FAZER LOGINChapitre 46ÉliseL'aube se lève sur la demeure, grise et silencieuse, et je me réveille avec le goût du baiser sur mes lèvres.Je reste allongée dans mon lit, les yeux fixés sur le plafond aux moulures dorées que la lumière blafarde du matin teinte d'une pâleur d'albâtre, et je sens encore la chaleur de ses mains sur mon visage, la pression de ses lèvres sur les miennes, la force de son corps contre le mien dans la pénombre de la bibliothèque. Mes doigts effleurent machinalement ma bouche, comme pour vérifier que ce baiser n'était pas un rêve. Mais le goût est là, bien réel, et il ne s'efface pas.La panique et l'exaltation se mêlent en un cocktail détonant. J'ai cédé. Après cinq années de discipline et de contrôle, j'ai
Chapitre 45GabrielLe sommeil ne vient pas. Il ne vient jamais, ou si rarement que chaque nuit d'insomnie ressemble à la précédente, une longue traversée du silence et de l'obscurité, les yeux fixés sur le plafond aux moulures dorées que la lueur pâle de la lune dessine en ombres chinoises, l'esprit prisonnier d'une boucle de pensées qui tourne en rond sans jamais aboutir, qui repasse inlassablement les mêmes souvenirs, les mêmes regrets, les mêmes questions sans réponses.Cette nuit est pire que les autres. Quelque chose flotte dans l'air de la demeure, une tension électrique qui crépite dans le silence comme l'électricité statique avant l'orage, et je sens que je ne suis pas le seul à ne pas dormir, que de l'autre côté du couloir, dans cette chambre d'invités qu'el
Chapitre 44ÉliseLa nuit, seule dans ma chambre, je craque.La façade d'acier que j'ai maintenue toute la soirée, cette armure de froideur et de contrôle que j'ai portée comme un bouclier devant les photographes, devant les invités, devant Helena qui me fusillait du regard, devant Gabriel lui-même qui me regardait avec cette intensité troublante, cette armure se fissure d'un seul coup, comme une digue qui cède sous la pression d'une vague trop puissante. Je me suis retirée dans ma chambre après le retour de la vente aux enchères, j'ai fermé la porte derrière moi, j'ai retiré mes chaussures et ma robe, j'ai enfilé une chemise de nuit en soie, et je me suis assise sur le bord du lit, les mains croisées sur mes genoux, le dos droit, la respiration lente, comme si je pouvais encore maintenir l'illusion que to
Chapitre 43ÉliseLa vente aux enchères caritative de la Fondation Soren est l'événement mondain du mois, un gala de charité où le Tout-Paris se presse pour se montrer, pour être vu, pour exhiber ses fortunes et ses toilettes sous les ors et les cristaux de la salle des ventes Drouot. Helena a tout organisé avec le faste qu'elle affectionne, les tapis rouges déroulés sur le trottoir, les photographes massés derrière les barrières de velours, les orchestres de chambre qui distillent une musique élégante dans le hall d'entrée. Elle compte bien utiliser cette soirée pour redorer son image, pour montrer au monde qu'elle est toujours la maîtresse incontestée de la Fondation, qu'elle n'a pas été ébranlée par les rumeurs qui commencent à circuler sur sa gestion.&n
Chapitre 42ÉliseVictoria m'appelle à sept heures du matin, et sa voix est plus tendue que je ne l'ai jamais entendue, même dans les pires moments de notre traversée du désert londonien, même quand nous risquions de tout perdre sur un simple retournement du marché.– L'article fait le tour de la City, dit-elle sans préambule, sans même prendre la peine de me saluer, sa voix vibrant d'une colère contenue qui perce sous le vernis de son professionnalisme habituel. Le Financial Times. Première page du cahier économique. Ils ont sorti une enquête sur toi, Élise. Une enquête au vitriol. Les clients commencent à appeler, ils veulent des explications, ils menacent de rompre leurs contrats. J'ai déjà reçu trois coups de fil depuis l'ouverture des bureaux, et je crains que ce ne soit
Chapitre 41GabrielUn matin, la bombe explose.Nathan entre dans mon bureau sans frapper, ce qu'il ne fait jamais, ce qu'il n'a jamais fait en quinze ans de service à mes côtés, et son visage est si pâle, si défait, que je sais avant même qu'il n'ouvre la bouche que quelque chose de grave s'est produit, que l'ennemi que nous traquons vient de frapper le premier coup. Il pose devant moi un exemplaire du Financial Times encore chaud de l'imprimerie, l'encre encore fraîche sur le papier glacé, et il désigne la une du cahier économique avec un doigt qui tremble légèrement, un tremblement infime que je ne lui avais jamais vu et qui en dit plus long que tous les discours.L'article s'étale en première page, sous un titre qui claque comme une gifle en caractères gras : « Le mystère Vancourt : e







