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Chapitre 4

last update publish date: 2026-09-07 04:38:42

Chapitre 4

Elyan

Je la trouve dans le salon, assise près de la fenêtre. Elle ne lit pas, ne regarde pas son téléphone. Elle attend, les mains croisées sur ses genoux, le regard perdu vers le jardin. Depuis combien de temps est-elle ainsi ? Je n'en sais rien. Je ne veux pas le savoir. Ce soir, je mets fin à cette mascarade.

— Liora.

Elle tourne lentement la tête vers moi. Son visage est pâle, ses traits tirés. Mais ses yeux sont secs. Elle me regarde comme si elle savait déjà que ce moment allait arriver. Ce calme m'irrite. Je préférerais qu'elle pleure, qu'elle crie, qu'elle me supplie. Mais elle reste immobile, le regard fixe.

— Je veux divorcer.

Les mots tombent, nets, glacials. Je les ai répétés tant de fois dans ma tête qu'ils sortent sans effort. Je la vois pâlir davantage. Ses doigts se crispent sur le tissu de sa robe. Mais elle ne dit rien. Elle ne bouge pas. Ce silence m'oppresse, m'enferme dans ma propre dureté.

— Tu n'as rien à dire ? demandé-je, la voix plus forte que je ne le voudrais.

Elle inspire lentement. Ses lèvres tremblent, mais elle se reprend. Elle redresse légèrement les épaules, comme pour se préparer à encaisser le coup final.

— Tu as réellement réfléchi à ta décision ? demande-t-elle enfin, d'une voix blanche.

— Je n'ai jamais été aussi certain de quelque chose dans ma vie.

— Alors dis-moi tout. Je veux savoir pourquoi.

Je la regarde. Elle n'a pas baissé les yeux. Elle n'a pas versé une larme. Elle est là, droite, digne, et elle attend la vérité. Je décide de la lui donner, sans détour, sans pitié.

— Je veux épouser Serena Valmont.

Le nom claque dans la pièce. Je la vois accuser le coup. Ses doigts se resserrent sur sa robe. Mais elle ne cille pas. Aucune larme, aucun cri. Juste ce visage pâle qui encaisse tout, comme si elle s'était préparée à entendre le pire.

— Je l'aime, Liora. C'est elle que je veux à mes côtés.

Elle hoche la tête, lentement. Puis elle se lève, lisse sa robe d'un geste calme. Ses mains ne tremblent pas. Ce sang-froid me déstabilise. Où est la femme qui pleurait en silence, qui espérait un regard, qui se battait pour des miettes d'attention ? Elle a disparu. À la place, il y a cette inconnue au visage pâle et aux yeux vides.

— Je ne vais pas me battre, dit-elle enfin.

— Pourquoi ?

— Parce que je ne m'abaisse plus. Tu m'as assez humiliée comme ça.

Elle s'approche de la porte, s'arrête un instant sans se retourner. Je vois sa nuque droite, ses épaules basses. Elle semble plus légère, presque soulagée. C'est déroutant.

— Je signerai les papiers. Prépare-les. Je partirai.

Elle quitte la pièce. Je reste seul, les bras ballants, le cœur étrangement serré. J'ai obtenu ce que je voulais. Le divorce. La liberté. Serena. Mais au lieu du soulagement attendu, je ressens un vide immense, une gêne sourde qui s'insinue en moi.

Elle a cessé de se battre pour moi. Et c'est à cet instant précis que je comprends que je viens de perdre quelque chose que je n'avais jamais su apprécier.

Je m'assois sur le canapé, pose ma tête entre mes mains. Dehors, la nuit est tombée. La maison est silencieuse. Trop silencieuse. Le silence de Liora m'effraie plus que tous les mots qu'elle n'a pas prononcés.

Je repense à ses paroles : « Je ne m'abaisse plus. » Elle a dit ça comme une évidence, comme une vérité qu'elle a mis des années à accepter. Et moi, je n'ai rien vu venir. J'étais trop occupé à fuir, à chercher ailleurs ce que j'avais sous les yeux.

Serena m'attend. Elle m'a envoyé un message tout à l'heure : « Alors, c'est fait ? » Je ne lui ai pas répondu. Je n'arrive pas à me réjouir. J'ai l'impression d'avoir brisé quelque chose d'irréparable sans même m'en rendre compte.

Je me lève, arpente la pièce. Les souvenirs me submergent. Le jour de notre mariage, Liora rayonnait. Elle croyait en nous, en l'avenir, en l'amour. Moi, je faisais semblant. Je pensais que la raison suffirait, que la douceur suffirait, que je finirais par m'attacher. Mais non. Je n'ai jamais réussi à l'aimer comme elle le méritait.

Et maintenant, elle ne me supplie plus. Elle ne me regarde plus. Elle est prête à partir, à disparaître, à me laisser seul avec mes certitudes.

Pour la première fois depuis que j'ai pris cette décision, je me demande si je ne suis pas en train de commettre la plus grande erreur de ma vie.

Je monte à l'étage. La porte de sa chambre est fermée. J'entends des bruits légers, comme si elle rangeait des affaires. Elle ne pleure pas. Elle s'active, méthodique, résolue. Cette absence de larmes me glace.

Je m'arrête devant la porte. J'hésite. Je pourrais frapper, lui parler, lui dire que je regrette déjà. Mais ce serait lâche. Ce serait cruel. Elle mérite mieux que mes remords tardifs.

Je redescends, attrape ma veste. Je dois sortir, respirer, fuir cette maison qui me renvoie à mes propres failles. Mais au moment de partir, je m'arrête dans l'entrée.

Sur la console, il y a une photo de nous deux. Le jour de notre mariage. Liora sourit, radieuse. Moi, je regarde ailleurs. On dirait déjà un présage.

Je prends la photo, la serre entre mes doigts. Pourquoi est-ce que je ne l'ai pas regardée à ce moment-là ? Pourquoi est-ce que je ne l'ai jamais regardée ?

Je repose le cadre, sors de la maison. L'air frais me fouette le visage. La nuit est calme, indifférente. Je monte dans ma voiture, claque la portière.

Le silence de Liora résonne plus fort que tous les cris. Et pour la première fois depuis des années, je me sens vraiment seul.

Je sais que je vais retrouver Serena. Je sais que je vais lui annoncer que c'est fait. Mais je sais aussi que quelque chose s'est brisé en moi, ce soir, dans ce salon trop calme.

Et je ne suis pas sûr de pouvoir le réparer.

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