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Ce que les yeux ne devraient pas voir

作者: iindwi_z
last update 公開日: 2026-07-09 18:32:28

Je me tenais dans le parvis du Villareal Group, les yeux levés vers ce gratte-ciel qui se dressait avec arrogance, crève-nuages. Sa magnificence semblait souligner à quel point j'étais insignifiante en ces lieux. Mais je serrai aussitôt le poing, chassant ce sentiment de petitesse qui avait failli s'installer. Je dois être capable de tenir debout par mes propres forces, me soufflai-je pour m'encourager. Je savais bien que je ne resterais pas éternellement sous l'aile protectrice de la famille Villareal.

Je devais voler de mes propres ailes. Je devais être capable de subvenir à mes propres besoins. Le jour venu — ce jour où il me faudrait partir, franchir pour la dernière fois le seuil de leur demeure somptueuse — je ne serais pas à la dérive. J'aurais déjà bâti un socle solide pour me soutenir moi-même.

Je pris une longue inspiration pour ordonner mes émotions, puis je franchis les portes du hall. Mon cœur était un peu plus apaisé. Après tout, j'avais décroché ce poste uniquement grâce à mes compétences, en passant par toutes les étapes d'un processus de sélection rigoureux, sans la moindre aide intérieure. En me rappelant cela, ma confiance se raffermit. Je pouvais certainement accomplir toutes ces nouvelles missions avec aisance.

Mais cette sérénité s'évanouit aussitôt que je m'engageai dans le couloir principal. Mes pas s'immobilisèrent, se mêlant à ceux d'une dizaine d'autres employés qui s'écartèrent soudainement et s'inclinèrent avec déférence. Au bout du couloir, Javier — mon frère adoptif, désormais PDG de la société — avançait d'un pas assuré et souverain. Aucun sourire sur son visage, rien qu'une expression figée, froide et impénétrable.

Mais ce n'était pas l'aura intimidante de Javier qui fit soudain s'étrangler l'air dans ma poitrine — c'était la femme au corps sculpté qui marchait avec grâce à ses côtés. Sa main s'accrochait avec une câlinerie possessive au revers de la veste de Javier. Je savais qui elle était. Adriana. La future épouse de Javier, dont le mariage était prévu dans quelques mois — ou peut-être quelques semaines, je n'en savais rien avec précision. Ce qui était certain, c'est que le diamant serti à son annulaire témoignait sans équivoque de leurs fiançailles officielles.

Ils formaient un couple parfait. D'autant qu'Adriana était issue d'une famille de grands industriels et se trouvait être un mannequin célèbre, dont le visage ornait régulièrement les couvertures des magazines de mode. Le ciel et la terre, comparée à moi — une orpheline sans famille, recueillie par pitié.

« Bonjour, Monsieur… », murmurai-je avec les autres employés en chœur, les mains croisées devant moi, la tête inclinée le plus bas possible. Je n'osais pas le regarder en face. Je craignais que mes yeux ne trahissent toutes les frontières que Javier avait établies ce matin.

Javier continua d'avancer le long de la rangée d'employés sans se retourner, ignorant chaque salutation avec la superbe absolue d'un souverain. Dès que son pas altier et les claquements des talons aiguilles d'Adriana se furent éloignés vers l'ascenseur privé des cadres dirigeants, les murmures éclatèrent autour de moi.

« M. Javier et sa fiancée sont tellement assortis, n'est-ce pas ? Lui si beau, elle si éblouissante. »

« C'est vrai ! Et sa future femme est un mannequin de renom, par-dessus le marché. Ils sont vraiment faits l'un pour l'autre. Si jamais ils ont des enfants, les gènes seront parfaits. »

« Exactement — et ils sont tous les deux enfants uniques de familles immensément riches. Cette entreprise va devenir numéro un après leur mariage, c'est certain. »

Sans m'en rendre compte, j'avais serré les deux poings le long de mon corps, si fort que mes ongles s'enfonçaient dans ma paume et me faisaient mal. Ces éloges qu'ils échangeaient étaient une vérité absolue. Des faits incontestables. Alors pourquoi les entendre me frappait-il la poitrine d'une douleur si vive ? Cette brûlure était si réelle, comme si un couteau invisible était en train de dépecer mon cœur, lentement, méthodiquement.

****

Le temps passa vite au sein du bureau de la division marketing. Je remerciai le ciel d'avoir des collègues et une équipe plutôt agréables. Ils m'encadrèrent patiemment en tant que nouvelle recrue. Certes, derrière leur affabilité, je percevais quelques regards en coin empreints de condescendance — cette hostilité typique que les anciens réservent à la nouvelle venue. Mais je choisis de l'ignorer et de me perdre dans la pile de dossiers qui m'attendait.

« Voici le rapport financier de notre division — qui veut bien le porter dans le bureau de M. Javier ? » lança le chef de division depuis son poste central, brisant le silence que seul le claquement des claviers peuplait jusque-là.

Je ne dis rien, feignant de n'avoir pas entendu. Mon attention resta rivée sur l'écran devant moi, absorbée par la saisie de données qu'on m'avait confiée une heure auparavant. Le bureau se fit alors silencieux — aucun des anciens ne se porta volontaire. Se présenter devant Javier, au dernier étage, semblait être un calvaire que tout le monde cherchait à éviter, tant l'homme était réputé pour son intransigeance.

« Ah, je suis vraiment débordée, mon travail s'accumule. Laissons la nouvelle se charger de monter ça là-haut », dit l'une des plus anciennes d'un ton délibérément las. Cette remarque désinvolte me força évidemment à relever la tête.

« Moi ? » répétai-je, pointant un doigt vers moi-même pour m'en assurer.

« Oui, toi, Camila. Tu n'as qu'à monter déposer ce dossier à la secrétaire de M. Javier — c'est tout, après tu reviens directement ici », approuva le chef de division, entérinant la suggestion de sa collaboratrice sans plus de façons.

Je restai un instant figée. Mes mains agrippèrent doucement le bord du bureau, tentant de contenir les battements de mon cœur qui s'était mis à galoper follement rien qu'à entendre prononcer le nom de cet homme. Mais je n'avais pas le choix. Comment refuser un ordre de ma hiérarchie dès le premier jour de travail, voyons ?

À contrecœur, les émotions en bataille, j'acceptai l'épaisse chemise cartonnée frappée du logo de l'entreprise. Je la serrai contre ma poitrine, comme si elle pouvait faire office de bouclier pour protéger mon cœur fragile, avant de me diriger d'un pas hésitant vers l'ascenseur qui me mènerait au sommet. Le bureau exécutif du PDG.

Ting !

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent au dernier étage. L'atmosphère y était bien plus silencieuse, bien plus exclusive. Je longeai le couloir au sol de marbre poli, suivant les indications données par le chef de division. Il m'avait précisé que je n'avais qu'à remettre les documents à la secrétaire de Javier, qui montait la garde derrière son bureau, devant la porte.

Mais en arrivant, le fauteuil derrière le bureau raffiné était vide. La secrétaire était absente.

Je me retrouvai debout, désorientée, au milieu du couloir désert. Où déposer ce dossier, maintenant ? me demandai-je intérieurement.

Il m'était impossible de repartir ainsi, sans solution, ni de laisser un document aussi important sur un bureau vide. Après avoir pesé la situation avec anxiété, je décidai de frapper et de remettre le dossier directement à Javier. Du reste, je remarquai que la grande porte face à moi était légèrement entrouverte, laissant filtrer quelques centimètres d'espace.

Je m'avançai à pas feutrés, sans bruit, sur le parquet ciré. Mais au moment où ma main se levait pour frapper, tous mes membres se pétrifièrent d'un coup. Mon cœur s'arrêta net, comme suspendu dans le temps, quand mes yeux captèrent malgré moi ce que révélait l'infime entrebâillement de la porte.

Dans la vaste pièce, je vis Javier — Adriana assise sur ses genoux, sur le canapé en cuir. Les bras vigoureux de Javier enserraient la taille fine de la jeune femme avec une possessivité tranquille, tandis qu'Adriana lui encerclait le cou de ses bras. Sous mes yeux, les deux amants s'embrassaient avec une intimité et une ardeur que rien ne venait atténuer.

Cette scène qui ne surgissait d'ordinaire que dans mes pires cauchemars s'offrait à moi, maintenant, dans toute sa réalité implacable.

En les voyant ainsi enlacés, tout l'oxygène autour de moi sembla s'évaporer d'un seul coup. Ma poitrine se resserra, ne laissant place qu'à une oppression si lourde que je peinais à respirer. Ma tête tournait, et ma vision se brouilla peu à peu sous le voile transparent qui monta brusquement à mes paupières.

Je savais que c'était ridicule. Je savais que je n'avais aucun droit de me sentir ainsi dévastée. N'était-ce pas là une chose toute naturelle ? Ils formaient un couple fiancé, sur le point de se marier. Il était on ne peut plus normal qu'ils se comportent ainsi.

J'essayai d'imprimer cette logique dans mon esprit, de dompter la tempête qui faisait rage en moi. Mais, hélas, mon cœur refusait tout compromis. La douleur se propagea à une vitesse foudroyante, réduisant en miettes toutes les défenses que j'avais élevées depuis le matin.

Les mains tremblant violemment, je serrai la chemise cartonnée contre ma poitrine encore plus fort, mordant ma lèvre inférieure de toutes mes forces pour qu'aucun sanglot ne s'échappe de ma bouche.

Mais pourquoi est-ce que cela fait si mal, mon Dieu ? Pourquoi aimer quelqu'un doit-il faire aussi mal que ça ? me demandai-je en silence, pleurant intérieurement mon destin — celui d'une âme prisonnière du labyrinthe d'un amour interdit, un amour condamné à ne jamais trouver de sortie.

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