INICIAR SESIÓN— NathanielJe la regarde descendre les escaliers, et je vois ses jambes qui flageolent, sa main qui s'accroche à la rampe, et je me dis qu'elle a maigri, qu'elle a beaucoup maigri, que ses pommettes saillent, que son cou est maigre, et que ses yeux, ses yeux sont cernés, creusés, éteints.Elle s'assied, elle prend une tartine, elle la porte à sa bouche, elle la repose, et je vois ses doigts qui tremblent, et je me dis que ce n'est pas normal, que ce n'est pas seulement la fatigue, qu'il y a autre chose, quelque chose de plus grave, quelque chose qui la ronge de l'intérieur.— Tu as vu un médecinElle lève à peine les yeux, elle hausse les épaules, et elle dit, la voix plate.— Non— Pourquoi— Je n'en ai pas besoin— Tu es malade, Arabella, ça se voit— Je ne suis pas malade, je suis fatiguée— Ce n'est pas de la fatigue, c'est autre chose, tu dépéris, tu fonds, tu t'éteins, et je ne sais pas ce qui se passe, mais je m'inquiète
— ArabellaJe ferme les volets, je tire les rideaux, et je reste dans la pénombre, assise sur le canapé, les genoux contre la poitrine, et je me dis qu'il va la trouver, qu'il va la retrouver, que ses hommes sont partout, qu'ils fouillent, qu'ils interrogent, et que bientôt, bientôt ils frapperont à la bonne porte.Je ne dors plus.Je ne mange plus.Je me lève le matin, je descends, je fais semblant de prendre le petit-déjeuner, je porte la tasse à mes lèvres, je la repose sans boire, et je regarde le mur, les heures qui passent, le soleil qui monte et qui descend, et je me dis que William est quelque part, dans une maison que je ne connais pas, avec une femme qui n'est pas moi, et qu'il m'appelle, qu'il demande où je suis, et que personne ne lui répond.Je perds du poids.Mes vêtements flottent, mes joues se creusent, mes yeux s'enfoncent, et je me vois dans le miroir, je me vois et je ne me reconnais pas, je vois une femme vieille, une femme malad
— NathanielJe pose la feuille sur le bureau de l'homme, une feuille où j'ai tout noté, le nom de l'enfant, William, son âge, cinq ans, le nom de la nourrice, Madame Roux, le dernier lieu connu, Édimbourg, et l'homme la lit, il la relit, il la pose devant lui, et il me regarde par-dessus ses lunettes, un homme sec, gris, efficace, qui sent le tabac froid et le papier.— Vous pensez que l'enfant a été déplacé— J'en suis sûr— Et vous pensez qu'il est hors du Royaume-Uni— Je ne sais pas, peut-être, ou peut-être pas, je ne sais plus rien, c'est pour ça que je suis làIl hoche la tête, il prend un stylo, il note quelque chose, et il dit.— Vous savez que ce genre de recherche coûte cher— Je paierai— Et que les résultats ne sont pas garantis— Je paierai quand même— Et que si la mère est impliquée, elle peut continuer à brouiller les pistes, à déplacer l'enfant, à changer d'identité— Je sais tout ça, je sais que ce sera long
— Arabella Je l'entends monter, je l'entends s'enfermer dans son bureau, et je reste dans le salon, les mains sur les genoux, le cœur qui bat trop vite, et je me dis qu'il ne lâchera pas, qu'il ne renoncera pas, qu'il va fouiller, qu'il va chercher, qu'il va finir par trouver, et que ce jour-là, ce jour-là tout sera perdu. Alors je me lève, je marche jusqu'à l'escalier, je monte, je m'arrête devant la porte de son bureau, et je frappe, deux coups secs, et j'attends. — Entre J'ouvre, il est assis à son bureau, une feuille devant lui, un stylo à la main, et il lève les yeux, et je vois dans son regard cette lueur de haine, cette lueur de rancune, et je me dis que je n'ai plus rien à perdre, que je peux tout tenter, même le pire. — Je vais te dire la vérité Il repose son stylo, il se cale dans son fauteuil, il croise les bras, et il attend, silencieux, méfiant. — William est parti avec son père
— NathanielLe train entre en gare avec un grincement de freins qui me vrille les dents, et je descends sur le quai, la valise à la main, le col relevé, et je me dis que la ville est grise, grise comme dans mon souvenir, grise comme sur les photos, avec ses pierres sombres et son ciel bas, et je marche, je marche vite, je ne regarde rien, je ne vois rien, je ne pense qu'à une chose, la maison de Madame Roux, l'adresse que j'ai trouvée dans les papiers d'Arabella, une rue tranquille, des maisons de brique, des jardins minuscules.Je frappe.Rien.Je frappe encore, plus fort, et la porte s'ouvre, mais ce n'est pas Madame Roux, c'est une femme âgée, aux cheveux blancs, aux lunettes rondes, qui me regarde avec méfiance.— Oui— Je cherche Madame Roux, elle habitait ici avec un petit garçon, William— Madame Roux est partie— Partie où— Je ne sais pas, elle est partie hier, en catastrophe, elle a dit qu'elle devait rejoindre sa famille, elle
— ArabellaJe ferme la porte de la chambre, je m'assois sur le lit, et mes mains tremblent tellement que je dois les presser l'une contre l'autre pour les tenir tranquilles, et je me dis qu'il va y aller, qu'il va prendre ce train, qu'il va frapper à la porte de Madame Roux, et que William sera là, dans le salon, avec ses cubes, et qu'il lèvera la tête, et que Nathaniel le verra.Je me lève, je marche jusqu'à la fenêtre, je regarde la rue, et je me dis qu'il faut faire vite, qu'il faut faire maintenant, qu'il n'y a pas une heure à perdre, et je descends, je prends le téléphone, je compose le numéro de Madame Roux, et j'attends, le cœur battant, la bouche sèche, et à l'autre bout du fil une voix fatiguée décroche.— Allô— Madame Roux, c'est moi, c'est Arabella— Madame, il est tard, qu'est-ce qui se passe— Il faut partir, il faut partir tout de suiteUn silence, un souffle, un bruit de drap qu'on repousse.— Partir où, madame, qu'est-ce que







