로그인Je rentre dans la tente sans me retourner. Je sens son regard sur ma nuque, sur mon dos, sur mes jambes. Je sens son regard qui me suit, qui me cherche, qui me veut. Je ferme la toile derrière moi.Aurora dort. Ses mains sont ouvertes sur la couverture, ses doigts écartés, comme si elle cherchait quelque chose, comme si elle attendait quelqu'un. Ses cheveux sont défaits, brillent dans la pénombre. Son souffle est régulier, apaisé.Je m'allonge près d'elle. Mes bras autour de sa taille. Ma bouche contre sa nuque. Mes doigts qui s'entrelacent aux siens. Elle murmure quelque chose dans son sommeil, un mot que je n'entends pas, un nom que je ne reconnais pas. Elle s'approche de moi, cherche ma chaleur, cherche ma peau, cherche mon cœur.— Je suis là, je murmure. Je suis là. Je ne bouge pas. Je ne pars pas. Je reste.Elle se calme. Son souffle s'apaise. Ses doigts s
Elle veut répondre. Je vois ses lèvres remuer, chercher les mots, chercher la force. Mais ses yeux se ferment. Ses paupières sont trop lourdes. Son souffle s'apaise, s'allonge, devient régulier. Elle dort avant même que j'aie fini de la déshabiller, avant même que j'aie tiré les peaux sur elle.Je reste près d'elle un long moment. Ses mains sont froides. Ses pieds sont glacés. Sa bouche est entrouverte, ses lèvres gercées, ses joues marquées par les larmes qu'elle n'a pas versées. Elle a l'air si petite, si fragile, si jeune. Comme si tout ce qu'elle portait allait la briser. Comme si tout ce qu'elle était allait s'effondrer.— Je veillerai sur toi, murmure-je contre son front. Toujours. Quoi qu'il arrive. Où que tu ailles. Toujours.Je sors de la tente. La nuit est froide, étoilée, trop claire. Les feux brûlent ba
Je regarde Sera. Elle ne me regarde pas. Elle regarde Alessandro, qui s'est approché des survivants, qui examine leurs marques, qui parle à voix basse à Kael. Elle suit ses mouvements, ses mains, son visage, ses épaules. Elle le boit des yeux. Elle le dévore du regard.— Alessandro, j'appelle. Ma voix porte, claire, nette.Il se retourne. Sera baisse les yeux, trop vite, trop tard.— Oui ?— Rien. On s'occupe des blessés.Il hoche la tête, se détourne. Sera relève les yeux. Elle le regarde s'éloigner, rejoindre les marqués, poser ses mains sur leurs épaules, leur parler doucement. Elle ne regarde que lui. Elle ne voit que lui.— Kael, dis-je. Surveille-la.— Pourquoi ?— Parce qu'elle regarde Alessandro comme s'il était un morceau de viande. Parce qu'elle le regarde comme si elle voulait le
Kael est parmi eux. Il est assis, les bras autour de ses genoux, le visage gris de fatigue, les yeux rouges, les lèvres gercées. Sa tunique est déchirée, ses bras sont couverts de coupures, de bleus, de marques. Quand il nous voit, ses yeux s'éclairent un instant, une seconde, une étincelle. Puis ils retombent. Comme si la lumière était trop lourde à porter.— Ils sont venus cette nuit, dit-il. Sa voix est plate, sans vie. Juste après ton départ. L'ombre. Elle est sortie du sol, des arbres, des flammes. Partout à la fois. Elle avait des centaines de bras. Des milliers. Elle a pris ceux qui ne pouvaient pas courir. Les enfants. Les vieux. Les blessés. Ceux qui dormaient. Ceux qui espéraient.— Combien ?— Dix-sept morts. Et eux...Il désigne les survivants assis autour de lui. Leurs visages vides. Leurs yeux fixes. Leurs
Je la prends dans mes bras. Elle résiste un instant, un instant seulement, son corps tendu, ses poings fermés. Puis elle s'abandonne. Elle s'effondre contre moi. Son corps est frêle, trop léger, comme si elle n'était plus qu'une coquille, comme si les vies l'avaient vidée, elle aussi.— Demain, dis-je. Demain, on cherchera le dernier fragment. On cherchera partout. Dans les vies, dans les ruines, dans la mémoire du monde. On le trouvera.— Et si on ne le trouve pas ? Et s'il n'existe plus ?— On le trouvera. Je te le promets. Je te le jure.Elle ne répond pas. Mais son souffle s'apaise. Ses mains cessent de trembler. Ses épaules se détendent. Elle s'endort contre moi, comme un enfant, comme une sœur, comme celle que je n'ai jamais eue.Et pour la première fois, je sens ses vies se taire. Toutes. Pas une seule ne murmure. Pas une seule n
Je crie. La douleur est blanche, aveuglante, totale. Elle n'est pas dans ma bouche. Elle est partout. Dans ma tête, dans ma poitrine, dans mon ventre, dans mes os. Mes mains montent à ma bouche, touchent ma langue, sentent la brûlure qui s'inscrit, qui se grave, qui reste. Une marque. Comme la sienne. Comme celle qu'Aurora porte. Une marque qui ne partira jamais.Les vies se taisent. La vision disparaît. La salle, les piliers, la pierre, tout s'efface. Je suis de nouveau dans ma tente, seule, tremblante, ma bouche en feu, mes mains qui tremblent, mes jambes qui ne me portent plus.— Vor, je murmure encore. Vor.Le mot est plus doux maintenant. La brûlure s'apaise, se transforme en chaleur, en lumière, en quelque chose que je ne connais pas. Mais la marque reste. Je la sens sous mes doigts, gravée dans ma chair, dans ma langue, dans mon âme. Le premier fragment. Le début du nom qui peut
AURORAJe les énumère, une à une, de ma voix plate et précise.— Ils fuient la chaleur vive et concentrée. Les brasiers de pin résineux les repoussent mieux que des murs. Ils détestent le son du métal sacré, l’argent lunaire forgé en cloches ou en lames fines. Cela perturbe ce qui les tient ensembl
AURORABren parle, mais ses mots n'atteignent pas mon cerveau. Ils flottent quelque part à la périphérie, débris sonores dans un océan de silence intérieur. Parce que tout ce qui existe, maintenant, c'est cette conscience qui se déplie dans ma direction comme une main noire s'ouvrant pour saisir.—
AURORALe sous-entendu est clair. Je suis un élément nouveau dans l’équation. Une variable inconnue. Le piège, ce n’est pas seulement la vallée. C’est moi. Ma présence sur la crête, cette énergie nouvelle qu’ils pourraient détecter, pourrait les attirer plus efficacement, ou différemment.La respon
AURORAJe pose les deux mains à plat sur la table, pour m’équilibrer, mais le geste paraît délibéré.— Alors tu as raison, Kael. Les feux et le sel ne suffiront pas. Ils ne gagneront pas la guerre. Mais ils nous donneront du temps. Et le temps, nous devons l’utiliser pour trouver la réponse à ta qu







