LOGINNicemz
Le baby blues ne s’installa pas brutalement.Il s’infiltra.Comme une brume lente, silencieuse, qui s’insinue dans chaque pièce d’une maison sans qu’on s’en rende compte… jusqu’à ce qu’on ne distingue plus les murs.Les jours suivants, Léa faisait encore illusion. Elle se levait. Elle se lavait. Elle mangeait un peu. Elle demandait parfois des nouvelles des jumeaux. Elle les embrassait même, brièvement, presque mécaniquement.Puis, les choses avaient commencées par changer.Ce fut subtil au début.Elle resta plus longtemps assise dans la chambre, le regard perdu par la fenêtre. Elle laissa Elvira prendre les bébés plus souvent « juste pour quelques minutes ». le travail des infirmières étaient terminé donc ells non n'etait plus là pour les bébés. Elle trouva toujours une bonne raison de ne pas être là au moment du bain, de l’endormissement, des pleurs nocturnes.— Je suis fatiguée…— J’ai mal à la tête…— Je reviens dans cinq minutes…Ces cinq minutes devinrent une heure.Puis deux.E
Le réveil fut lent. Lent, douloureux, presque cruel. Léa sentit ses paupières s’ouvrir, mais le monde n’était pas tout à fait réel. Les contours de la chambre, le bruit lointain des machines, l’odeur antiseptique… tout était là, mais étrangement détaché, comme si elle flottait au-dessus de son propre corps. Son souffle était irrégulier, ses mains tremblaient légèrement. Chaque inspiration lui semblait trop lourde, comme si son cœur refusait de s’emballer normalement.— Léa… murmura Elvira, penchée au-dessus du lit. Sa voix douce, ferme, immuable. « Je suis là, doucement… tu peux respirer. »Léa ouvrit les yeux pleinement, et pour la première fois depuis des semaines, une image nette lui revint. Marcos. Son fils. Le petit garçon qu’elle n’avait pas su protéger. Son cœur se serra, sa gorge se noua, et la pièce sembla rétrécir autour d’elle. Le souvenir surgit en rafales. Les vitres éclatées, le bruit sec des corps frappant le sol, … et ce cri. Son cri. Le cri de Marcos qu’elle n’avait p
Le réveil fut lent. Lent, douloureux, presque cruel. Léa sentit ses paupières s’ouvrir, mais le monde n’était pas tout à fait réel. Les contours de la chambre, le bruit lointain des machines, l’odeur antiseptique… tout était là, mais étrangement détaché, comme si elle flottait au-dessus de son propre corps. Son souffle était irrégulier, ses mains tremblaient légèrement. Chaque inspiration lui semblait trop lourde, comme si son cœur refusait de s’emballer normalement.— Léa… murmura Elvira, penchée au-dessus du lit. Sa voix douce, ferme, immuable. « Je suis là, doucement… tu peux respirer. »Léa ouvrit les yeux pleinement, et pour la première fois depuis des semaines, une image nette lui revint. Marcos. Son fils. Le petit garçon qu’elle n’avait pas su protéger. Son cœur se serra, sa gorge se noua, et la pièce sembla rétrécir autour d’elle. Le souvenir surgit en rafales. Les vitres éclatées, le bruit sec des corps frappant le sol, … et ce cri. Son cri. Le cri de Marcos qu’elle n’avait p
Quelque chose la tira du sommeil avant même qu’un cri ne s’élève. Ce n’était pas un cauchemar. Pas une peur précise non plus. Plutôt une sensation étrange, sourde, qui s’était glissée dans son corps sans bruit. Une lourdeur diffuse, comme si l’air autour d’elle était devenu trop dense. Léa ouvrit les yeux avec lenteur, le souffle légèrement court, le cœur battant plus vite qu’il n’aurait dû. Elle cligna plusieurs fois des paupières. La réalité mit quelques secondes à se recomposer. Ses pensées étaient floues, engourdies, prisonnières de cette zone incertaine entre le sommeil et l’éveil. Elle avait l’impression que son corps s’était réveillé avant son esprit… ou peut-être l’inverse. La chambre baignait dans une pénombre douce et rassurante. La veilleuse, posée près des berceaux, diffusait une lumière orangée, chaude, presque enveloppante. Léa l’avait choisie pour cette raison précise : elle n’agressait pas les yeux, n’interrompait pas le sommeil des bébés, et calmait quelque chose e
Les jours suivants s’enchaînèrent dans une sorte de brume dorée, un mélange de fatigue extrême, de bonheur pur, d’angoisse permanente, de petites victoires et de larmes imprévues. Léa et Aiden n’avaient même plus conscience du temps. Les heures n’existaient plus. Il n’y avait que les pleurs, les respirations, les biberons, les câlins, les battements de cœur des bébés, et leurs deux voix murmurant sans cesse des mots doux pour les apaiser. Léa se surprenait parfois à regarder sa fille, puis son fils, comme si elle s’assurait qu’ils étaient bien réels. Que leurs visages minuscules existaient réellement, qu’ils n’étaient pas une projection, un rêve éphémère. Chaque fois, un poids se libérait de sa poitrine. Ils étaient là. Elle les avait mis au monde. Elle les touchait. Elle les sentait. Mais quelque chose d’autre changeait, lentement, comme une marée qui monte en silence. Elle-même. Elle devenait mère. Une vraie mère. Le cinquième jour après leur retour, Léa se réveilla avec un sur
ElviraJe n’arrivais toujours pas à chasser de ma mémoire le poids de Marcos dans mes bras. Même après toutes ces semaines, mes doigts me semblaient encore brûlants, comme marqués d’une empreinte invisible : la chaleur de sa peau, ce souffle délicat qui soulevait à peine sa poitrine, l’agrippement minuscule de ses doigts sur mon chemisier, comme s’il me reconnaissait instinctivement, comme si, pour lui, j’avais été un refuge sûr, un abri immuable. Dans ce geste, il y avait une confiance absolue… et c’était justement cela qui me détruisait. Parce que je n’avais pas su le protéger. Chaque fois que je fermais les yeux, je revivais la scène, encore et encore. Et à chaque fois, la même question revenait : à quel moment avais-je failli ? Pourtant tout avait commencé comme un jour presque ordinaire. Nous étions prêts à quitter l’appartement, nos valises fermées, Marcos dans mes bras, apaisé, somnolent. Je profitais de mes derniers instants dans ce lieu qui avait été notre refuge durant pres







