LOGINAURORALe camp est silencieux quand j'émerge de ma tente.Pas vraiment silencieux. Les forgerons frappent leurs enclumes. Les guerriers s'entraînent. Les enfants courent. Mais tout semble étouffé, lointain, comme si le monde retenait son souffle.Sera est là.Assise devant sa tente, les jambes croisées, ses mains posées sur ses genoux. Elle aiguise son épée, lentement, méthodiquement. La pierre glisse sur le métal dans un bruit régulier, hypnotique, menaçant.— Sera.Elle lève la tête. Ses yeux sont calmes, ses lèvres sont pincées, son visage est impassible.— Aurora, dit-elle. Sa voix est neutre, presque amicale.— On doit parler.— Nous parlons.— Pas comme ça.— Alors comment ?— Debout. Face à face.
AURORAL'aube est grise, douce, silencieuse.La lampe s'est éteinte il y a des heures. La lumière du jour filtre à travers la toile, dessine des ombres pâles sur nos corps nus. Nous sommes enlacés, ses bras autour de moi, ma tête sur sa poitrine. Sa main caresse mon dos, lentement, machinalement, comme si il ne pouvait pas s'arrêter.Son cœur bat sous mon oreille. Lent. Régulier. Apaisant.— Tu dors ? je murmure.— Non.— Moi non plus.— On devrait.— On ne peut pas.— Non.Il y a un long silence. Le camp s'éveille autour de nous. Des voix, des pas, des bruits de vaisselle. La vie continue. La vie continue toujours, même quand on voudrait qu'elle s'arrête.— Il faut qu'on parle, dis-je.— Je sais.— Vraiment. Pas comme avant. Pas en se
ALESSANDROLa nuit est tombée.Le camp s'est refermé sur lui-même, comme une blessure qui cicatrise mal. Les tentes sont closes, les feux sont éteints, les guerriers dorment. Mais moi, je ne dors pas. Je ne dors plus depuis des jours.Je suis devant sa tente.La toile est fermée. La lampe brûle à l'intérieur, sa lumière filtre à travers les coutures, dessine des ombres mouvantes sur le sol. Je l'imagine, de l'autre côté. Assise sur la couverture, les jambes croisées, les mains sur ses genoux. Les cheveux défaits. Les yeux rouges. Le cœur brisé.Je devrais frapper. Je devrais demander la permission. Je devrais me faire annoncer, inviter, accueillir.Je soulève la toile et j'entre.Elle lève la tête. Ses yeux s'écarquillent. Ses mains se crispent sur la couverture.&mda
ALESSANDROJe le trouve près du cercle d'entraînement.Kael est là, son épée à la main, en train de répéter ses gestes, ses mouvements, ses gardes. Il s'entraîne comme si sa vie en dépendait. La sueur coule sur son visage, sur ses bras, sur sa poitrine nue. Il transpire, il souffre, il se pousse à la limite. Chaque mouvement est précis, violent, désespéré. Il ne m'a pas vu arriver. Il ne sait pas ce qui l'attend.— Kael.Il se retourne. Son visage est calme, ses yeux sont clairs. Il n'a pas peur. Il n'a pas honte. Il me regarde comme si de rien n'était. Comme s'il n'avait pas pris sa main. Comme s'il n'avait pas embrassé ses doigts. Comme si je n'avais pas vu.— Alessandro, dit-il.— Je t'ai vu.— Quoi ?— Je t'ai vu. Avec elle. À la lisière.
Je tourne les talons. Je traverse le camp. Mes poings sont serrés, mes ongles s'enfoncent dans mes paumes, tirent le sang. Mes dents grincent, ma mâchoire est crispée, mes yeux brûlent de larmes que je ne laisserai pas couler.Sera me regarde passer. Elle est assise devant sa tente, à aiguiser son épée. Ses yeux me suivent, brillants, curieux, satisfaits. Ses lèvres s'écartent en un sourire. Un sourire que je voudrais effacer de son visage à coups de poing.Je ne m'arrête pas.Je ne peux pas m'arrêter.Je vais exploser.---CHAPITRE 80 : LA TEMPÊTE DE SENTIMENTSALESSANDRO---Je le trouve près du cercle d'entraînement.Kael est là, son épée à la main, en train de répéter ses gestes, ses mouvements, ses gardes. Il s'entraîne comme si sa vie en dépen
Aurora pose sa tête sur mon épaule. Ses cheveux sentent la fumée et la nuit. Elle est si légère, si fragile, si humaine. Pendant un instant, je ne vois pas la guerrière, la meneuse, celle qui porte le poids du monde. Je vois une jeune fille. Une enfant perdue. Quelqu'un qui a besoin qu'on la prenne dans ses bras.— Pourquoi les humains se font-ils tant de mal quand ils s'aiment ? je demande.— Parce qu'on a peur. Parce qu'on est fragiles. Parce qu'on sait que tout peut s'arrêter à tout moment. Parce qu'on a vu des gens qu'on aimait mourir, partir, disparaître.— Et comment on fait pour ne plus avoir peur ?— On ne fait pas. On vit avec. On avance quand même. On aime quand même. On se blesse quand même.— C'est triste.— C'est la vie.On reste là, toutes les deux, à regarder le camp, à att
AURORALa salle des cartes s’est remplie d’une présence dense, animale. L’odeur de la pierre froide se mêle maintenant à celle du cuir huilé, de la sueur masculine, de l’herbe amère mâchée pour rester éveillé. Et par-dessus tout, l’odeur de la peur. Une peur tenace, musquée, qu’ils portent comme un
Son intensité est palpable. C’est la première fois qu’il me montre à quel point il compte sur cela. Sur moi. Ce n’est pas une attente placide. C’est une soif.— Les souvenirs sont chaotiques. Fragments. Sensations. Ce n’est pas un manuel clair.— Alors trouve un moyen de les clarifier. Concentre-to
AURORAIl ne me ramène pas vers les quartiers silencieux. Il me conduit plus profond dans la forge, vers un renfoncement plus calme, où des étagères de pierre supportent des armes finies : épées au tranchant mat, haches au bec cruel, armures de plaques aux articulations souples. C’est un arsenal qu
AURORAL’aube ne se lève pas. Elle s’infiltre.Une lueur grise, humide, suinte à travers la fenêtre étroite, avalant les étoiles une à une. Elle ne porte pas de chaleur. Elle éclaire à peine les contours austères de la pièce, donnant à la pierre la texture de la peau d’un cadavre.Le bruit des mart







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