LOGINJe la prends dans mes bras. Elle résiste un instant, un instant seulement, son corps tendu, ses poings fermés. Puis elle s'abandonne. Elle s'effondre contre moi. Son corps est frêle, trop léger, comme si elle n'était plus qu'une coquille, comme si les vies l'avaient vidée, elle aussi.— Demain, dis-je. Demain, on cherchera le dernier fragment. On cherchera partout. Dans les vies, dans les ruines, dans la mémoire du monde. On le trouvera.— Et si on ne le trouve pas ? Et s'il n'existe plus ?— On le trouvera. Je te le promets. Je te le jure.Elle ne répond pas. Mais son souffle s'apaise. Ses mains cessent de trembler. Ses épaules se détendent. Elle s'endort contre moi, comme un enfant, comme une sœur, comme celle que je n'ai jamais eue.Et pour la première fois, je sens ses vies se taire. Toutes. Pas une seule ne murmure. Pas une seule n
Je crie. La douleur est blanche, aveuglante, totale. Elle n'est pas dans ma bouche. Elle est partout. Dans ma tête, dans ma poitrine, dans mon ventre, dans mes os. Mes mains montent à ma bouche, touchent ma langue, sentent la brûlure qui s'inscrit, qui se grave, qui reste. Une marque. Comme la sienne. Comme celle qu'Aurora porte. Une marque qui ne partira jamais.Les vies se taisent. La vision disparaît. La salle, les piliers, la pierre, tout s'efface. Je suis de nouveau dans ma tente, seule, tremblante, ma bouche en feu, mes mains qui tremblent, mes jambes qui ne me portent plus.— Vor, je murmure encore. Vor.Le mot est plus doux maintenant. La brûlure s'apaise, se transforme en chaleur, en lumière, en quelque chose que je ne connais pas. Mais la marque reste. Je la sens sous mes doigts, gravée dans ma chair, dans ma langue, dans mon âme. Le premier fragment. Le début du nom qui peut
Il hoche la tête. Il ne demande pas ce que j'ai fait, ce que j'ai dit, ce que j'ai promis. Il sait. Il sait que je ne peux pas laisser Kael souffrir seul. Il sait que je ne peux pas le laisser se briser. Il sait que j'ai besoin de le sauver, même si je ne peux pas l'aimer.Il tend la main. Je la prends. Ses doigts s'entrelacent aux miens. Sa peau est chaude, vivante, réelle.— On va gagner, dit-il. Sa voix est calme, comme s'il énonçait une vérité.— On va gagner.Je m'allonge contre lui. Ses bras m'entourent, me serrent, me protègent. Dans le silence de la tente, on écoute le camp s'éveiller. Les voix des enfants. Les craquements des feux qu'on ranime. La vie qui continue.Et dans ma poitrine, quelque chose que je n'arrive pas à nommer. Quelque chose qui ressemble à de la tristesse. Quelque chose qui ressemble à de la culpabilit&eacut
Je m'éloigne. Mes jambes me portent sans que je les commande, sans que je les sente. Le camp défile autour de moi, les tentes, les feux éteints, les sentinelles endormies. Tout est flou. Tout est loin. Tout est sans importance.Je marche jusqu'au grand rocher, celui qui domine le camp, celui d'où je surveille l'horizon quand je ne peux pas dormir, quand les souvenirs me hantent, quand la peur me ronge. Je m'assois sur la pierre froide. Le vent se lève, chargé d'humidité et de nuit. Il est froid, mais je ne le sens pas. Rien ne me touche plus.Elle l'a regardé comme elle ne m'a jamais regardé. Comme elle ne me regardera jamais. Ses yeux se sont ouverts et ils l'ont trouvé, lui, comme s'il était la seule lumière dans l'obscurité. Ils ne me trouveront jamais. Ils ne me chercheront jamais. Je suis l'ombre. Je suis celui qui attend.Je repense &agrav
KAELJe n'aurais pas dû venir.Elric me l'avait dit. Assis près du feu, ses vieux yeux fatigués fixés sur les flammes, sa voix rauque comme une pierre qui roule. Reste ici, Kael. Laisse-les respirer. Laisse-les être. Ce qui doit se passer entre eux ne te regarde pas. Mais je n'ai pas écouté. Je n'écoute jamais quand il s'agit d'elle. Mon cœur est plus fort que ma raison, et mon cœur est un animal aveugle qui va toujours vers ce qui le brûle.Le camp est silencieux à cette heure. Les feux sont presque éteints, réduits à des braises qui rougeoient dans la nuit comme des yeux de bêtes endormies. Les sentinelles somnolent, appuyées sur leurs lances, leurs têtes qui dodelinent, leurs paupières lourdes. Personne ne me voit marcher vers leur tente. Personne ne saura que je suis venu. Personne ne saura ce que j'ai vu.Je veux juste savoir. Savoir si elle va bien. Savoir si les vies la consument toujours. Savoir si elle a besoin de quelque chose. C'est ce que je me répète en traversant le camp
ALESSANDROJe me réveille en sursaut.Le vide à côté de moi. La place d'Aurora est froide. Elle est partie depuis longtemps. Depuis des heures, peut-être. Je n'ai rien senti. Rien entendu. Je dormais comme un mort pendant qu'elle s'en allait.— Lyra !Elle est là, assise près de l'entrée, ses mains vides, ses yeux fixés sur l'obscurité. Elle ne se retourne pas.— Où est-elle ?— Partie.— Partie où ?— Vers le lac. Vers la gardienne. Vers le nom. Vers ce qu'elle doit faire.Je me lève, cherche mes armes, mes vêtements. Mes mains tremblent. Ma tête tourne.— Tu ne vas pas l'empêcher ?— Elle doit faire ce choix. Toute seule. Personne ne peut le faire à sa place.— Je m'en fous. Je vais la chercher. Je vais la ramener.&md
AURORALa salle des cartes s’est remplie d’une présence dense, animale. L’odeur de la pierre froide se mêle maintenant à celle du cuir huilé, de la sueur masculine, de l’herbe amère mâchée pour rester éveillé. Et par-dessus tout, l’odeur de la peur. Une peur tenace, musquée, qu’ils portent comme un
AURORAJe pose les deux mains à plat sur la table, pour m’équilibrer, mais le geste paraît délibéré.— Alors tu as raison, Kael. Les feux et le sel ne suffiront pas. Ils ne gagneront pas la guerre. Mais ils nous donneront du temps. Et le temps, nous devons l’utiliser pour trouver la réponse à ta qu
Son intensité est palpable. C’est la première fois qu’il me montre à quel point il compte sur cela. Sur moi. Ce n’est pas une attente placide. C’est une soif.— Les souvenirs sont chaotiques. Fragments. Sensations. Ce n’est pas un manuel clair.— Alors trouve un moyen de les clarifier. Concentre-to
La dent s’échauffe. La douleur devient aiguë, brillante. Les souvenirs ne viennent pas sous forme d’images, mais d’odeurs, de sons, de goûts.L’odeur de la sève de pin brûlée. Ils détestent la chaleur vive, les incendies maîtrisés.Le son d’un certain type de cloche, un carillon aigu et pur. Le mét







