Se connecterNotre fils entre nous Huit ans après avoir quitté Lucas Morel, l'homme qui l'avait accusée de trahison, Sarah revient dans sa ville natale pour sauver la vie de son fils. Nathan est gravement malade. Ce que Lucas ignore, c'est que cet enfant est le sien. Lorsque la vérité éclate, son monde s'effondre. Pendant huit ans, il a vécu sans savoir qu'il était père. Aujourd'hui, il pourrait être le seul capable de sauver son fils. Déterminé à rattraper le temps perdu, Lucas tente de se rapprocher de Nathan et de reconquérir Sarah. Mais les blessures du passé sont profondes, et les secrets qui ont détruit leur amour n'ont jamais disparu. Entre sacrifices, regrets et espoir, une question demeure : peut-on reconstruire une famille quand on a déjà perdu huit années de bonheur ?
Voir plusChapitre 1
Sarah
La pluie tombe sur la gare routière comme une promesse qu'on n'a pas tenue, fine, glaciale, insistante, et elle s'infiltre dans mes cheveux, glisse sur ma nuque, alourdit mes vêtements. Novembre dans cette ville a toujours eu cette façon de vous pénétrer jusqu'aux os, de vous rappeler que vous n'êtes pas le bienvenu. Les gouttes frappent le bitume avec un bruit régulier, monotone, et l'odeur du diesel se mêle à celle de la terre mouillée et des feuilles mortes qui pourrissent dans les caniveaux.
Je tiens la main de Nathan dans la mienne, ses doigts fins et fragiles qui s'agrippent à ma paume, un peu froids malgré les gants en laine bleue trop grands pour lui. Il ne dit rien. Il n'a pas dit un mot depuis qu'on est descendus du car, depuis que ses baskets usées ont touché le bitume mouillé de cette ville que je lui ai appris à haïr sans jamais la nommer. Il serre ma main et regarde autour de lui avec ses grands yeux gris, ces yeux qui ne devraient pas exister, ces yeux qui appartiennent à un autre.
Autour de nous, les voyageurs se dispersent dans la grisaille du matin. Une femme en manteau rouge serre un enfant contre elle, un homme d'affaires consulte sa montre en jurant à voix basse. Personne ne nous regarde. Nous ne sommes que deux ombres parmi d'autres. Invisibles. Anonymes. Oubliés. Personne ne doit savoir que nous sommes là.
Nathan lève la tête vers moi, ses cheveux bruns plaqués sur son front par l'humidité, et ses yeux gris interrogent le silence. Il ne demande rien, pas encore, mais je sens la question qui flotte entre nous, aussi dense que le brouillard qui s'accroche aux toits des immeubles.
— On va prendre un taxi, dis-je en cherchant mon portefeuille dans mon sac usé, et mes doigts rencontrent le cuir râpé, les coutures qui s'effilochent.
Le taxi sent le désodorisant bon marché et le tabac refroidi. Le chauffeur ne parle pas, et tant mieux, je n'ai pas la force de faire la conversation. Nathan pose sa tête contre mon épaule, et je sens son souffle tiède à travers le tissu de mon manteau, ce souffle fragile qui est la seule chose au monde qui compte encore pour moi.
La ville défile derrière la vitre comme un film que j'aurais voulu ne jamais revoir. La boulangerie où j'achetais des croissants le dimanche matin. Le square où il m'a embrassée pour la première fois, un soir de juin. L'immeuble de verre et d'acier où il règne désormais, roi sans couronne d'un empire bâti sur les ruines de notre histoire. Lucas Morel. Son nom m'écorche encore la bouche, je ne le prononce plus depuis huit ans.
Le taxi s'arrête devant un immeuble gris, dans une rue grise. Le quartier nord, loin des beaux immeubles et des rues propres. Ici, les façades sont lépreuses, les trottoirs défoncés. Personne ne nous remarque. C'est parfait.
Nathan monte les marches lentement, en s'arrêtant pour reprendre son souffle. La clé tourne dans la serrure avec un grincement rouillé. La porte s'ouvre sur un studio minuscule. Un lit, une table, deux chaises dépareillées, une cuisine en kit, une salle de bain où le carrelage se décolle.
Nathan pose son sac et regarde autour de lui sans rien dire.
— C'est temporaire, dis-je en posant mes clés sur la table bancale. Juste le temps de voir les médecins.
Il hoche la tête. La nuit tombe, je prépare des pâtes sans sel, je l'aide à prendre son bain, à se glisser sous les draps rêches. Je lui lis une histoire et il s'endort en tenant ma main.
Je m'allonge sur le matelas posé à même le sol et je fixe le plafond. Dehors, la pluie continue de tomber. Quelque part, Lucas Morel dort dans son penthouse, ignorant que son fils respire le même air que lui.
Chapitre 5SarahLe bruit que fait mon fils en s'effondrant sur le carrelage de la cuisine, je l'entendrai jusqu'à la fin de mes jours, il est gravé dans ma mémoire comme une cicatrice que rien ne pourra effacer. Ce n'est pas un bruit fort, pas un fracas, pas une explosion, c'est un bruit mou, sourd, presque étouffé, le bruit d'un petit corps de huit ans qui n'a plus la force de tenir debout, qui cède d'un coup, comme une marionnette dont on aurait coupé les fils. Je suis en train de préparer son bol de céréales sans sucre, le dos tourné, les mains occupées à verser du lait, quand j'entends derrière moi un soupir bizarre, un souffle qui s'échappe de sa poitrine comme l'air d'un ballon qu'on perce, et puis ce bruit, ce bruit atroce qui résonne dans le silence du matin.Je me retourne et je le vois, Nathan est étendu sur le carrelage froid, les jambes repliées, les bras écartés, comme un oiseau tombé du nid en plein vol. Ses yeux sont mi-clos, ses lèvres bleuissent, son teint est de cen
Chapitre 4SarahLa clé tourne dans la serrure avec un grincement rouillé, un bruit de métal fatigué qui résiste avant de céder. Je la retire, la remets, la tourne encore. Une fois. Deux fois. Trois fois. Je vérifie que la porte est bien fermée, que le pêne est engagé, que personne ne peut entrer sans que je l'entende. Ce geste, je le répète chaque soir depuis huit ans, depuis cette nuit où j'ai fui avec un ventre arrondi et le cœur en charpie. Vérifier les serrures, baisser les stores, m'assurer que les issues sont sécurisées, c'est devenu un rituel aussi vital que respirer.L'appartement est une honte, je le sais, je le vois, je le respire. Les murs sont d'un jaune malade, la peinture s'écaille par plaques, laissant apparaître un plâtre grisâtre taché d'humidité. Le carrelage de la cuisine est fendu, creusé de sillons noirs. Le frigo ronronne avec un bruit d'agonie. Les rideaux sentent le tabac refroidi et la poussière incrustée depuis des années. J'ai payé trois mois d'avance avec
Chapitre 3LucasLe contrat est posé devant moi, sur le sous-main en cuir noir qui recouvre mon bureau depuis que j'ai pris la direction de Morel Industries. Cent vingt pages de clauses et de sous-clauses que mon équipe juridique a passé trois semaines à peaufiner. Quarante millions d'euros qui entreront dans les caisses de l'entreprise avant la fin de l'année fiscale, qui gonfleront les chiffres, rassureront les actionnaires, feront grimper le cours de l'action en Bourse. Un chiffre qui ferait sourire n'importe quel homme normal, qui lui donnerait cette décharge d'adrénaline que je poursuivais autrefois, quand j'étais plus jeune, quand je croyais encore que l'argent pouvait combler le vide, que le pouvoir pouvait anesthésier la douleur.Je ne souris plus. Je ne souris plus depuis huit ans.Ma secrétaire, Elise, a posé un café noir sur le coin de mon bureau sans oser me parler, sans même me regarder. Elle sait que mon humeur est une lame de rasoir avant dix heures, que mon regard suff
Chapitre 2NathanMaman dort par terre, enroulée dans son manteau beige parce qu'il n'y a pas assez de couvertures et qu'elle a voulu me laisser la seule qui restait. Elle a posé un matelas tout fin à côté de mon lit, un matelas qui sent la poussière et le moisi, et elle s'est couchée dessus sans un soupir, sans une plainte, sans rien dire. Je la regarde par-dessus le bord du lit et j'ai envie de descendre, de me glisser à côté d'elle, de poser ma tête sur son épaule, mais elle se réveillerait tout de suite, elle se réveille toujours, elle a le sommeil léger comme les chats de gouttière, toujours aux aguets, toujours prête à bondir au moindre bruit.Je reste immobile et je l'observe dans la pénombre du matin. Même endormie, même épuisée, même froissée par la fatigue, elle est belle. Ses cheveux noirs sont étalés sur l'oreiller comme de l'encre renversée, comme une rivière sombre qui coule sur le tissu blanc. Ses cils sont longs et foncés, ils dessinent des ombres sur ses joues. Elle a






Bienvenue dans Goodnovel monde de fiction. Si vous aimez ce roman, ou si vous êtes un idéaliste espérant explorer un monde parfait, et que vous souhaitez également devenir un auteur de roman original en ligne pour augmenter vos revenus, vous pouvez rejoindre notre famille pour lire ou créer différents types de livres, tels que le roman d'amour, la lecture épique, le roman de loup-garou, le roman fantastique, le roman historique et ainsi de suite. Si vous êtes un lecteur, vous pouvez choisir des romans de haute qualité ici. Si vous êtes un auteur, vous pouvez obtenir plus d'inspiration des autres pour créer des œuvres plus brillantes. De plus, vos œuvres sur notre plateforme attireront plus d'attention et gagneront plus d'adimiration des lecteurs.