Share

Chapitre 6

last update publish date: 2026-07-27 08:41:47

La journée touchait enfin à sa fin.

Je venais d'accompagner notre dernière cliente jusqu'à la porte. Dès qu'elle quitta le salon, je laissai échapper un long soupir et étirai mes épaules, fatiguées par cette première journée.

— Ça y est... Notre premier jour est terminé.

Mia referma son agenda avec un sourire qui en disait long.

— Tu te rends compte ? On est presque complètes pour toute la semaine.

Je la regardai, encore un peu incrédule.

Tout s'était passé tellement vite.

— Merci d'avoir cru en moi, soufflai-je.

Elle secoua aussitôt la tête.

— Hé, ne me remercie pas. Si les clientes reviennent, c'est grâce à ton travail. Tu as un vrai talent, Élina.

Ses mots me réchauffèrent le cœur.

Nous commencions à ranger les derniers produits lorsque la clochette au-dessus de la porte tinta.

Toutes les deux, nous levâmes la tête.

Un homme venait d'entrer.

Une casquette noire cachait une partie de son visage. Il portait aussi des lunettes de soleil, malgré la fin de journée, ainsi qu'un sweat gris à capuche et un pantalon de sport.

— Bonsoir, dit-il d'une voix posée.

Je lui adressai un sourire poli.

— Bonsoir. Je suis désolée, mais le salon est fermé.

L'homme resta silencieux quelques secondes avant d'enlever lentement ses lunettes.

Je retins mon souffle.

Ces yeux...

Je les avais déjà vus.

Quelques heures plus tôt, sur l'immense panneau publicitaire devant le centre sportif.

Christiano Willer.

Pourtant, l'homme assis devant moi n'avait rien de la star entourée de photographes que j'avais aperçue dans la rue.

Son visage portait les marques de la fatigue.

De profondes cernes assombrissaient son regard et ses traits semblaient tirés, comme s'il n'avait pas vraiment dormi depuis plusieurs jours.

— Je suis désolé de venir si tard, dit-il avec calme. Je sais que vous avez fermé, mais j'aurais besoin d'un service... en toute discrétion.

À côté de moi, Mia me donna discrètement un coup de coude.

Je tournai légèrement la tête vers elle.

Ses yeux étaient immenses.

Elle semblait sur le point de pousser un cri.

Je lui lançai un regard qui voulait clairement dire :

Pas un mot.

Elle pinça aussitôt les lèvres pour retenir son excitation.

Je reportai mon attention sur notre visiteur.

— De quel service avez-vous besoin ?

Christiano passa une main dans ses cheveux, visiblement un peu gêné.

— J'ai une séance photo demain matin. Mon coiffeur habituel est coincé à l'étranger et mon agent essaie d'en trouver un autre.

Il marqua une courte pause avant de poursuivre.

— Le problème, c'est que dès que je mets les pieds dans un salon, les paparazzis finissent toujours par le découvrir.

Un léger sourire fatigué apparut sur son visage.

— En passant devant votre enseigne, j'ai vu que vous veniez juste d'ouvrir. Je me suis dit que personne n'aurait l'idée de me chercher ici.

Je croisai doucement les bras.

— Si je comprends bien... vous voulez que votre présence reste entre nous ?

Il acquiesça aussitôt.

— Exactement.

Je pris quelques secondes pour réfléchir.

Puis je hochai la tête.

— Très bien. Nous garderons le secret.

Ses épaules semblèrent se détendre d'un seul coup.

— Merci... sincèrement.

Avant même que je commence, Mia se dirigea vers la porte.

Elle retourna la pancarte.

FERMÉ

Puis elle verrouilla soigneusement l'entrée.

— Voilà. Comme ça, personne ne viendra nous interrompre.

Christiano s'installa devant l'un des grands miroirs.

Je dépliai une cape noire et la passai délicatement autour de ses épaules.

En relevant la tête, nos regards se croisèrent dans le reflet.

Pendant une seconde, aucun de nous ne parla.

Le silence n'était pas gênant.

Il avait quelque chose d'étrangement apaisant.

Finalement, ce fut lui qui le rompit.

— Vous venez d'ouvrir votre salon ?

Je souris tout en préparant mes ciseaux.

— Oui. Aujourd'hui était notre toute première journée.

Il observa quelques instants le salon avant de hocher la tête.

— Félicitations.

Je sentis mes lèvres s'étirer malgré moi.

— Merci.

Je commençai à couper ses cheveux avec des gestes précis.

Très vite, seuls le léger claquement des ciseaux et le bourdonnement discret de la tondeuse remplirent la pièce.

Au bout d'un moment, Christiano reprit la parole d'une voix plus douce.

— Vous savez...

J'arrêtai un instant mon geste pour l'écouter.

Il regardait son reflet dans le miroir.

— Depuis ce matin, tout le monde me voit comme Christiano Willer, le joueur de football.

Il esquissa un sourire presque imperceptible.

— Vous êtes la première personne qui me regarde simplement comme un homme.

Je croisai son regard dans le miroir.

— C'est peut-être parce que je préfère apprendre à connaître quelqu'un avant de me faire une opinion.

Pendant quelques secondes, il ne répondit rien.

Puis un sourire sincère illumina enfin son visage.

Un sourire simple.

Sans masque.

Sans les projecteurs.

À cet instant, ni lui ni moi n'imaginions que cette visite improvisée, pour une simple coupe de cheveux, venait de faire se croiser deux destins qui n'avaient pas fini de se surprendre.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Mon doux péché    chapitre 53

    La voiture avançait sur la route, plongée dans un silence pesant.Christiano gardait la petite clé serrée dans sa main. Depuis leur fuite de l’ancienne gare, il avait à peine prononcé quelques mots. Son regard restait fixé sur la route, mais Élina savait qu’il était loin d’être tranquille.Assise à côté de lui, elle l’observait discrètement. Plusieurs fois, elle avait eu envie de lui parler, puis s’était ravisée. Elle connaissait ce genre de silence. Christiano avait besoin de temps pour réfléchir, surtout lorsque tout ce qu’il croyait savoir venait de s’effondrer.Mais cette fois, elle ne pouvait pas faire comme si de rien n’était.— Tu vas bien ? demanda-t-elle doucement.Il ne tourna même pas la tête.— Non.Après un court silence, il ajouta :— Mais je vais tenir le coup.Élina posa sa main sur la sienne.Christiano referma aussitôt ses doigts autour des siens, comme s’il avait besoin de sentir sa présence pour ne pas perdre pied.À l’avant, Julian gardait les yeux sur la route. I

  • Mon doux péché    chapitre 52

    Le lendemain soir, Élina avait du mal à se concentrer.Depuis le matin, une étrange inquiétude ne la quittait pas. Elle avait beau s'occuper pour penser à autre chose, son esprit revenait toujours à ce rendez-vous avec Gabriel.Elle se tenait devant la fenêtre de Bella Glow Studio, les bras croisés, lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir.Christiano venait d'entrer.Il portait une veste noire et une casquette qui dissimulait en partie son visage. Son expression était fermée, et il avait ce regard qu'il prenait chaque fois qu'il était préoccupé par quelque chose.— Tu es toujours décidée à venir ? demanda-t-il.Élina se retourna vers lui.— Oui.Il la dévisagea quelques secondes.— Même si c'est dangereux ?Elle soutint son regard sans hésiter.— Surtout si c'est dangereux.Christiano laissa échapper un soupir.— Tu es vraiment têtue.— Et toi, tu es incapable de demander de l'aide.Il haussa légèrement les sourcils, puis un sourire discret se dessina sur ses lèvres.— C'est peut-être

  • Mon doux péché    chapitre 51

    Le silence qui suivit l’appel pesa sur Christiano. Il avait du mal à croire ce qu’il venait d’entendre.Gabriel Willer.Son grand-père.Toute sa famille lui avait toujours affirmé que cet homme était mort avant même sa naissance. Il avait grandi avec cette certitude, sans jamais imaginer qu’on pouvait lui avoir menti pendant toutes ces années.Pourtant, il venait de lui parler au téléphone.Christiano resta immobile, le téléphone encore collé à son oreille, comme s’il espérait entendre de nouveau cette voix.— Christiano ?La voix d’Élina le ramena à la réalité.Il éloigna lentement le téléphone de son oreille et baissa les yeux vers l’écran.— C’était lui.Julian fronça les sourcils.— Qui ça ?Christiano releva la tête.— Mon grand-père.Élina sentit son cœur se serrer.— Gabriel ?Il acquiesça, toujours aussi troublé.— Il savait que j’avais trouvé la photographie. Il m’a même dit qu’il s’y attendait.Julian s’approcha de lui, l'air inquiet.— Attends un peu. Tu es sûr que c’était

  • Mon doux péché    Chapitre 50

    La voiture avançait dans la nuit, presque sans un bruit.Élina avait le front appuyé contre la vitre. Les lumières de la ville glissaient devant ses yeux, disparaissant aussi vite qu’elles apparaissaient. Elle aurait aimé penser à autre chose, mais ce qui venait de se passer au centre d’entraînement revenait sans cesse dans son esprit.À côté d’elle, Christiano tenait toujours la cassette de son père.Il ne l’avait pas quittée une seule seconde depuis leur fuite.Ses doigts étaient crispés autour de l’objet. Son visage, lui, était fermé, mais ses traits tirés montraient à quel point il était épuisé.Élina tourna légèrement la tête vers lui.— Tu veux qu’on s’arrête ?Christiano ne la regarda même pas.— Non.Il prit une inspiration lente.— Je veux comprendre.Sa voix était posée. Pourtant, Élina entendait la tension derrière ces quelques mots.Au volant, Julian gardait les yeux fixés sur la route.Après quelques secondes, il finit par parler.— On devrait remettre la cassette à la po

  • Mon doux péché     chapitre 49

    La fumée commençait déjà à envahir toute la pièce.Élina se couvrit la bouche avec sa main, mais cela ne suffisait pas. Elle toussa plusieurs fois, les yeux déjà irrités.— Christiano...Il se tourna aussitôt vers elle.— Reste près de moi.Julian, lui, s'était déjà précipité vers la porte.Il attrapa la poignée et tira de toutes ses forces.Rien.Il recommença, plus violemment.Toujours rien.— Elle est bloquée de l'extérieur !Christiano leva les yeux vers les murs, cherchant désespérément une solution.— Il doit y avoir une autre sortie.Ils se mirent immédiatement à fouiller la pièce.Le temps leur manquait.Des flammes commençaient à apparaître dans le couloir. La chaleur montait rapidement et l'air devenait de plus en plus difficile à respirer.Élina ouvrit une vieille armoire.Vide.Elle repoussa la porte avec frustration et se retourna.Son regard s'arrêta soudain sur une étagère.Quelque chose dépassait derrière.— Là !Christiano et Julian se précipitèrent vers elle.En dépl

  • Mon doux péché    chapitre 48

    L'ancien centre d'entraînement donnait l'impression d'avoir été oublié depuis une éternité.La peinture s'était écaillée sur les murs. De longues fissures couraient le long des façades et, derrière les fenêtres couvertes de poussière, la lumière du jour n'entrait plus qu'en fines bandes pâles.Christiano s'arrêta devant l'entrée.Pendant quelques secondes, il resta silencieux, les yeux fixés sur le vieux bâtiment.— C'est ici que j'ai commencé à jouer.Élina tourna lentement la tête vers lui.— Ton père travaillait ici ?— Oui.Il marqua une courte pause avant d'ajouter :— C'est aussi ici que Victor l'a rencontré.Julian, lui, ne semblait pas intéressé par les souvenirs. Il regardait autour d'eux, attentif au moindre mouvement.— Personne.Ils poussèrent la vieille porte et entrèrent.Un silence lourd les accueillit.Leurs pas résonnaient dans le couloir désert. Par moments, un léger courant d'air faisait grincer une fenêtre quelque part dans le bâtiment.Christiano avançait lentemen

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status