoria.

Marguerite l'a parfaitement compris.

Mais au fil de ces deux années, elle avait fini par considérer Mélia comme sa propre petite-fille. Comment aurait-elle pu la laisser repartir alors qu'elle la savait souffrante ?

« Allez, laisse Armand t'examiner. Fais-le au moins pour me rassurer, d'accord ? »

Mélia a discrètement secoué la tête. Même sans être enceinte, elle ne voulait pas voler la vedette à Victoria chez les Montreval.

Rebecca n'a plus supporté de rester assise et s'est dirigée vers elles.

« On va pouvoir dîner tranquillement, oui ou non ? »

À table, il ne restait plus qu'Armand et Laurent Montreval, le père de Dorian.

Et Mélia était précisément la « coupable » qui les empêchait de poursuivre tranquillement leur repas.

Voyant combien elle était mal à l'aise, Marguerite a fini par céder.

« Tu es sûre que tu n'as rien ? »

« Oui, je vais vraiment bien. »

Le visage de Mélia avait pâli, mais elle a tout de même adressé à Marguerite un sourire forcé.

« Alors vas-y. Fais attention en rentrant. »

Marguerite préférait la voir partir plutôt que de la laisser subir les remarques de Rebecca.

Mélia s'est retournée et a quitté la maison.

Dès qu'elle est sortie de la demeure, l'air glacial l'a enveloppée. La fine sueur qui perlait sur son front s'est aussitôt refroidie.

Dorian est resté à l'intérieur, à observer sa silhouette par la fenêtre.

La lumière éclatante du domaine l'enveloppait encore, mais Mélia ne s'est pas retournée une seule fois. Elle s'est éloignée d'un pas vif vers la sortie, s'enfonçant dans le froid et l'obscurité.

Elle avançait si vite qu'on aurait dit qu'elle avait le diable aux trousses.

« Dorian, viens manger. »

Victoria lui a pris le bras et l'a entraîné vers la table.

Dorian a fini par détourner les yeux, puis s'est laissé ramener dans la salle à manger.

Rebecca a lâché un reniflement méprisant avant de regagner sa place. Elle a aussitôt changé de sujet et s'est mise à discuter chaleureusement avec Victoria, comme si rien ne s'était passé.

Après le dîner, Dorian a raccompagné Victoria chez elle.

Rebecca est alors montée exprès à l'étage pour trouver Alix.

« À partir de maintenant, tu ne fréquentes plus Mélia ! »

« Pourquoi ? » a demandé Alix en faisant mine de ne pas comprendre. « Je n'ai plus le droit d'être son amie ? »

Rebecca en était furieuse.

« Tu sais très bien pourquoi ! Dorian et Victoria vont se fiancer. Mélia est persona non grata chez nous. »

Alix s'est redressée.

« Dorian va vraiment se fiancer avec Victoria ? »

« Ils ont grandi ensemble. Tôt ou tard, ils vont se fiancer. Et si tu recommences à me désobéir, tu vas avoir affaire à moi », a grondé Rebecca.

Elle ne pouvait rien imposer à ses beaux-parents, mais Alix, elle, devait rentrer dans le rang.

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