LOGINLes semaines passèrent avec une régularité presque parfaite, les journées s’enchaînant selon les horaires établis par Nozel, les cours, les repas, les séances avec les psychologues et les longues soirées silencieuses dans le manoir Spencer, mais malgré cette stabilité nouvelle qui aurait dû aider Michelle à retrouver un équilibre, quelque chose d’autre grandissait discrètement en elle, quelque chose qui n’avait rien à voir avec l’école ou les règles ou les habitudes, quelque chose qui se construisait autour d’une seule personne.
Nozel. Au début, elle ne s’en rendit même pas compte. Elle pensait simplement apprécier sa présence. Puis elle commença à remarquer qu’elle écoutait inconsciemment les bruits de la maison afin de savoir où il se trouvait. Elle reconnaissait désormais le son de ses pas dans les couloirs. Elle savait distinguer le bruit de la porte de son bureau de celle de la bibliothèque. Elle connaissait même les heures approximatives auxquelles il rentrait lorsqu’il avait passé une mauvaise journée au travail. Sans le vouloir, elle apprenait tout. Et lorsqu’il était absent, la maison paraissait soudainement plus vide. Plus froide. Plus grande. Comme si les murs eux-mêmes perdaient une partie de leur utilité. Un soir, alors qu’elle faisait ses devoirs dans le salon, elle leva les yeux vers l’horloge. Vingt heures. Puis vingt heures quinze. Puis vingt heures trente. Nozel n’était toujours pas rentré. Michelle regarda plusieurs fois son téléphone avant de finalement envoyer un message. Tu rentres bientôt ? Elle fixa l’écran pendant plusieurs minutes. Aucune réponse. Son ventre se serra légèrement. Elle essaya de retourner à ses exercices. Impossible. Puis finalement, une notification apparut. Réunion. Ne m’attends pas. Michelle relut le message plusieurs fois.Puis elle posa lentement son téléphone. Pour une raison qu’elle ne comprenait pas, elle se sentit déçue. Les mois continuèrent de passer. Michelle excellait à l’école. Ses professeurs l’adoraient. Ses résultats dépassaient régulièrement ceux de ses camarades. Mais lorsqu’elle recevait une excellente note ou une récompense particulière, ce n’était jamais l’avis de ses enseignants qui comptait réellement. C’était celui de Nozel. Chaque fois. Toujours. Lorsqu’elle obtenait un résultat exceptionnel, elle cherchait immédiatement son regard. Lorsqu’elle terminait un projet, elle voulait lui montrer. Lorsqu’elle apprenait quelque chose de nouveau, elle voulait lui raconter. Comme si son opinion avait plus de valeur que celle du reste du monde. Un samedi matin, elle trouva Nozel dans son bureau. Il travaillait déjà depuis plusieurs heures. Des dossiers étaient empilés sur son bureau. Son ordinateur affichait plusieurs graphiques compliqués. Michelle s’approcha discrètement. — Qu’est-ce que tu fais ? — Je travaille. — Depuis longtemps ? — Depuis six heures. Elle fronça le nez. — C’est triste. Un léger silence suivit. — Pourquoi ? — Parce que personne ne devrait travailler autant. — Pourtant quelqu’un doit le faire. Michelle tira une chaise. Puis s’assit. Puis resta là. Simplement là. À le regarder travailler. Après plusieurs minutes, Nozel leva les yeux. — Tu as besoin de quelque chose ? — Non. — Alors pourquoi tu es là ? Elle haussa les épaules. — J’aime bien. — Aimer quoi ? — Être avec toi. La réponse était sortie naturellement. Sans réflexion. Sans calcul. Et pendant une seconde, Nozel ne sut pas quoi répondre. Finalement il retourna à son ordinateur. — Tu es étrange. Michelle sourit légèrement. — Je sais. Avec le temps, cette habitude devint fréquente. Elle s’installait dans son bureau pour lire. Elle venait lui raconter sa journée. Elle l’attendait pour dîner. Elle cherchait constamment une excuse pour passer quelques minutes supplémentaires avec lui. Et même lorsqu’ils ne parlaient pas, sa simple présence suffisait à la rassurer. Parce que depuis l’incendie, tout avait changé. Ses parents avaient disparu. Son ancienne maison avait disparu. Sa vie entière avait disparu. Mais Nozel était resté. Toujours. Il était devenu la seule chose qui ne semblait jamais disparaître. La seule constante. La seule certitude. Puis arriva le jour où tout explosa. Ce matin-là, Nozel avait enchaîné plusieurs réunions compliquées. Un contrat important menaçait d’échouer. Ses associés l’appelaient sans arrêt. Son téléphone n’avait pas cessé de sonner depuis l’aube. Et lorsque Michelle entra dans son bureau pour la quatrième fois de la journée afin de lui montrer un dessin qu’elle avait réalisé à l’école, il sentit quelque chose céder dans sa patience. — Nozel, regarde ce que j’ai— — Michelle ! Sa voix claqua brusquement dans la pièce. La fillette se figea instantanément. Le silence tomba. Brutal. — J’ai besoin d’espace ! lança-t-il en passant une main sur son visage. J’ai besoin de travailler sans être interrompu toutes les dix minutes ! Michelle resta immobile. Complètement immobile. Comme si le temps venait de s’arrêter. Puis ses yeux commencèrent à se remplir de larmes. — Oh… Sa voix trembla immédiatement. — D’accord… Nozel sentit aussitôt son irritation disparaître. Remplacée par une horrible sensation de culpabilité. Michelle baissa la tête. Ses petites mains se resserrèrent autour de son dessin. — Désolée… Une larme roula sur sa joue. Puis une deuxième. — Je voulais juste te montrer… Sa respiration devint irrégulière. — Je pensais que ça te ferait plaisir… Nozel ferma les yeux quelques secondes. Merde. Il s’était emporté contre une enfant. Une enfant qui avait déjà perdu beaucoup trop de choses. Michelle recula d’un pas. Puis d’un autre. Comme si elle craignait soudain de déranger davantage. Et cette simple réaction lui serra le cœur. — Michelle. Elle ne releva pas les yeux. — Michelle, regarde-moi. Elle secoua légèrement la tête. Les larmes continuaient de tomber. Alors Nozel se leva immédiatement de son bureau. Contourna la table. Puis s’accroupit devant elle. — Hé. Sa voix avait complètement changé. Plus douce. Plus humaine. — Regarde-moi. Cette fois elle releva lentement les yeux. Rouges, Brillants, Blessés. — Je suis désolé. Elle cligna des yeux. — Tu es fâché contre moi. — Non. — Tu as crié, et je suis vraiment désolée si je t’ai déranger dans ton travail, ne sois pas de je s’il te plaît , je ne le ferais plus ! Chaque mot semblait lui coûter. — Oui. Et je n’aurais pas dû. Michelle renifla discrètement. — J’essayais juste d’être avec toi. Cette phrase frappa Nozel plus fort que le reste. Parce qu’elle était sincère. Complètement sincère. Il comprit alors ce qu’il n’avait pas voulu voir jusque-là. Depuis son arrivée, Michelle s’était accrochée à lui comme à une bouée. Parce qu’il était tout ce qui lui restait. Tout simplement. Il poussa un long soupir. Puis ouvrit les bras. — Viens là. Michelle hésita à peine avant de s’y réfugier. Et lorsqu’il la serra contre lui, elle éclata véritablement en sanglots. Comme si toute sa peur accumulée depuis des mois venait enfin de trouver une sortie. Nozel passa doucement une main dans ses cheveux. — Je suis désolé. — Je ne voulais pas t’embêter… — Je sais. — Je voulais juste rester avec toi… — Je sais. — Promis je vais te laisser travailler… — Michelle. Elle releva légèrement la tête. — Tu ne me déranges pas. — Mais— — J’avais une mauvaise journée. Elle l’observa attentivement. — Vraiment ? — Oui. — Ce n’est pas à cause de moi ? Nozel secoua la tête. — Absolument pas. Un silence suivit. Puis Michelle se blottit davantage contre lui. Comme si elle avait besoin d’entendre son cœur battre pour être certaine que tout allait bien. Et pendant plusieurs minutes, ils restèrent ainsi. Sans bouger. Sans parler. Pour la première fois depuis longtemps, Nozel réalisant à quel point cette enfant dépendait émotionnellement de lui. Et Michelle comprenant seulement une chose. Même lorsqu’il se mettait en colère. Même lorsqu’il semblait distant. Même lorsqu’il demandait de l’espace. Il revenait toujours. Et pour elle, cela suffisait à réparer le monde entier.Les semaines passèrent avec une régularité presque parfaite, les journées s’enchaînant selon les horaires établis par Nozel, les cours, les repas, les séances avec les psychologues et les longues soirées silencieuses dans le manoir Spencer, mais malgré cette stabilité nouvelle qui aurait dû aider Michelle à retrouver un équilibre, quelque chose d’autre grandissait discrètement en elle, quelque chose qui n’avait rien à voir avec l’école ou les règles ou les habitudes, quelque chose qui se construisait autour d’une seule personne. Nozel. Au début, elle ne s’en rendit même pas compte. Elle pensait simplement apprécier sa présence. Puis elle commença à remarquer qu’elle écoutait inconsciemment les bruits de la maison afin de savoir où il se trouvait. Elle reconnaissait désormais le son de ses pas dans les couloirs. Elle savait distinguer le bruit de la porte de son bureau de celle de la bibliothèque. Elle connaissait même les heures approximatives auxquelles il rentrait lorsqu’il a
Le matin arriva dans le manoir Spencer avec une régularité presque mécanique, sans éclat inutile ni désordre sonore, comme si la maison elle-même suivait un rythme imposé depuis longtemps, et Michelle se réveilla avant même que le soleil ne soit totalement levé, fixant le plafond de sa chambre pendant quelques secondes sans bouger, avant de réaliser que ce silence n’était plus celui de l’hôpital ni celui de la peur, mais un silence structuré, organisé, presque vivant dans sa constance. Lorsqu’elle descendit dans le couloir, elle entendit des pas plus loin, rapides mais contrôlés, et elle suivit instinctivement le bruit jusqu’à la cuisine principale où Nozel se tenait déjà, vêtu d’une tenue sobre, une tablette dans une main et un café dans l’autre, comme s’il avait déjà commencé sa journée depuis plusieurs heures, et il leva simplement les yeux vers elle lorsqu’elle entra sans dire un mot de bienvenue inutile. — Tu es réveillée tôt, dit-il calmement. Michelle hésita sur le seuil.
Le portail du manoir Spencer se referma derrière la voiture dans un mouvement lent et silencieux, presque solennel, comme si l’immense propriété elle-même acceptait sans discussion l’arrivée d’une nouvelle présence encore fragile, et Michelle resta immobile à l’arrière du véhicule, ses doigts serrés autour de la couverture que l’hôpital lui avait donnée, tandis que ses yeux se posaient sur les allées parfaitement entretenues, les haies taillées avec une précision presque artificielle, et cette maison gigantesque qui se dressait devant elle comme quelque chose de trop grand pour appartenir à une seule personne. Nozel coupa le moteur sans un mot, sortit le premier, puis contourna la voiture pour ouvrir la porte de son côté, et lorsqu’il la regarda, il ne dit rien immédiatement, attendant simplement qu’elle bouge, comme s’il refusait de forcer quoi que ce soit qui n’était pas nécessaire, et Michelle finit par descendre lentement, ses pieds touchant le sol froid du gravier, tandis qu’e
Les néons blancs de l’hôpital donnaient à tout une apparence irréelle, comme si le temps lui-même hésitait à continuer d’avancer dans ces couloirs trop propres où l’odeur de désinfectant recouvrait celle, encore persistante, de fumée et de cendres, et Nozel Spencer restait immobile dans une salle d’attente vide, le regard fixé sur un point invisible au-delà des murs, tandis que les informations qu’il venait de recevoir continuaient de se répéter dans son esprit avec une précision froide et implacable. Aucun parent retrouvé vivant. Aucun tuteur désigné. Aucun proche immédiat capable de prendre la responsabilité de l’enfant. La petite fille n’avait plus rien. Rien que son nom de baptême, rien que des souvenirs brûlés dans une maison désormais réduite à un périmètre de ruban jaune et de débris calcinés. Nozel avait pourtant vu beaucoup de choses dans sa vie, des chiffres catastrophiques dans ses rapports financiers, des faillites brutales, des décisions judiciaires complexes, des fa
La nuit était anormalement silencieuse, Michelle ne comprit pas tout de suite pourquoi elle s’était réveillée. Il faisait chaud, Un crépitement étrange vibrait dans les murs de la maison.Puis une il eu odeur Forte et Suffocante. — Maman ? Sa voix était petite, encore ensommeillée mais Aucune réponse, Elle se redressa dans son lit, les yeux à peine ouverts… avant de voir la lumière Rouge Orangée.Les flammes léchaient déjà le couloir Son cœur s’arrêta une secondePuis la panique explosa. — Maman ! Papa ! Elle sortit du lit d’un bond, pieds nus sur le sol brûlant. La chaleur lui mordit immédiatement la peau. Une fumée épaisse s’infiltrait sous la porte, comme si la maison elle-même respirait mal Elle tenta d’ouvrir la porte Verrouillée par la déformation de la chaleurElle frappa Encore et Encore. — Aidez-moi ! Mais la maison ne répondait plus Seulement le feu Le feu partout Le plafond grinçaUn bruit sec, violent Une poutre tomba quelque part dans le couloir Michelle recula, tr







