LOGINAlya Moreau n'a jamais eu le luxe de rêver grand. Issue d'une famille modeste, elle a appris très tôt à se battre pour chaque chose qu'elle possède. Alors lorsqu'un poste inespéré lui est proposé au sein du prestigieux groupe Delacroix, elle pense enfin tenir la chance qui changera sa vie. Jusqu'à sa rencontre avec Adrien Delacroix. PDG à la réputation glaciale, homme d'affaires aussi brillant que redouté, il règne sur son empire avec une maîtrise parfaite. Personne ne lui résiste. Personne ne lui dit non. Jusqu'à elle. Alya est différente. Elle ne cherche pas à l'impressionner, ne tremble pas devant son pouvoir et refuse de devenir une simple pièce sur son échiquier. Mais derrière son regard d'acier se cachent des secrets qu'elle n'imagine pas. Car Adrien ne l'a pas choisie par hasard. Entre eux naît un jeu dangereux où les frontières entre fascination et méfiance deviennent floues. Plus Alya découvre l'homme derrière le costume, plus elle comprend que certaines vérités sont faites pour rester enfouies. Quand elle réalise que le contrat qui devait lui offrir une nouvelle vie cache bien plus qu'un simple emploi, elle décide de fuir. Mais on ne disparaît pas aussi facilement de la vie d'Adrien Delacroix. Un accident bouleverse tout. Lorsqu'Alya ouvre de nouveau les yeux, une partie de son passé a disparu. Les souvenirs qui la liaient à Adrien se sont effacés, laissant place à une seule certitude : elle ne se souvient plus de lui. Lui, en revanche, n'a rien oublié. Entre les silences, les mensonges et les souvenirs qui menacent de refaire surface, Adrien va devoir affronter la seule chose qu'il n'a jamais su contrôler la vérité. Parce qu'un mensonge peut parfois sauver une histoire... Mais il peut aussi la détruire à jamais. Jusqu'où ira-t-il pour qu'elle reste ?
View MoreAlya
Les gens disent que les grandes entreprises sentent le cuir, le café hors de prix et l'argent.
Ils mentent.
Elles sentent surtout la peur.
Je la reconnais dès que les portes vitrées coulissent devant moi. Elle flotte dans l'air, invisible, suspendue entre les employés qui baissent les yeux sur leurs écrans et les visiteurs qui serrent un dossier contre leur poitrine comme s'il pouvait encore leur offrir une chance.
J'inspire profondément.
Aujourd'hui n'est pas un jour comme les autres.
C'est peut-être le jour où ma vie cessera enfin d'être une succession de factures impayées.
Mon tailleur noir n'a rien de luxueux. Je l'ai acheté d'occasion après avoir travaillé trois week-ends dans un supermarché. Les manches sont un peu trop longues, les talons me font souffrir et je sens déjà une couture tirer derrière mon genou.
Peu importe.
Je refuse qu'on voie d'où je viens.
À la maison, maman travaille de nuit dans un hôtel depuis aussi longtemps que je m'en souvienne. Mon petit frère croit encore qu'elle aime faire les horaires de nuit. Je ne lui ai jamais dit qu'elle rentrait chaque matin avec les mains brûlées par les produits ménagers.
Notre appartement est si humide que les murs respirent.
Les mois difficiles, nous choisissons quelles factures attendront.
Je n'ai plus le luxe d'échouer.
La réceptionniste relève enfin les yeux.
— Mademoiselle Moreau ?
J'acquiesce.
— Monsieur Delacroix va vous recevoir.
Le nom résonne dans ma tête.
Adrien Delacroix.
Le plus jeune PDG du pays. Le visage des magazines économiques. L'homme que les journalistes décrivent comme un génie. Celui que les anciens employés surnomment... le Prédateur.
Je pensais que ce n'était qu'une exagération.
Pourtant, lorsque l'ascenseur s'ouvre au dernier étage, un silence étrange m'accueille. Pas un silence vide. Un silence discipliné.
Comme si chaque respiration avait besoin d'une autorisation.
Je traverse un immense couloir. Des œuvres d'art hors de prix. Du marbre. Des vitres immenses donnant sur toute la ville.
Tout semble construit pour rappeler à celui qui entre qu'il est insignifiant.
La secrétaire ouvre une porte.
— Monsieur Delacroix vous attend.
J'entre.
Et je comprends immédiatement pourquoi personne ne soutient son regard. Il est debout devant la baie vitrée. Grand. Immobile. Les mains croisées dans le dos.
Son costume anthracite épouse parfaitement sa silhouette, mais ce n'est pas ce qui attire l'attention.
Ce sont ses yeux. Ils ne me détaillent pas. Ils m'analysent. Comme un problème qu'il suffira de résoudre. Comme si chaque battement de mon cœur était déjà inscrit dans un dossier posé sur son bureau.
— Asseyez-vous.
Sa voix est calme. Trop calme.
Je m'exécute.
Il ne consulte même pas mon CV. Il le connaît déjà.
— Vous avez obtenu votre master avec les félicitations du jury.
Je hoche la tête.
— Vous avez travaillé de nuit pendant vos études.
Oui.
— Vous donnez de l'argent à votre mère tous les mois.
Mon ventre se noue.
Je ne l'ai écrit nulle part.
Il relève enfin les yeux vers moi.
— Je me trompe ?
— Non.
Un long silence. Volontaire. Il veut que je parle. Je refuse. Alors il sourit. Un sourire sans chaleur.
— Les gens pensent qu'un entretien consiste à répondre aux questions.
Il fait quelques pas.
— Ils oublient qu'il consiste surtout à révéler ce qu'ils cherchent à cacher.
Je serre les doigts sur mon dossier.
— Vous connaissez beaucoup de choses sur moi.
— Pas encore assez.
Cette réponse me glace.
Il contourne lentement son bureau. Chaque mouvement semble calculé.
— Pourquoi voulez-vous travailler ici ?
Les réponses apprises disparaissent. Je pourrais parler de carrière. D'ambition. D'opportunités. À quoi bon ? Il verrait immédiatement que je mens.
— Parce que j'ai besoin d'argent.
Son regard ne change pas.
— Enfin une réponse honnête.
Je déteste déjà cet homme. Et pourtant une partie de moi éprouve le besoin absurde qu'il continue de me regarder. Comme si toute son attention possédait un poids. Il ouvre un dossier noir. Mon nom apparaît sur la couverture. Il tourne une page. Puis une autre.
— Votre père est parti lorsque vous aviez huit ans.
Mon souffle se bloque.
— Votre propriétaire menace de vous expulser depuis deux mois.
Comment peut-il savoir cela ?
— Votre frère entre au collège en septembre.
Je me lève brusquement.
— Qui êtes-vous exactement ?
Il ne répond pas immédiatement.
Son silence dure assez longtemps pour devenir une réponse.
— Quelqu'un qui déteste perdre.
Nos regards se croisent. Je comprends que je devrais partir. Maintenant. Avant qu'il ne soit trop tard. Pourtant, mes jambes refusent de bouger.
Parce que j'ai besoin de ce travail. Parce qu'il le sait. Parce qu'il vient de comprendre qu'il tient déjà quelque chose sur moi. Quelque chose de bien plus dangereux que mon CV. Mon désespoir.
Adrien
La plupart des candidats mentent dans les trois premières minutes. Elle a tenu presque cinq. C'est déjà remarquable.
Depuis la baie vitrée, j'observe son reflet plus souvent que son visage. Les reflets ne mentent jamais. Ils révèlent les tremblements. Les hésitations. Les peurs.
Alya Moreau cache admirablement les deux premières.
La troisième déborde de chacun de ses silences.
Ce n'est pas une faiblesse. C'est une porte. Et les portes existent pour être ouvertes.
Le dossier repose devant moi depuis une semaine. Je le connais par cœur. Ses résultats. Ses emplois. Ses dettes. Les appels de sa banque. Les retards de loyer. Les sacrifices.
Elle ignore encore que je ne recrute presque jamais.
Ce poste n'existe même pas. Je l'ai créé. Pour elle. Non parce qu'elle est la meilleure. Mais parce qu'elle possède une qualité devenue rare.
Elle refuse encore de vendre son âme. Je veux savoir combien de temps cela durera. Lorsque je lui annonce que le comité prendra sa décision dans quelques jours, je mens.
Ma décision est déjà prise. Elle reviendra. Et lorsque ce moment arrivera, je lui proposerai un contrat qu'aucune personne dans sa situation ne pourra raisonnablement refuser.
Sur le papier, ce sera une opportunité. En réalité, ce sera le premier maillon d'une chaîne dont elle ignorera encore l'existence.
Elle pense quitter cette entreprise dans quelques minutes. Elle ne sait pas qu'elle vient d'y entrer pour longtemps. Et moi, je ne laisse jamais partir ce qui m'appartient.
AlyaLes portes de l'ascenseur se referment devant moi. Adrien reste immobile quelques secondes dans le couloir. Je ne sais pas ce qui vient de se passer. Je ne l'ai jamais vu comme ça. Pas son visage froid habituel. Pas son arrogance parfaitement maîtrisée. Cette fois, quelque chose a traversé son regard. De la colère. De l'inquiétude. Ou peut-être les deux.Les portes commencent à se fermer complètement, mais juste avant que la dernière ouverture disparaisse, je le vois décrocher son téléphone.— Retrouvez-la. Maintenant.Ces mots me glacent. Retrouvez qui ? La femme qui m'a donné cette clé ? Ou quelqu'un d'autre ? Je baisse les yeux vers ma main.La clé est toujours là. Petite. Vieille. Inoffensive en apparence. Et pourtant, depuis qu'elle est entrée dans ma poche, j'ai l'impression qu'elle pèse une tonne. L'ascenseur descend. Je devrais sortir. Je devrais aller voir les ressources humaines, prévenir quelqu'un, remettre cette clé à la sécurité.C'est ce qu'une personne raisonnable
AdrienJe restai immobile, le dos appuyé contre la paroi froide, les yeux rivés sur Alya. Elle se tenait face à moi, le corps raidi, les mains crispées sur la barre de la cabine. L'air conditionné soufflait un courant glacial, mais je sentais une chaleur différente monter en moi, une pulsation primitive et sombre.Je la regardai fixement. Son regard fuyait, balayant le sol, puis les boutons de commande, n'osant pas croiser le mien. Elle savait que je savais. Son souffle était court, haletant, faisant gonfler légèrement le tissu de son chemisier blanc à chaque inspiration.— Alors, petite chose, on me cache quelque chose ? demandai-je d'une voix basse, rauque, qui résonna dans l'espace confiné.Elle sursauta, comme si je l'avais frappée, et se colla davantage contre la paroi de l'ascenseur.— Je... Je ne sais pas de quoi vous parlez, Monsieur, balbutia-t-elle, sa voix tremblante.Je ne répondis pas. Je tendis la main vers le panneau de contrôle et enfonçai le bouton d'arrêt d'urgence.
AdrienLes portes de l'ascenseur s'ouvrent, mais je ne monte pas, pas encore.Je reste immobile quelques secondes, les yeux fixés sur l'écran de mon téléphone où défilent les rapports de sécurité.,Cinq secondes.,Une coupure de cinq secondes sur mon propre réseau.,Cinq secondes pendant lesquelles quelqu'un a pu entrer, sortir, transmettre ou voler quelque chose.Cinq secondes qui n'auraient jamais dû exister.— Monsieur Delacroix.Je relève les yeux.Le responsable de la sécurité vient d'apparaître dans le couloir. Son visage est fermé, mais je vois immédiatement qu'il sait déjà que je ne suis pas satisfait.Tant mieux.— Dans mon bureau.Il me suit sans discuter. Quelques minutes plus tard, l'écran de contrôle affiche les images de surveillance de l'étage. Je regarde défiler les secondes. Les employés qui quittent la salle. Les agents qui se déplacent.Puis l'écran devient noir. Cinq secondes. Toujours les mêmes.— Expliquez-moi.Ma voix est calme. C'est généralement ce qui inquiète l
AdrienJe suis resté immobile. Le pied posé sur la première marche. Une minute. Peut-être deux.Le silence de la maison semblait me pousser à monter. À ouvrir cette porte. À vérifier qu'elle dormait vraiment. À la réveiller. À passer mes mains sur son corps. À ne faire plus qu'un. À céder à cette part de moi que je passe ma vie à enfermer.Ma main s'est crispée sur la rampe. Puis j'ai fermé les yeux. Une seule seconde.Quand je les ai rouverts, j'ai reculé. Lentement. J'ai reposé les deux pieds sur le parquet. Je suis resté là encore quelques instants, incapable de détourner les yeux de cet escalier. Puis j'ai quitté la maison. Sans bruit. Comme si je n'y étais jamais entré.AlyaLe réveil vibre sur ma table de nuit. J'ouvre les yeux avec la sensation étrange de n'avoir dormi que quelques minutes.La lumière grise de l'aube filtre à travers les rideaux. Pendant un instant, tout semble normal. Puis les souvenirs reviennent.Atlas. Les dossiers. Les coups frappés contre la porte. Adrien












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