LOGINChapitre 83
Lucas
Je la trouve dans le hall de l'hôpital, près des ascenseurs. Elle porte son manteau beige, celui qu'elle avait le jour de son départ il y a huit ans, et elle serre son sac contre elle comme si elle craignait qu'on le lui arrache. Elle ne m'a pas vu. Elle regarde devant elle, les yeux fixes, le visage fermé, et je devine à la tension de ses épaules qu'elle est en train de prendre
Chapitre 85NathanLa lumière de l'après-midi entre par la fenêtre de ma chambre d'hôpital. Elle est douce, un peu jaune, et elle pose des rectangles pâles sur le linoléum. Je suis assis dans mon lit, le dos calé contre les oreillers, et j'ai mon carnet de dessin sur les genoux. Mes crayons sont rangés en désordre à côté de moi, dans leur boîte en fer toute rayée. J'ai mal au bras, là où la perfusion entre dans ma peau, mais je m'en fiche. Je veux dessiner.Depuis quelques jours, je ne dessine plus l'homme tout seul sous la pluie. Je ne dessine plus le nuage au-dessus de sa tête. J'ai envie d'autre chose. J'ai envie de quelque chose qui n'existe pas encore, mais qui pourrait exister. Quelque chose de plus grand, de plus chaud, de plus vivant. 
Chapitre 84SarahJe pose mes mains sur sa poitrine et je le repousse. Doucement d'abord, puis plus fort, jusqu'à ce qu'il recule d'un pas, jusqu'à ce qu'il me rende l'air, jusqu'à ce que je puisse respirer sans sentir son souffle sur ma peau. Il ne résiste pas. Il se laisse faire. Il me regarde avec ses yeux gris, ces yeux qui me transpercent, ces yeux qui me hantent depuis huit ans, et il attend. Il attend que je parle, que je crie, que je le frappe, que je lui dise tout ce que je retiens depuis trop longtemps.Alors je parle. Et ma voix est basse, tremblante de colère contenue, chargée de toute la douleur que j'ai enfouie pendant huit ans.— Tu ne sais rien de ce que c'est que de l'élever seule.Il encaisse. Il ne dit rien. Il ne se défend pas. Il reste là, immobile, les bras le long du corps, e
Chapitre 83LucasJe la trouve dans le hall de l'hôpital, près des ascenseurs. Elle porte son manteau beige, celui qu'elle avait le jour de son départ il y a huit ans, et elle serre son sac contre elle comme si elle craignait qu'on le lui arrache. Elle ne m'a pas vu. Elle regarde devant elle, les yeux fixes, le visage fermé, et je devine à la tension de ses épaules qu'elle est en train de prendre une décision. Une décision qui concerne mon fils. Une décision qui m'exclut.— Sarah.Elle sursaute, se retourne, et quand elle me voit, je lis dans son regard cette lueur de panique que je connais trop bien. Elle a peur. Elle a peur de moi, de ma colère, de ce que je vais dire. Mais aujourd'hui, je ne suis pas venu pour crier. Je suis venu pour comprendre.— Lucas, je…
Chapitre 82JérômeJe la retrouve dans le petit salon du service de néphrologie, celui où les familles attendent entre deux examens. Sarah est assise près de la fenêtre, les mains autour d'un gobelet froid, le regard perdu sur le parking. Elle a maigri, ses pommettes saillent sous la peau, et les cernes creusent son visage comme des fissures dans de la porcelaine.— Il faut qu'on parle.Elle tourne la tête vers moi, et je vois dans ses yeux cette fatigue qui ne la quitte plus.— Jérôme, si c'est pour me répéter que je devrais laisser Lucas entrer dans la vie de Nathan, épargne-moi. Je le fais déjà.— Ce n'est pas pour ça.Je m'assois en face d'elle, je pose mes coudes sur mes genoux, et je la r
Chapitre 81LucasJe me réveille avec une odeur. Une odeur douce, familière, qui flotte autour de moi comme un souvenir oublié, comme une caresse dans le noir. Je n'ouvre pas les yeux tout de suite. Je reste immobile, les paupières closes, et je respire. C'est une odeur de lessive, de savon, de peau. C'est l'odeur de Sarah. Son odeur. Celle que j'ai cherchée pendant huit ans dans toutes les chambres, sur tous les oreillers, dans tous les rêves.Elle est là, sur le tissu qui me recouvre. Une couverture. Une couverture de laine beige que je n'ai pas posée moi-même. Elle est venue. Sarah est venue pendant mon sommeil. Elle m'a vu endormi sur cette chaise inconfortable, et au lieu de me réveiller, au lieu de me chasser, au lieu de me crier dessus, elle a posé cette couverture sur moi. Son odeur est imprégnée dans les fibres, chaque inspiration me ramène des années en arrière, quand je m'endormais à côté d'elle et que son parfum était la dernière chose que je sentais avant de sombrer.Je f
Chapitre 80SarahJe pousse la porte de la chambre sans bruit, comme je le fais toujours maintenant, avec cette prudence de mère qui craint de réveiller son enfant. La lumière est tamisée, les rideaux sont tirés, seule la lampe de chevet diffuse un halo doux qui caresse les murs blancs. Nathan dort, paisible, sa petite poitrine se soulève sous les draps, le moniteur cardiaque émet son bip rassurant. Et à côté de lui, sur la chaise en plastique orange, Lucas dort aussi.Je m'arrête sur le seuil, le souffle coupé. Il est affalé, la tête penchée sur le côté, les épaules voûtées, les jambes allongées, les bras croisés sur sa poitrine dans une posture inconfortable qu'il n'a pas choisie mais que l'épuisement lui a imposée. Son costume bleu nuit est froissé, s







